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La nuit où Salman Rushdie a rejoint U2 sur scène (Part I)

vendredi 19 février 2010 / par Corine/Dead / Tags:

Le romancier Salman Rushdie, par peur pour sa vie, avait dû se cacher durant de nombreuses années. Puis, un jour il apparut sur scène au côté de U2. Ensuite, il écrivit une chanson avec le groupe. Dans cet extrait d’un papier paru dans le The Sunday Times, il se souvient de comment tout ceci est arrivé.

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A l’été 1986, je travaillais au Nicaragua, à un livre de reportages qui serait publié six mois plus tard sous le titre The Jaguar Smile (le sourire du jaguar). C’était le 7e anniversaire de la révolution sandiniste et la guerre contre les Contra forces appuyées par les Etats Unis, s’intensifiait quasi de jour en jour. J’étais accompagné par mon interprète, Margarita, improbable blonde glamoureuse très intelligente à la ressemblance troublante avec Jayne Mansfield. Nos journées étaient pleines de preuves de lutte et de détresse : la rareté de produits sur les marchés de Managua, le cratère de bombe sur une ville du pays où un bus scolaire avait explosé en passant sur une mine Contra.

Un matin, pourtant, Margarita me sembla inhabituellement excitée. "Bono arrive", pleurait-elle, les yeux embués comme n’importe quel fan, puis, elle ajouta, sans aucun changement d’inflexion dans sa voix : "Dites-moi, qui est Bono ?"

D’une certaine façon, cette question était la preuve criante de l’isolement de son pays assiégé comme tout ce que j’avais pu voir ou entendre dans les villages frontaliers, les bayous démunis de la côte Atlantique ou les rues de la ville ravagés par le séisme.

En juillet 1986, la sortie de l’album monstre de la formation rock irlandaise U2, The Joshua Tree, était encore à six mois de là, mais il était déjà après tout, le maître de War. Qui était Bono ? C’était le gars qui chantait : "I can’t believe the news today, I can’t close my eyes and make it go away." Et le Nicaragua était l’un de ces endroits où les nouvelles étaient devenues incroyables et sur lesquelles on ne pouvait fermer les yeux, et bien entendu, il était là. Je n’ai pas rencontré Bono au Nicaragua, mais lui a lu The Jaguar Smile. Cinq ans plus tard, alors que je rencontrais des difficultés personnelles, mon ami le compositeur Michael Berkeley me demanda si je voulais aller à un concert Achtung Baby de U2, avec ses Trabants psychédéliques suspendues. A l’époque, il m’tait difficile de me rendre où que ce soit, mais je lui répondis par l’affirmative et fut touché par l’enthousiasme avec lequel cette requête fut accueillie par les gens de U2. Et donc, j’étais là à Earls Court, debout parmi les ombres, écoutant.

En coulisses, après le spectacle, on m’emmena dans un mobile home rempli de sandwiches et d’enfants. Il n’y avait pas de groupies aux concerts de U2, seulement des crèches. Bono entra et fut aussitôt festonné par des filles. Mon souvenir de ce premier papotage est que je voulais parler musique et qu’il tenait à parler politique - du Nicaragua, d’une manifestation contre une usine de déchets nucléaires à Sellafield, de son soutien pour mon œuvre et moi-même. Nous n’avons pas passé beaucoup de temps ensemble mais nous l’avons tous deux apprécié.

Deux ans plus tard, lorsque la tournée Zooropa déboula au Wembley Stadium, Bono m’appela pour me demander si j’accepterais de monter sur scène. U2 voulait faire un geste de solidarité, et c’était là le plus important auquel il avait pensé. Lorsque je fis part à mon fils de 14 ans de ce projet, il me dit : "Ne chante pas papa. Si tu chantes, je devrais me tuer." Il n’était nullement question de me permettre de chanter - les gars de U2 ne sont pas stupides - mais je suis monté et ai ressenti, pendant un instant, ce que ça pouvait être que d’avoir 80.000 fans qui vous acclament.

Le public pour une lecture est un petit peu moins nombreux. Les filles n’ont pas tendance à grimper sur les épaules de leur petit-ami, et le plongeon depuis la scène n’est pas encouragé. Même lors des meilleures lectures, il n’y a qu’un ou deux super modèles qui dansent au poste de mixage. Anton Corbijn prit une photo ce jour-là, pour laquelle il me persuada ainsi que Bono d’échanger nos lunettes. Et me voilà tel un dieu portant les lunettes d’aviateur de Bono alors qu’il scrute au travers de mes lunettes de vue littéraires out. Il ne saurait y avoir expression plus graphique de la différence entre nos deux mondes.

Il est inévitable que U2 et moi-même soyons décriés pour avoir rassemblé ces deux mondes. U2 a été accusé d’avoir tenté d’acquérir du "crédit" intellectuel emprunté et pour ma part, bien entendu, je suis supposément fasciné par la célébrité. Rien de tout cela n’importe vraiment. J’ai traversé les frontières tout au long de ma vie - physiques, sociales, intellectuelles, les limites artistiques - et j’ai repéré, chez Bono et the Edge, que pour l’heure je connais mieux que les autres, une faim égale pour la nouveauté, pour quoi que ce soit qui l’alimente. Je pense, aussi, que l’engagement de ce groupe dans la religion - sujet aussi incontournable en Irlande qu’en Inde - nous a donné, la première fois où nous nous sommes rencontrés, un sujet et un ennemi commun (le fanatisme). L’association avec U2 est bonne pour le stock d’anecdote des autres. Certaines de ces anecdotes sont risiblement apocryphes.

Il y a deux ou trois ans de cela, par exemple, la une de la presse irlandaise rapportait confiante que j’avais vécu dans "the folly" - la maison d’hôtes à la vue spectaculaire sur la baie de Killiney qui se trouve dans le jardin de la maison de Bono à Dublin - pendant quatre années entières. Apparemment, j’étais arrivé et reparti à la nuit noire à bord d’un hélicoptère qui avait atterri sur la plage située sous la résidence. D’autres récits qui semblaient apocryphes sont, malheureusement vrais. Il est vrai, par exemple, que j’ai dansé une fois - ou pour être précis, tapé le pogo - avec Van Morrison dans le séjour de Bono. Comme il est vrai qu’aux premières heures du matin suivant, j’ai été traité de tous les noms par la bouche du grand homme. (M. Morrison est réputé être un peu grognon vers la fin d’une longue soirée. Il est possible que mon pogo n’ait pas été à la hauteur de l’exigence de ses standards.)

(à suivre)

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