Danser l’art - U2 France

Danser l’art

dimanche 14 novembre 2010 / par Corine/Dead / Tags:

INTERVIEW : Morleigh Steinberg a conçu un hommage dansé à Louis le Brocquy. Róisín Ingle l’a rencontrée lors d’une pause entre deux répétitions.

A mi-chemin de mon interview avec la danseuse Morleigh Steinberg, une chanson de U2 s’échappe de la stéréo, un éléphant à peine audible dans la salle du fond du pub de Dún Laoghaire où nous nous retrouvons pour discuter de son tout dernier projet, une interprétation dansée des tableaux de Louis le Brocquy. Lorsque je souligne la "coïncidence musicale”, Steinberg, cheveux sombres et yeux sombres, qui est également à la ville Mme The Edge, LE guitariste de la formation rock irlandaise U2, n’en manque pas une note. “Oui, j’ai entendu lorsque c’est arrivé”, dit-elle d’une voix douce. Bien évidemment qu’elle a entendu. Vous pensez bien que ce n’est plus un hasard d’entendre les chansons de U2 à la radio lorsqu’elle ou son illustre mari s’aventurent pour les affaires ou par plaisir.

Steinberg, belle femme à la peau laiteuse, qui paraît bien plus jeune que ses 40 et quelques années, a pris une pause entre deux répétitions dans un studio de danse tout proche. Là-bas, des danseurs dont Liz Roche issue de la troupe de danse moderne acclamée Rex Levitates s’échauffent, tordant leurs membres en élégantes poses pour la première mondiale de Cold Dance Colour (NDLT : euh... il n’a pas revu ses notes, le titre c’est Cold Dream Colour !) – un hommage dansé à Louis le Brocquy. Extraordinaire greffeuse et multitâche, Steinberg est réalisatrice artistique, Co-chorégraphe, designer éclairagiste, et soliste pour cette œuvre. La toute première œuvre qu’elle ait vu de sa vie était ses visages blancs et têtes ancestrales. “Je les ai trouvés profondément inspirantes”, confie-t-elle. “Je venais à peine de débarquer en Irlande et ils m’ont fait me sentir chez moi ici, je partage beaucoup sa façon de voir le monde.

“Une fois que j’ai connu Louis, je lui ai demandé s’il n’avait jamais envisagé de voir ses tableaux mis en danse. Il n’a dit ni oui, ni non. Il a répondu : ’C’est une idée tellement bonne’. Aussi ai-je pris sur moi-même de le faire. Il y a beaucoup de mouvement et d’énergie dans ses toiles aussi ça m’a semblé très naturel et très sympa.”

Ces peintures lui ont rappelé le style de son ex-chorégraphe Oguri – danseur japonais marié à sa sœur Roxanne (également danseuse) – et du travail qu’ils avaient fait ensemble. “Nous danseurs sommes très incestueux”, rit-elle. “Louis ne se contentait pas de peindre un visage, il peignait ce qu’il renvoyait de l’intérieur et ce que nous faisons en tant que danseurs a également beaucoup à voir avec ça”, explique-t-elle.

Elle a rencontré Oguri grâce à sa sœur qui étudiait la danse avec lui au Japon. Son tout premier documentaire long métrage s’intitulait Height of Sky (la hauteur du ciel) et traitait de la quête de son beau-frère de redécouverte de sa relation avec la danse dans les déserts californiens. Il danse également dans cette œuvre dédiée à le Brocquy. Comme pour la majeure partie de son travail, elle souligne : “C’est une affaire de famille”.

Cold Dance Colour (NDLT : j’abandonne !) a eu sa première au Pavilion Theatre à Dún Laoghaire, la semaine des 94 ans (depuis mercredi) de le Brocquy. La présentation a eu lieu vendredi et hier avait lieu la première mondiale. “Je ne suis pas sure qu’il viendra. En fait, je ne vais jouer que pour lui, son épouse Ann et leurs amis”, confie-t-elle. Son époux, né Dave Evans, a composé la musique avec Paul Shavez. “Il sait d’instinct om se diriger, je pense qu’il n’appartenait qu’à lui de voir qu’il n’avait pas à en faire une chanson”, poursuit-elle. Les costumes sont d’une amie de la famille, auteure et styliste de mode, Mariad Whisker.

La danse est toute la vie de Steinberg. Native et élevée à Los Angeles, cette fille d’un avocat et d’une styliste d’intérieur a appris la danse grâce à une merveilleuse professeur de danse moderne. “Ma mère nous a trouvé cette professeur et nous avons toutes dansé avec elle, ma mère, ma sœur, un wagon complet d’amies d’école... Il s’agissait de danser sans se regarder dans des miroirs aussi il ne s’agissait pas de ressembler à tout le monde. Il y avait de la technique mais sans miroir, l’on apprend enfant à s’exprimer sans se soucier de son apparence mais de ce que l’on ressent.”

Seconde génération de Los-Angelines, elle a eu en quelque sorte accès à une formation privilégiée, étudiant à Beverley Hills High – “une école vraiment géniale avec des infrastructures pour la danse et la musique fantastiques, c’est d’ailleurs pour cela que ma mère nous y avait envoyées” – et a grandi entourée de célèbres voisins hollywoodiens.

Sa grand-mère, Australienne née à New York, était secrétaire du dirigeant d’Universal Pictures et son grand-père, Sud-Africain, était camera man dans la ville. “Nous avons ça dans le sang, Hollywood. Ma mère a grandi dans les murs d’Universal. Mais Los Angeles c’est bien plus que cela, en partie c’est une ville très grande pleine de ploucs, elle est également très multiculturelle et puis, il y a Hollywood. Mais la plupart des personnes qui travaillent dans cette industrie sont des techniciens. Ils sont beaucoup plus nombreux que les acteurs célèbres. J’adore cette idée que les gens sont venus à l’ouest pour bâtir un rêve.”

Elle est honteusement enthousiaste à propos de sa ville natale même si la danse lui a en quelque sorte fourni une vie de bohémienne, l’éloignant de son lieu de naissance durant de très longues périodes depuis son adolescence.

Elle avait 16 ans lorsqu’elle est partie pour étudier la danse à la célèbre Interlochen Arts Academy du Michigan et 17 ans lorsqu’elle a déboulé à Paris avec sa sœur aînée. “J’ai eu 18 ans à Paris, c’était au cours de cette année de dingues consacrée à la danse”, se souvient-elle. Après avoir quitté la ville, elle a été invitée à rejoindre une compagnie de danse du nom de Momix, créée par un groupe de danseurs illusionnistes basé au Connecticut. Après plusieurs années de tournée avec cette troupe, elle s’en est allée avec trois autres membres fondateurs de Momix pour créer une compagnie de danse du nom de ISO. (NDLT : qui n’a rien à voir avec la célèbre norme mais qui signifie tout simplement "I’m So Optimistic" - je suis tellement optimiste).

ISO était composé par deux couples impliqués romantiquement comme le dit Steinberg. Sa dynamique n’était pas sans comparaison avec celle d’un groupe de rock, ce qui explique peut-être pourquoi elle apprécie aussi profondément le travail de son époux. “Ca n’est pas toujours facile lorsqu’il part en tournée, parfois l’on a pas le sentiment d’être celle laissée à la maison avec les enfants... mais je respecte vraiment son éthique de travail, tout comme il respecte la mienne et j’adore les gens qui bossent dur à ce qu’ils font de mieux.”

ISO a passé ses années de formation à collaborer et à créer sa propre œuvre, jouant dans des clips vidéos et films mais également en tournée à présenter ses propres spectacles. ISO a joué dans l’un des clips vidéos de U2, With or Without You. Elle a rencontré le groupe et s’est lié d’amitié avec Bono en coulisses après l’un des concerts de la tournée the Joshua Tree. Se souvient-elle de la première fois où elle a rencontré The Edge ? Y a-t-i eu un coup de foudre ? “Oui, je m’en souviens et non il n’y a pas eu de coup de foudre.” Elle est devenue coach mouvement pour Bono sur la tournée Zoo TV. “Un jour, il m’a simplement dit : ‘Pourquoi ne danses-tu pas, tu restes plantée là tous les soirs à regarder’”, se souvient-elle. C’est ainsi qu’elle a assuré le rôle de la danseuse du ventre dans Mysterious Ways même si elle n’était pas danseuse du ventre.

“Je suis danseuse, j’observe et je garde les yeux grand ouverts”, explique-t-elle. Sa romance avec Edge, qui venait de se séparer de sa première femme, a décollé à la fin de la tournée. “Je pense toujours qu’il nous a fallu beaucoup de temps avant de nous trouver”, s’amuse-t-elle. Elle ne s’était jamais mis en tête de devenir amie avec le plus grand groupe de rock au monde et encore moins de trouver l’amour en son sein. “N’oubliez pas que j’ai grandi à Hollywood”, précise-t-elle.

Partir pour l’Irlande était alors l’étape naturelle à franchir, mais en tant que danseuse souvent sur la route, cette situation est devenue permanente lorsque le couple a eu ses deux enfants, une fille et un garçon, Sian et Levi. Le couple possède des résidences à Dublin, New York, en France et à LA. “J’ai débarqué en Irlande avec une valise, je n’avais jamais vraiment eu l’idée que je devrais y déposer toutes mes affaires. J’avais toujours mon chez moi à LA, je l’ai toujours. Ce n’est que lorsque j’ai eu mes enfants que je me suis dit : ‘bon, maintenant je suis là’.”

Comment s’est-elle adaptée en Irlande ?

“Honnêtement ? ca a été dur. venant d’une ville multiculturelle internationale comme Los Angeles, c’était dur de se retrouver du jour au lendemain dans une culture avec laquelle je n’avais aucune connexion ni racines... en même temps, c’était merveilleux de se trouver dans un pays complètement lui-même. J’ai ce même sentiment pour l’Italie. Bien que j’ai pu observer de nombreux changements en Irlande au cours de ces 15 dernières années et je ne peux m’empêcher de penser : ‘Ne faites pas ça, ne perdez pas votre identité irlandaise’.”

A l’évidence, elle a hâte de retourner en studio et répond à présent poliment à mes questions alors que son esprit et son cœur sont en studio avec Oguri et les autres danseurs.

“Je voulais simplement apporter l’expertise de chacun dans ce projet. je veux que ce soit une manifestation vivante, une vraie célébration de l’œuvre de Louis”, poursuit-elle. Elle espère que le projet sera un succès et qu’il y aura une demande pour une tournée. Jusqu’à présent sa vie professionnelle l’a menée aux éclairages, à la réalisation, à la filmographie, à la photo mais c’est avant tout une danseuse.

“Je ne cesserai jamais de bouger. tant que je pourrais bouger, je danserai”, conclu-t-elle en se levant, le portrait de l’élégance raffinée.

Cold Dream Colour (NDLT : enfin !) – hommage dansé à Louis le Brocquy se jouait vendredi et samedi soir au The Pavilion Theatre, Dún Laoghaire, à Dublin.

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Voir en ligne : The Irish Times

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