’Avoir un but’ - U2 France

’Avoir un but’

samedi 25 janvier 2014 / par Corine/Dead / Tags:
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Le quinzomadaire de musique et de politique Hot Press a été lancé à Dublin en 1977, juste à temps pour couvrir les premiers concerts irlandais des Clash, Stranglers, Ramones et The Jam. Et juste à temps – il se trouve – pour surveiller U2 et ses premiers pas live sous le nom de Feedback.

Niall Stokes a été rédacteur dès la naissance du magazine aussi était-il parfaitement placé pour puiser dans les anciens numéros et compiler une collection que l’on ne saurait rater des premiers critiques, papiers et interviews d’Hot Press avec le groupe local de Dublin le plus célèbre. Pour accompagner ces papiers, il a également inclus des articles rétrospectifs commandés à des personnes présentes lorsque le succès a commencé à arriver pour U2, nombre d’entre eux n’avaient jamais parlé publiquement du groupe auparavant. Cet ouvrage s’intitule North Side Story : U2 in Dublin, 1978-1983 et est publié en édition limitée pour les abonnés payants de U2.com. Brian Draper s’est entretenu avec Niall Stokes.

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Qu’est-ce qui vous a poussé à compiler cet ouvrage aujourd’hui ?

Niall Stokes : Nous savions que nous avions du matériel (archives) génial dans les coffres de Hot Press et, personnellement, j’ai toujours aimé cette espèce de témoignage point de vue de l’époque. Aussi, nous nous sommes dit que si nous pouvions combiner cela avec des mémoires contemporaines de la part des principaux acteurs de cette première phase cruciale, cela donnerait une perspective unique sur la façon dont le groupe a émergé de l’obscur décor du nord de Dublin.

Et c’est en phase également avec ce point charnière de carrière où se trouve le groupe, pour revenir sur ces débuts et comprendre à nouveau le dynamisme et l’énergie et l’engagement qui propulsaient un groupe qui (selon ses propres mots) ne pouvait jouer des reprises à des sommets aussi étourdissants...

Comment cela est-il arrivé ? Quelles étaient les circonstances à l’époque en Irlande et à Dublin ? Qu’est-ce qui différenciait U2 des autres groupes à l’époque ? Ce sont là des questions fascinantes.

Qu’est-ce qui vous a surpris lorsque vous avez parcouru ces vieux papiers et critiques ?

Niall Stokes : Et bien, j’avais complètement oublié certains trucs – comme cette bagarre qui a éclaté lors d’un concert à Ballina. Si vous m’aviez demandé : “C’est quoi cette histoire de U2 impliqué dans une bagarre ?” Je vous aurais répondu : “Non non ! Pas vrai, ça ne saurait être vrai !”

Aussi lorsque j’ai relu le papier d’Eilish Ward, j’ai explosé de rire parce qu’il y avait quelque chose d’extraordinairement innocent sur la façon dont est écrite l’histoire, et comment Bono est décrit et sa réaction à la bagarre... Ça n’a pas dû être facile, la violence qui éclate à votre concert et être attaqués par les gars qui pensiez-vous étaient venus pour vous soutenir. Nous sommes partis à la recherche d’Eilish – aujourd’hui, elle est enseignante en sociologie à l’University College Galway – et elle s’est souvenue des circonstances de cette soirée, seulement cette fois avec le bénéfice du recul.

Combien la nostalgie des yeux embués de larmes - et les personnes qui disent avoir été là alors qu’elles ne l’étaient pas - réécrit l’histoire de ces débuts ?

Niall Stokes : C’est fascinant de voir comment les gens se souviennent des choses telles qu’ils veulent s’en souvenir jusqu’à ce qu’il faille qu’ils y repensent vraiment – lorsque la vérité commence à émerger ! En parlant avec John Fisher, qui assurait la promotion des concerts au marché Dandelion – ces concerts étaient géniaux mais ça n’était pas toujours le cas. La raison pour laquelle John continuait à faire venir U2 était que ça marchait : ils attirait le public et lui se faisait de l’argent.

C’était une étape très importante pour U2 – qui affutait son expérience et se bâtissait un public plus jeune qui ne pouvait pas assister aux concerts tard dans la soirée. Mais John se souvient de l’une des conditions – quiconque jouait au marché Dandelion devait aider à monter la scène. Imaginez un peu : Bono, Adam et Paul McGuinness à la tache.

Vos correspondants pouvaient voir l’étincelle chez U2 dès ses débuts, pas vrai ? Sans trop s’emballer, ils semblaient dire que ça allait...

Niall Stokes : C’est satisfaisant de revenir en arrière et de voir que, dès le départ, il y avait une reconnaissance parmi les journalistes de Hot Press, que c’était là quelque chose de potentiellement très spécial. Mais le truc c’est que l’on ne sait pas ce qui va arriver. Les gens réagissaient naturellement et honnêtement à ce qu’ils voyaient. Mais même lorsqu’ils étaient septiques ou critiques, ils sentaient qu’il y avait quelque chose de différent chez ces gars.

J’ai particulièrement apprécié l’une de ces critiques que nous avons publiée à propos du Project Arts Centre, dans laquelle Karl Tsigdinos disait que ‘U2 n’a qu’un seul gros problème : conquérir la fausse idée du “vite c’est bien” qui le tourmente aujourd’hui’ ! (Les Ramones avaient une énorme influence sur la façon dont les groupes envisageaient les choses et ils pensaient que plus vite c’était meilleur.)

Mais ce qui émergeait réellement fortement de ces gars qui étaient très proches d’eux sur leur propre territoire du côté nord – les personnes qui venaient en masse pour les tous premiers concerts – c’était que dès le début, Bono parlait de U2 comme étant l’un des plus grands groupes au monde. Et c’est un facteur considérable qui a contribué à le différencier à l’époque en termes d’ambition.

Les magazines de musique comme le votre avaient beaucoup d’influence, pas vrai, à l’époque avant l’arrivée d’Internet et de tout le reste... ?

Niall Stokes : C’est vrai : lorsque nous nous sommes lancés en 1977, nous galvanisions les foules et Hot Press avait une importance considérable pour les musiciens de l’époque. Il a créé un sentiment de communauté. Lorsque vous regardiez les pages courriers des lecteurs – nous avons publié une compile dans le livre qui font référence à U2 – il y avait un réel sentiment d’engagement.

Tous les groupes voulaient être couverts par la presse, y compris U2 – à la différence que U2 voulait également être conseillé. Non pas qu’il voulait que les gens lui dise quoi faire, mais il a toujours été à l’écoute de ceux qui avaient plus d’expérience. Il voulait apprendre.

Un autre truc particulièrement significatif, lorsque j’y repense – tout particulièrement au travers des articles supplémentaires que nous avons repris de publications de Suède, Belgique, Hollande, etc. – est que lorsqu’il partait en tournée, il était beaucoup plus ouvert que la majeure partie des autres groupes, il parlait avec les gens après les concerts, leur demandait de passer le voir à l’hôtel… Je ne dirais pas nécessairement que c’était unique, mais ça n’en est pas loin ; il ne se la jouait pas prétendant être meilleur que les autres, ce que font nombre de groupes de rock.

Ce n’est pas seulement l’histoire de U2, n’est-ce pas ? C’est également, comme vous l’écrivez dans votre introduction, un récit de Dublin et de l’Irlande. Était-ce si important que U2 reste à Dublin après avoir découvert le succès ?

Niall Stokes : C’était énormément important et pour Dublin et pour l’Irlande que U2 y soit basé plutôt qu’il décampe pour Londres comme c’était la norme à l’époque. Ça a été profitable à U2 – on peut réfléchir et se développer sans avoir une maison de disques qui se pointe aux répétitions ou qui tente de trop s’impliquer dans le processus créatif.

Mais d’un point de vue irlandais, pour que ça marche l’on assumait toujours : “Qu’il fallait se faire connaître ailleurs pour réussir.” Et pour un groupe qui avait ça en tête, pour devenir le plus grand groupe de rock au monde, basé hors de Dublin, c’était réformateur en termes de perception chez les autres.

Dublin est devenu le hub du rock. Elle était reconnue comme l’endroit qui rendait honneur à la créativité et – plus largement dans le contexte des affaires – une ville où l’on pouvait trouver une force de travail établie qui aurait de grandes idées et ferait les choses différemment. Une grande part de cela revient à U2.

Aussi, cette décision de rester a donné pour la toute première fois au peuple irlandais le sentiment que : “Nous n’avons pas besoin de partir. Il ne nous faut pas émigrer.” Et c’est énorme, en termes de mémoire et confiance collectives.

Si vous pouviez revisiter l’un de ces instants emblématiques de Dublin, lequel choisiriez-vous ?

Niall Stokes : Sans hésiter les concerts du marché Dandelion. Pour compter combien il y avait réellement de personnes là-bas.

Mais également, le soir où U2 a joué au National Stadium en janvier 1980 – il a pris une décision très courageuse de ‘viser plus haut’ pour jouer dans cette salle et ça a été une soirée extraordinaire. En fait, c’est ce soir-là que Nick Stewart d’Island Records est venu le voir jouer et a décidé : ’Voilà le groupe que je veux vraiment’. il raconte cette soirée dans le bouquin, c’est génial.

C’est marrant de voir que même dans l’édition consacrée aux sondages de vos lecteurs en 1982, certains fans de U2 s’inquiétaient de voir que le groupe devenait un peu trop grand. Hot Press était une publication plutôt iconoclaste – n’est-ce pas ? – lancée à l’intérieur de la scène punk de 1977.
Qu’auriez-vous fait fait à l’époque de U2 s’il était devenu aussi grand qu’aujourd’hui ?

Niall Stokes : N’importe quel magazine est la somme de personnes avec différents points de vue et différentes croyances. Mais l’esprit de Hot Press était de valoriser les capacités – quel qu’en soit le genre – à écrire de belles chansons. De sorte que, même lorsque ce truc punk a débarqué, nous écrivions de Jackson Browne qu’il était un grand songwriter. Et nous disions la même chose de Bruce Springsteen et de Tom Waits.

Nous nous sommes toujours intéressés à valoriser la capacité des personnes à produire de belles chansons et également à générer cette espèce d’électricité que seul un grand performer peut produire.

U2 l’a toujours sur les deux points.

Que reste-t-il du groupe local dans la marque internationale ?

Niall Stokes : Du point de vue du groupe, c’est une question très importante. Le truc c’est, jusqu’à quel point peut-on – au travers de tous les changements qui accompagnent le succès – retenir dans son cœur l’essence de ce qui en a fait quelque chose que l’on voulait vraiment en tout premier lieu ?

Et c’est quelque chose que l’on ne sera jamais entièrement capable d’expliquer – c’est un peu comme essayer d’expliquer l’amour, pas vrai ? Pourquoi ça existe ? Comment ç’est ? Qu’est-ce que c’est ? Si l’on tente de le décortiquer pour l’expliquer, il peut s’effondrer. La vérité c’est qu’il existe une alchimie, quelque chose de magique et, pour un groupe être capable de faire durer cela jusqu’à présent c’est un accomplissement extraordinaire.

Lorsque le public commence à devenir considérable, le groupe doit réagir en étant à la disposition du plus grand nombre. Et d’une certaine façon, il est parvenu à cela, je pense que U2 a posé les jalons pour que les autres les suivent. Mais il ne fait aucun doute qu’être en mesure de retourner au Baggot Inn ou au McGonagle’s, pour y voir le U2 actuel faire ce qu’il peut faire dans ce décor – serait une expérience absolument extraordinaire à vivre.

Bono semblait capable de ‘donner une bonne interview’ (comme vous dites) dès le départ, même lorsqu’il était ado. Trouviez-vous cela remarquable à l’époque ?

Niall Stokes : Je pense que oui. L’un des trucs que les autres n’aimaient pas chez U2 c’était le sérieux de son objectif, ce qui le différenciait, qui l’a démarqué. À l’intérieur du groupe une intelligence, une prévenance et un désir de comprendre les choses – et dès leurs tous premiers pas, ses membres ne voulaient pas suivre le chemin qui consistait à copier ce que disaient les autres groupes ou à utiliser leur langage.

Bono s’est toujours attaché à trouver un langage qui exprimerait ses propres expériences et les gens aimaient cela chez lui à l’époque à Dublin. Et il l’a étendu à son approche des interviews.

Il a toujours eu en lui cette capacité à faire des phrases. Il trouvait le moyen de dire quelque chose de différent, ce qui donnait le sentiment que c’était plus grand ou plus important, que ça avait une signification.

Et c’est un sentiment que l’on a toujours eu avec U2 : qu’effectivement, il avait un objectif. La beauté de cela est qu’il l’a toujours.

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