La vocation de Bono (fin) - U2 France

La vocation de Bono (fin)

dimanche 30 décembre 2007 / par Corine/Dead

Le rockeur irlandais a une mission : combattre la misère et enrôler ceux qui détiennent le pouvoir dans cette bataille.

Devenir Bono

Autrefois, c’était un homme ordinaire, au nom ordinaire. Paul David Hewson a commencé à devenir ce qu’il est aujourd’hui au Mount Temple Comprehensive School de Dublin. Là-bas, alors qu’il n’avait que 15 ans, il a rencontré Alison Stewart, son épouse depuis maintenant 25 ans et la mère de ses quatre enfants. Et c’est également là qu’il a rencontré ses potes qui allaient s’unir pour former ce qui allait devenir le U2 que l’on connaît aujourd’hui.

Dès la toute première seconde de cette aventure, ils avaient décidé de ne pas se contenter d’être une groupe garage ou à peine aimé de la critique. Ils ont toujours voulu être galvanisant, une force qui pourrait toucher des millions de personnes, éternelle et indestructible. Musicalement parlant, leurs titres (les débuts avec le premier album Boy) a rendu cette atteinte étendue, par un sentiment d’appartenance spirituelle, soutenue par des croyances bibliques.

En se rappelant de ces jours de début, Bono cherche à employer la langue des bucheurs officiels de Washington et affirme : "Nous décriminalisons l’ambition. Il y avait une sorte de malhonnêteté qui entourait la musique lorsque U2 s’est formé — c’est de ce truc dont il fallait vous détacher les oreilles pour pouvoir être un véritable artiste. Pour nous, c’était bien clair que ce n’était pas vrai. Le style de vie ne définissait pas combien vous étiez bon en tant qu’artiste.

C’est cette part de vous qui se tient face au miroir avec une raquette de tennis", poursuit-il. "On veut faire partie des Beatles avec des filles qui nous courent après dans la rue. je pense vraiment pas qu’il y ait un songwriter là dehors qui ne souhaite pas avoir autant de personnes que possible qui écoutent ses chansons. Et lorsqu’ils prétendent le contraire, je ne les crois pas."

Et ils étaient des millions dans le monde entier à avoir entendu les hymnes de U2 en faveur de la justice sociale en 1985 lors du concert Live Aid donné au profit de l’Ethiopie affamée. Après cela, Bono et Alison s’y sont eux-mêmes rendus et y ont travaillé six semaines durant distribuant essentiellement de la nourriture. Il y a eu ce moment où un homme s’est approché de Bono avec son tout jeune enfant et a demandé au rockeur d’emmener son fils avec lui en Irlande.

Ceux qui connaissent Bono disent que c’est quelque chose dont il ne s’est jamais remis. C’est ce qui a déclenché cette transcendance de la rock star naissante au sauveur des plus démunis du monde et des plus humbles serviteurs de la classe ouvrière américaine tout au long du Potomac.

’Il faut s’engager au côté du pouvoir’

A présent, si vous voulez que l’on vous prenne au sérieux parmi les représentants élus du peuple, et ce peuple qu’ils représentent, il vous faut une organisation qui pratique le lobbysme. Bono en a deux : DATA (acronyme de Debt - dette - AIDS - sida - Trade - commerce - Africa - Afrique), qui encourage les gens à s’impliquer dans la politique, et la campagne One, qui cherche à planter les bases d’un mouvement en faveur de l’éradication de la misère. Bientôt elles devraient ne faire plus qu’une sous le nom de One. Elles se trouvent dans un immeuble de I Street NW. Cette vibration pourrait être décrite comme un mélange de National Geographic et de Us Weekly. Un bureau rempli de photos de Brad Pitt en conférence avec Drummond de DATA, Matt Damon en Afrique, Bono faisant le bras de fer avec la star des Houston Rockets, Dikembe Mutombo, élégamment accrochés au côté de photos d’écoliers africains.

Bono a appris comment entreprendre les congressistes à la fin des années 90, lorsqu’il a recruté Bobby Shriver, fils de Sarge et Eunice, pour faire de l’annulation de la dette le premier plan du Capitole.

En étudiant toutes les organisations de lobbying allant de la NRA à l’AARP, Bono et ses conseillers — incluant Shriver et Drummond — au côté de Tom Hart (qui travaillait pour l’église épiscopale), le lobbyiste républicain Scott Hatch et le lobbyiste démocrate Tom Sheridan, ont eu l’idée de DATA et ont convaincu les financier George Soros et Ed Scott de contribuer au financement de cette dernière. La fondation Bill & Melinda Gates y a investi 1 million de dollars.

"Ce qui fait leur efficacité c’est le fait que non seulement ils sont bipartisans mais aussi apolitiques", souligne Sununu. "Ils veulent mettre de côté les politiques et séduire les gens de toute confession — les conservatistes, les libéraux, les modérés des deux partis. Ca les sert bien."

Ce qui les a également bien servi ce sont leurs relations avec la Maison Blanche. Condoleezza Rice, aujourd’hui Secrétaire d’Etat, et Josh Bolten, aujourd’hui en poste à la Maison Blanche, ont fort bien accueilli les idées de Bono, très tôt en 2001. De même que le secrétaire d’état au budget en poste à l’époque, Paul O’Neill, allant jusqu’à accompagner Bono en Afrique en mai 2002 ; les équipes de télévision ont suivi leurs moindres faits et gestes en direct alors qu’ils se rendaient dans des écoles, des cliniques ou bien encore découvraient des projets de mise en place d’eau potable.

"Cela a représenté des douzaines d’heures de programmes pour CNN — et un grand nombre de ceux-ci ont été montré au monde entier", de souligner O’Neill. "Je crois qu’ils ont agi de la sorte en raison de la notoriété et célébrité de Bono et de mon titre, ce qui pour moi est exactement la façon dont devraient fonctionner les choses."

Le rockeur a été un instrument dans le processus de "création d’une conscience publique dans laquelle les politiques sentent qu’ils se doivent de participer", affirme Michael Gerson, un ancien auteur des discours du président Bush. En 2003, Bush annonçait une initiative de 15 milliards de dollars pour combattre le sida, tout d’abord en Afrique.

Certainement que Bush et Bono ont parfois semblé inséparables. L’an passé, le président a présenté le rockeur/militant avant d’adresser son discours du National Prayer Breakfast. Au début de cette année, Bono a pris les rennes du bottin de la haute connu sous le nom de Vanity Fair pour un numéro spécial dédié à l’Afrique, il s’est assuré que Bush et Rice figurent sur l’une des 20 unes photographiées par Annie Leibovitz. (Trad lors de la soirée donnée à Sonoma, on a pu voir Bono seul dans son coin, dédicaçant une photo de lui-même et du président à l’un des officiels de la Maison Blanche.)

"Si l’on veut changer les choses, il faut s’engager au côté du pouvoir", affirme Bono. "C’est ce que nous faisons."

Mais cet engagement auprès du pouvoir a un prix. Pour obtenir ce qu’il veut pour le continent africain, pour exercer son influence auprès de ceux toujours au pouvoir, il doit oublier ses propres convictions sur le problème singulier motivant le plus actif des militants artistiques : l’Irak.

"Ils connaissent ma position à propos de cette guerre", souligne Bono. "Le Premier ministre Blair tout comme le président Bush savaient que nous ne voulions pas de cette guerre. j’ai toujours dépassé les bornes lors des concerts de U2 pour prouver mon soutien aux troupes en place mais ce n’est pas quelque chose que je mets en sourdine maintenant. J’ai renoncé à ce droit. Je suis devenu le protagoniste d’un seul problème. Et aussi difficile que ce soit pour une grande gueule d’Irlandais qui a plus l’habitude de gaffer plutôt que de casser des gueules, je pense que les gens respectent vraiment cela.."

Depuis 2003, il s’est rendu en gros une douzaine de dois à Washington, évitant les étincelles, s’assurant d’apparaître au moment où on le solliciterait le plus.

pas tout le monde s’agenouille devant lui. le romancier Paul Theroux et le professeur de l’université de New York William Easterly se sont de nombreuses fois moqués des efforts de Bono comme l’agrandissement de la célébrité qui surenchérit en dehors de l’assistance et qui agit comme un pansement sur la pauvreté. L’ancien président de la Banque mondiale James Wolfensohn, alors qu’il louait les efforts de Bono envers le continent africain, a pinaillé sur les vrais résultats — en disant que l’Africain moyen aujourd’hui avait droit à quelques dollars de plus que celui avant les années 80.

Mais cela n’a pas pour autant détourné Bono de ses efforts. Dernièrement, dans les locaux de DATA, Bono rencontrait avec Drummond ; l’ancien congressiste républicain Jim Kolbe ; Lael Brainard de Brookings Institution ; Mort Halperin, directeur de l’U.S. advocacy de l’Open Society Institute ; et la directrice politique de DATA, Erin Thornton.

Au cours de cette session de brainstorming, Bono a demandé : "Pensez-vous que c’est le bon moment pour un poste au Cabinet pour le développement ?"

"Pour avoir fait une commission bipartisane de 18 qui en arrive à cette décision", déclarait Brainard : "je dirais que oui. Mais la vraie question est : voulez-vous que cela figure sur la liste de vos priorités ?"

"Je pense que DATA devrait rester en dehors de la bagarre", de déclarer Halperin. "C’est perdu d’avance, ça n’arrivera jamais."

Lorsqu’il lui a été suggéré que cette réforme structurelle était ennuyeuse et aurait besoin d’un nom pour la mettre en avant, Bono a demandé : "Pat Leahy pourrait-il faire cela ? ... C’est un orateur fantastique. Une personnalité gigantesque."

"Et il adore son boulot", de renchérir Halperin.

"Il possède également un cœur gigantesque", souligne Bono, comme s’il semblait vraiment croire qu’il pourrait inspirer le Président Bush non seulement à mettre en place un nouveau poste dans son cabinet mais également l’attribuer à Pat Leahy.

Et puis, le voilà parti pour attraper un jet privé qui l’emportera vers New York, où il accueillera les grands de cette métropole par leurs prénoms.

Il laisse derrière une ville recouverte de sa propre bile. Une fois de plus, il nous faut faire face à nos propres désaccords, vétos, neutralisations. Ce que nous faisons à présent c’est attendre... attendre le retour de Bono, la seule personne qui puisse nous unir.

© The Washington Post Company, 2007.

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