Histoires de Q (2e partie) - U2 France

Histoires de Q (2e partie)

samedi 12 octobre 2002 / par Corine/Dead

Dix ans de tumulte au sein de U2

Edge s’amusait, Larry non, Adam restait au lit et Bono téléphonait au président. Qu’est-il arrivé ?

(... déjà traduit voir news ici)

Puis le rockeur des gratte-ciel, replet de basse ivre et de franges fascinantes, explose. La silhouette lavande de Bono commence à pousser sa voix en plein dans l’oreille droite de Q. Il ne fait une pause que pour venir à bout de certains couplets ("Vous voyez, mon père était un grand fan d’opéra... c’est pourquoi j’arrive à ça"), avant d’atteindre un crescendo passionné en prononçant ces mots,
"You’re the reason I sing..." (Tu es la raison pour laquelle je chante).

C’est bouleversant. Et il y a plus encore à venir. Edge enfoui sa tête recouverte d’une casquette bleu marine dans un coffre débordant de CD-Rs et retrouve ses préférés. (...)

Retour en arrière jusqu’à Berlin, à la fin de l’automne 1990, le commencement du mécontentement à l’hiver de U2. A la veille de l’annonce faite par Bono au Point Depot de Dublin le 31 décembre 1989, que le groupe — éprouvé par la critique qui l’avait éreinté après le Rattle and Hum de 1988 — allait "s’éloigner et tout rêver depuis le début", il était clair que U2 pataugeait.

Ils levèrent le camp pour les studios de Hansa dans l’ex Berlin Ouest avec l’espoir que les albums de Bowie et d’Iggy Pop enregistrés dans ces mêmes studios dans les années 70 leur apportent l’inspiration pour ce qui allait devenir Achtung Baby. En réalité, U2 s’est retrouvé dans un studio en ruine plein de courants d’air, alors qu’au dehors l’atmosphère extatique de l’Allemagne réunifiée dans moins de douze mois sourdait.

Un soir, leur complice de studio, le producteur Daniel Lanois, leur rendait visite pour enregistrer et s’est retrouvé pris en chasse par une bagnole pleine de skinheads bourrés. Partout dans la ville, les bars des hôtels regorgeaient de ce que le producteur de U2, Paul McGuinness, qualifie de "brasseur d’affaires de tout acabit fourguant des trucs à l’Est — des systèmes de transport, des ponts, n’importe quoi."

"Il semblait que planait ce nuage noir au dessus de toutes les sessions d’enregistrement," se souvient le co-producteur Flood. "Parfois ça se sentait de façon très particulière — pas de bagarres mais des gens qui rechignaient. C’était très tendu."

Les divisions à l’intérieur de U2 étaient évidentes. D’un côté on avait Bono et Edge, qui voulaient que le groupe se modernise en utilisant des airs contemporains et écoute de nouvelles musiques (la liste des titres joués en studio à l’époque comprenait My Bloody Valentine, les Butthole Surfers, et même Ozric Tentacles). De l’autre, il y avait Mullen (qui passait son temps à revisiter Cream
et Hendrix) et Adam Clayton (qui s’inquiétait de voir que le groupe était au bord de l’abîme en se lançant dans des airs danse juste pour l’effet) et tous deux opposaient une résistance au changement.

Au cours d’une répèt. très chaude et fameuse Clayton a arraché sa guitare avec colère et l’a mise entre les mains de Bono en lui aboyant : "T’as qu’a en jouer de cette p****** de guitare toi !"

"Ce n’est pas la première ni la dernière fois que ça arrivait," s’esclaffe Edge.
"En réalité ça chauffait souvent à ce moment là. Personne ne cédait sans bien s’emboucaner avant. Y’a quand même quatre p****** d’enfoirés dans U2. Je pense qu’on se serait séparés y’a des lustres s’il y avait vraiment eu des contentieux dans le groupe."

"Nous n’étions plus en symbiose, sans aucun doute," ajoute Mullen. "Il y a eu des tensions car ça ne marchait pas. L’environnement du Hansa n’en était pas un créatif. Mais je pense que je reconnais à 1 % que j’étais pas synchrone."

Alors que la concentration se faisait sur l’arrivée du producteur Brian Eno — sur ce que Flood appelle son "chargeur sonique" — la progression était encore lente. Puis, dans un incident qui allait sévèrement ébranler leur confiance, les bandes des toutes premières démos de leur travail achevées furent volées (le coupable reste inconnu) et promptement pressées sur un double album vinyle pirate.

"C’était très dérangeant," se souvient Daniel Lanois, "parce que personne ne savait comment c’était arrivé. Ils auraient pu entrer en studio ou être à l’hôtel. Mais ça a créé une mauvaise scène pendant quelques semaines."

"D’autant que nous puissions dire, ça avait été fabriqué dans une usine d’impression de l’Allemagne de l’Est agonisante," affirme Paul McGuinness. "Ca avait un petit côté troisième homme, l’idée de personnes se planquant dans les brouillards de Berlin avec des bandes de contrebande."

"En fait, j’en avais une copie," sourit Edge, silencieusement amusé. "Il y a sûrement quelques airs dessus que nous pourrions revisiter dans l’avenir."

Quand la percée des sessions de "Achtung Baby" est venue avec un enregistrement d’une prise de "One" (Flood : "Ils ont essayé encore et encore et tout à coup les cordes se sont faites harmonie et la mélodie a suivi"). C’est arrivé pas une seconde trop tôt. Cependant, après trois mois de travail intensif, U2 est rentré à la maison avec un peu plus qu’une ligne de base (pour "Mysterious Ways") et de vagues notions pour "The Fly" et pour "Who’s Gonna Ride Your Wild Horses."

Bizarrement, le groupe s’est réuni dans une salle de billard d’une maison louée aux abords de Dublin, à proximité d’un site construit où une flotte de JCB grognant opérait la plus grande partie de la journée. En dépit de cela, en quelques semaines, l’album commençait à prendre tournure, bien que perversement, c’étaient les bandes les plus typiques de U2 qui s’avérèrent le plus difficile. Le producteur Steve Lillywhite se rappelle de l’arrangement musical de "Who’s Gonna Ride Your Wild Horses" (bizarrement absent du prochain Best Of) comme particulièrement difficile.

"Ils détestaient cette chanson," dit-il. "J’ai passé un mois dessus et je ne pense toujours pas qu’il ait été aussi achevé qu’il aurait pu l’être. Les Américains l’ont entendu et disent, voilà votre chanson pour la radio, car ils avaient du mal avec certain des des éléments les plus industriels. C’est presque comme un groupe qui ferait des reprises d’un moment U2. Peut-être que nous avons trop essayé."

C’est remarquable alors que "Achtung Baby" ait émergé au milieu de ce tumulte comme l’album le plus renversant de la carrière de U2 : des accords brisés explosifs hi-fi de "Zoo Station" aux mornes confessions de "Love is Blindness." Plus surprenante encore était la pochette de celui-ci, montrant le groupe travesti et — de notoriété publique — la preuve par l’image de pourquoi Adam Clayton avait autant de succès auprès des dames. Il planait même un temps durant une hypothèse hallucinante sur le fait que ce nu soit l’image principale de cette pochette.

En prenant du recul, sont-ils contents que ce ne soit pas celle de Clayton à l’état brut en grand sur la pochette ?

Edge : "Disons, que c’est suffisamment grand comme ça... Mais je suppose qu’on aurait suivi un parcours de carrière très différent si nous l’avions faite dans la seconde hypothèse. Il s’est avéré que le titre de cet album "Achtung Baby", était lui-même fortement controversé, tout spécialement en Amérique..."

Mullen : "Et en Allemagne."

Edge : "Ouais. Au départ il ne s’est pas bien vendu en Allemagne. Les Allemands pensaient que quelque part on se foutait de leur gueule. Mais le titre n’a pas grande importance au bout du compte. Certains de mes groupes préférés ont les pires noms. Vous savez, les Beatles, Bon sang."

Mullen : "U2 c’est pas particulièrement un nom génial."

Edge : "Non, U2 c’est pas génial et je ne pense pas non plus que "Achtung Baby" soit un nom fantastique."

Après avoir livré leur album le plus provocateur, U2 continuait avec
Zoo TV, une fois encore la tournée la plus spectaculaire jamais montée sur scène par un groupe de rock. Il y avait des rangées de trabants, et le confessionnal vidéo (qui enregistrait les messages de fans pour les relayer sur des écrans durant le concert). Il y avait les appels nocturnes de Bono depuis la scène, harcelant George Bush Sr. ou un hôte parmi les politiciens européens ou les célébrités. Et puis il y avait ces écrans télé démesurés qui assénaient un barrage de messages visuels mélangés aux publics.

Pendant ce temps, à l’heure des mutations, U2 — jusqu’à cette étape symbolisait le rock du chrétien bon vivant personnifié — se mit à festoyer à tout va, des photos circulaient du groupe traînant la nuit avec des mannequins. Mais une fois encore, les détails de ces escapades — comme toujours en ce qui concerne U2 — restent jalousement gardés.

Alors, en tant que groupe, avez-vous pété un E communautaire ?

Edge : "Quoi ? Une sorte de rituel ? Non... on avait l’habitude de sniffer du napalm avant chaque concert, mais en dehors de ça..."

La première victime de l’hédonisme de U2 fut Adam Clayton. Alors qu’il devait jouer deux soirs de suite au Football Stadium de Sydney en novembre 1993, Clayton se déclara trop malade pour pouvoir jouer (ah ! les peines de coeur de Lord Clayton ;-)), ndlt). Son roady le remplaça et le second soir Clayton revenait sur scène.

"Ca couvait depuis un bout de temps," poursuit Mullen. "Aussi ça n’a pas vraiment été une surprise. C’était inévitable. Pour un groupe comme U2, être sur scène relève du sacré, aussi ça nous faisait drôle d’y être sans notre pote. C’était également un concert filmé ce qui ajoutait à la pression... pour ce qui est d’en dire quelque chose de positif."

Pendant ce temps, le groupe s’activait à laisser tomber certains aspects de la tournée. Au milieu des concerts, U2 incorporerait des liaisons satellite avec un studio télé à Sarajevo. Mullen, plus particulièrement, garde un souvenir enthousiaste de cette dernière expérience.

"D’aussi loin que je me souvienne, je ne peux ma rappeler quelque chose de plus crucifiant que ces liaisons avec Sarajevo. C’était un peu comme de balancer des seaux d’eau froide en pleine face du public. On pouvait lire sur leur visage : mais bon Dieu, qu’est-ce qu’ils foutent ces mecs ? Mais je suis fier d’avoir fait partie d’un groupe qui essayait de faire quelque chose."

"A la fin de tout ça," note Paul McGuinness, "J’ai reçu cette facture colossale de l’European Broadcasting Union, qui me disait : vous nous devez des centaines de milliers de livres Sterling pour l’utilisation de notre satellite. Je n’ai jamais payé. je suis probablement toujours sur la liste des débiteurs en rouge de l’EBU. On essayait de faire savoir au reste du monde ce qui se passait à Sarajevo et l’EBU essayait de nous faire payer ce privilège. Je trouvais ça scandaleux."

Malgré ses désaccords, U2 était gonflé à bloc de l’énergie qu’il avait insufflé à cette tournée et commençait à bosser sur de nouveaux morceaux pour un nouvel enregistrement. Bientôt les titres se multiplièrent et donnèrent un nouvel album. Zooropa était un disque encore plus audacieux, et le produit d’un labeur d’une intensité acharnée.

"C’est alors que la folie s’en est mêlée," déclare Flood, "Comme ils étaient en tournée et en studio en même temps, ils décollaient pour donner leur concert et rentraient pour s’enfermer en studio à minuit et puis ils bossaient jusqu’à 2 ou 3 h du mat."

"Ca a vraiment été le bordel," confirme Edge, "mais on n’aurait jamais fait ce disque si on n’avait pas fait cet effort supplémentaire. Le summum a été la participation de Johnny Cash sur ’The Wanderer.’ C’était un morceau de choix pour l’opportunisme de U2. On bossait sur ce morceau et Bono a dit : ’Hé, Johnny Cash est en ville pour une émission, je crois qu’on devrait aller le voir et lui chanter.’ On a tous pensé ’T’as pété un plomb rockeur,’ mais nous l’avons rencontré après l’émission et il a adoré."

Alors dites-nous un peu, que pensez-vous de Zooropa quand vous l’écoutez aujourd’hui ?

Mullen réfléchit 33 secondes.

Edge : "Il ne l’écoute jamais !"

Mullen : "Ca fait un bout de temps que je ne l’ai pas écouté. C’était en plein milieu de la tournée la plus longue qu’on ait jamais faite et c’est dur de se souvenir de ce qui est arrivé. J’adore ce disque. Mais je m’y suis un peu perdu l’espace d’une seconde, je dois le reconnaître... c’était quoi l’autre disque qu’on a fait ?"

Edge : "Passengers !"

Mullen : "Passengers ! Ils commençaient tous à fusionner."

Quand U2 a débarqué au Japon en décembre 1993 pour ses derniers concerts de sa tournée de deux ans Zoo TV/excursion Zooropa, il eut un peu l’impression d’avoir atterri sur la lune.

"Vous pouvez commencer une tournée au Japon, vous y trouvez en plein milieu de tournée mais ne terminez pas une tournée au Japon," conseille sagement Mullen. "C’était un peu comme si je devenais fou et que j’en avais la preuve devant moi. Je n’étais rentré à la maison que deux jours et je devais réserver un vol pour New York, je ne pouvais pas être chez moi."

Pensez-vous après coup que cette tournée était trop longue ?

Edge : "Quand vous avez fini une tournée de cette longueur vous avez des certitudes. Vous rentrez chez vous, vous avez un déjeuner de famille, quelqu’un vous demande de lui passer le sel et vous vous dites : A quoi donc peuvent-ils donc penser ? mais si cette tournée avait duré six mois de moins, je ne suis pas sûr qu’en fait nous aurions été dans un état moins dément."

"Tu te souviens de ce que tu m’as dit lors de nos deux derniers jours au Japon ?" demande Mullen. "On était dans cette chambre d’hôtel dans la banlieue de Tokyo depuis une semaine et on avait l’impression que ça faisait des mois. Un de nos derniers soirs là, Edge et mois étions assis et il m’a dit : "Et si on s’achetait un bus et qu’on continuait ?"

Edge : "Du genre, ouais, il ne nous reste plus que la Sibérie à faire..."

Mullen : "Et l’espace d’une fraction de seconde j’ai pensé : c’est pas une mauvaise idée."

Leur cerveau à juste titre décrypté, U2 se préparait à un nouveau défi. se regroupant à Londres au cours de l’été 1994 avec Brian Eno et le DJ/mixer Howie B, leur idée était de créer une musique de film — et ils trouvèrent le film pour ça. Quand le projet fut débattu, émergea le surnom de Passengers. L’album, "Original Soundtracks 1", comprenait surtout des instrumentaux et s’apparentait plus au travail en solo de Eno qu’à U2.

La dernière fois que Q avait brocardé le sujet de "Passengers" avec Edge et Mullen en 1997, il en était résulté une querelle qui s’était terminée par le premier déclarant au dernier, "Ca va faire son chemin Larry. Laisse-lui quelques années."

Ca fait quelques années maintenant, alors ?

"Ca n’a pas fait son chemin en moi," minaude Mullen. "Cependant, ’Miss Sarajevo’ est un standard. A l’époque, je pensais, fous la paix au public, tu lui a déjà balancé "Achtung Baby" et "Zooropa", laisse le un peu souffler."

Cet album fut aussi un déclencheur pour tester la relation de U2 avec le producteur Brian Eno, et les accusations pleuvaient comme quoi avec Passengers, U2 était devenu "trop Eno."

"C’est à cette même période que le groupe et Eno lui-même sentirent qu’il était temps de prendre quelques distances," précise Edge, un peu prisonnier. "mais c’était plutôt du genre : et si on essayait vraiment un disque vraiment différent à présent."

Et ainsi débutait la période la plus houleuse de l’histoire de U2. Le quartet se bâtit une équipe comprenant Flood, Howie B. et Nellee Hooper, le producteur de Massive Attack. Alors que les sessions de départ exploratrices de l’album "Pop" — qui démarrèrent en été 1995, avec des creux employés à remplacer Mullen (qui se remettait d’une blessure au dos) — s’avérèrent intéressantes, ce ne fut pas très long avant que U2 ne se rende compte qu’il s’enterrait lui-même."

Edge : "On était dans une situation où Larry devait s’arrêter et il nous semblait que : ’hé y’a des tas de gens qui..."

Mullen : "... savent jouer des caisses de résonances."

Edge : "... qui la plupart du temps reprennent des extraits, alors essayons de commencer ce projet comme ça. mais quand on s’est mis à mixer ces "boucles", c’était un peu comme si le coeur et l’esprit manquaient. Je me souviens m’être adressé à plusieurs reprises à Flood pour lui demander : ’Pourquoi ça sonne aussi creux et sans âme ?’ et lui de me répondre ’Le groupe !’ Et ça a été comme une révélation, ’Ah... d’accord...OK.’ Il avait compris avant tout le monde."

Flood : "Tous les disques sur lesquels j’ai bossé avec eux, peu importe combien il y avait d’exploration dessus, le coeur en a toujours été tous les quatre jouant ensemble dans une même pièce. C’est l’un des trucs qui a lancé l’album sur une tangente dont il n’avait jamais réussi à revenir.

"C’était le groupe dans ce qu’il avait de plus fracturé," poursuit-il. "On avait Larry qui luttait en raison de sa santé, et puis Adam et Nellee qui ne se voyaient jamais, et aussi Edge qui voulait redécouvrir la guitare et qui trouvait ça très dur, et toujours la tendance de Bono à entrer pour faire vibrer les choses."

L’autre facteur à ajouter à la pression d’une prévision de tournée qui couvrirait Zoo TV, et l’atmosphère construite à des niveaux dangereusement houleux. Puis U2 commis un pêché capital.

Mullen : "Nous avons fait cette chose que nous avons toujours déconseillé aux groupes plus jeunes de faire. C’est-à-dire réserver une tournée avant que le disque ne soit terminé."

"Que dire de sortir un disque avant qu’il ne soit fini ?" note Paul McGuinness notes, grimaçant.

C’était le point crucial du problème : U2 manquait de temps et était désormais forcé de sortir un album inachevé.

"Au finish, ça devint une panique aveugle," se souvient Flood. "J’ai senti que je laissais tomber le groupe et moi-même. malheureusement quand vous faites un disque avec U2, vous êtes sur exposé et n’avez pas droit à l’erreur."

"Un peu comme, Oh mon Dieu, ce disque n’est pas très bon," confesse Mullen. "Mais c’était dû aux contraintes de temps. Si on avait eu un mois supplémentaire, on aurait pu faire beaucoup plus avec certains titres."

A la fin, il semble que les petits problèmes de "Pop" sont les détails de la production qui n’alerteraient pas la majorité des auditeurs.

"Le genre de truc que beaucoup de gens n’apprécieraient sûrement pas," concède Edge, "mais c’est énorme de laisser aller quelque chose pour laquelle vous n’êtes pas à 100 % en accord."

Pour aggraver cette anxiété, U2 s’était aussi laissé peu de temps pour répéter pour la tournée PopMart à venir. Puis, passées les horreurs du concert inaugural à Las Vegas le 25 avril 1997, quand un U2 sous entraîné aux répétitions luttait pour jouer jusqu’à ses airs les plus connus, il était évident que la tournée "Pop" ne se vendait pas dans les quantités espérées par le groupe.

Quand les chiffres ont commencé à être connus, étiez-vous inquiet ?

Mullen : "Ouais."

Edge : "C’était une réussite, sauf pour les Etats-Unis. La tournée s’est vendu à huit millions, alors on ne peut pas dire que ça ait été un échec. la maison de disques pensait qu’on allait cartonner en Amérique. Et quand nous nous sommes rendus compte que ce n’était pas le cas, on a fait moins d’effort. la tournée s’est vendue plus vite que celle du "Joshua Tree" en Amérique, mais à un certain moment ça s’est arrêté."

Mullen : "pour être juste, nous étions dans une situation en Amérique où la tournée ne se vendait pas bien. Alors notre lancement aux Etats-Unis n’a pas été bon."

Même si les publics américains ont eu du mal à comprendre le concept de la tournée PopMart et de sa scène — l’arche McDonald, l’olive piquée d’un bâtonnet et le citron à facettes — la tournée ’est remise en terme à la fois de résultat au box office et de performances du groupe. Tout sauf cette soirée où le citron motorisé est tombé en panne en Scandinavie, avec le groupe coincé à l’intérieur.

"On s’est ridiculisé," concède Edge.

"Mais je dois dire," ajoute sèchement Mullen que "si je devais choisir mon moyen de transport, je ne suis pas sûr que je choisirais le citron à facettes. la prochaine fois, j’opterai pour le bus."

Avec la fin de la décennie, avoir passé les années 90 à être un peu moins U2, le groupe découvrit qu’en fait ils feraient mieux de retourner et d’essayer à sonner plus comme U2. Le résultat : "All That You Can’t Leave Behind".

"Nous avons compris qu’il n’y a qu’une petite partie des Joshua Trees qu’on peut abattre," déclare Mullen.

En tant que groupe, U2 est aujourd’hui moins auto-conscient qu’à n’importe quel moment de leur 24 ans d’histoire. Il est même, semble-t-il, plus à l’aise avec le fait que Bono balance alentour, une fois encore, son poids politique.

"Il a fait un boulot incroyable en faveur de l’annulation de la dette et des problèmes de sida en Afrique," déclare Edge, "mais parfois on fait un peu la gueule quand on le voit dans le journal avec les politiques. Ca vaut le coup, mais parfois on comprend pourquoi certains personnes disent, ’branleur !’ Intellectuellement, on ne fait pas ce genre de truc pour se dire c’est tendance. On le fait en dépit du fait que c’est vraiment pas branché."

McGuinness : "Quand Bono décolle et fait ces trucs, ça remplit une part de lui qui ne trouve pas son expression au sein de U2. S’il ne les faisait pas, il se sentirait comme s’il ne vivait pas pleinement sa vie. Pour le groupe, c’est pas une mauvaise affaire. D’une certaine façon, il se renouvelle créativement par ce qu’il fait en matière de politique."

Plus tard, cette même nuit, le chanteur leader errant fit une apparition inopinée à l’hôtel que possède U2 à Dublin, le Clarence, au beau milieu d’un dîner. Il dessine le problème de son engagement ("Il s’agit juste d’avoir la foi et de penser, si je peux comprendre ce qu’est la musique alors peut-être que je peux comprendre ce qu’est l’économie"). C’est probablement dû au fait qu’il a autre chose, des problèmes plus liquides en tête. Bono commande un Tom Collins, son cocktail de choix du moment, pour Q.

"C’est de la vodka et..." commence-t-il à dire avant que le serveur ne lui fasse poliment observer qu’en fait c’est du gin qu’il boit depuis quelques mois.

Bientôt la conversation ricoche sur des sujets sans relation les uns avec les autres : le décor retenu pour l’hôtel ("regarde dans les placards, tout a les couleurs catholiques") pour le script d’un film qu’il a écrit au sujet d’un prêcheur dans une réserve indienne ("je n’arrivais pas y croire, j’ai fait ça en une semaine et c’est venu... tout naturellement").

Finalement la conversation arrive aux sessions pour le prochain disque de U2.

"Vous savez," il décide, relevant un sourcil, "nous avons une opportunité incroyable ici. Ils passent notre titre à la radio à nouveau."

En revenant sur cette décennie, c’est dur de dire quand exactement il pense qu’ils aient jamais arrêté.

(à suivre)

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