La vocation de Bono - U2 France

La vocation de Bono

dimanche 9 décembre 2007 / par Corine/Dead

Le rockeur irlandais a une mission : combattre la misère et enrôler ceux qui détiennent le pouvoir dans cette bataille

Par Sridhar Pappu

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Image d’archive montrant le chanteur Bono (à gauche) et le guitariste Edge lors du dernier festival du film de Cannes, le 60e, le 19 mai dernier. Photo : (Yves Herman/Reuters)

Bono se glisse dans les toilettes situées à l’extérieur de son bureau de lobbyiste, le centre de ses opérations lorsqu’il se rend à Washington assez souvent désormais pour tenter de sauver l’Afrique.

Il est habillé en jean noir, son mètre 72 boosté par une paire de "brothel creepers" — les chaussures rockabilly à la mode à l’époque où Elvis enregistrait "Blue Suede Shoes".

Soudain, il se met à chanter à tue tête l’ouverture de "I Want to Hold Your Hand".

"Oh ouais, je vais te dire ", chante-t-il avant de se diriger vers la vitrine au loin, "je pense que tu comprendras".

Quelques instants plus tard, le journaliste également aux toilettes hurle : "Qu’est-ce qu’il se passe avec les Beatles ?"

"Ce sont les Beatles", hurle Bono avant de se diriger vers le lavabo. "Il y a un très bon film à absolument voir. Ca s’appelle Across the Universe et il a été réalisé par Julie Taymor, un vrai génie. je joue brièvement dedans", dit-il de ce film musical qui repose sur les chansons des Beatles. "C’est fantastique et très émouvant."

Bono a parlé !

Il a distribué une forte recommandation au bord de la directive. Il y a un soupçon d’urgence. Nous voulons nous hâter de faire ce qu’il dit.

Peut-être que c’est comme cela qu’il pratique.

Peut-être que c’est ainsi qu’il coince les législateurs, les chefs d’Etat et les titans de l’industrie et parvient à leur faire offrir des milliards au profit de l’annulation de la dette afin d’aider l’Afrique à s’extraire de la misère.

Il les éblouit en leur disant que faire et ensuite ils le font.

"Nous vivons dans un environnement polarisé et très fractal aujourd’hui", de déclarer sombrement l’ancien leader de la majorité au sénat, Tom Daschle. "La personne qui nous a rassemblé est Bono."

Pour nombre de puissants et déprimés tel que Daschle, qui a rejoint la croisade du rockeur avocat, Bono est le dernier espoir pour forger une réconciliation bipartisane dans cette ville capitale divisée par l’amertume et la colère. Il ne se passe pas 5 minutes sans qu’il qualifie cela d’"assez sexy" ce qui est assez hors sujet.

"Je ne pense pas qu’il soit une célébrité", de souligner Jamie Drummond, vétéran des causes de développement du Tiers Monde. "Creusons-nous les méninges pour trouver un nouveau nom. Il est en train de briser le moule. Il s’étale dans différents univers. Il est un peu mercuriale parfois il possède également un fort pouvoir de concentration. C’est un acharné."

Pour preuve de son pouvoir à Washington, il suffit de regarder l’assistance que Bono, âgé de 47 ans, attire par une soirée d’automne au second étage du Sonoma, un restaurant de Capitol Hill. Entouré de bureaux administratifs et de membres du personnel de Hill — démocrates et républicains — et des musiciens du Mali, il se mêle aisément à ce genre de mecs... la plupart il les connaît et les salue par leur prénom. Daschle est présent, tout comme le sénateur John Sununu et Jendayi Frazer, le boss officiel du département d’Etat pour l’Afrique. Oui, ils sont unis pour l’Afrique. Mais en réalité, ils sont là pour lui.

"Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, je me suis dit : qu’est ce que cet homme a à voir avec les gens que je représente ?", note le républicain John R. Carter (R-Tex.), un congressiste à son troisième mandat représentant le district la base de Fort Hood Army mais également les banlieues qui éclosent dans le nord d’Austin (Texas). "Mais en prêtant bien attention à son discours, on se rend compte qu’il est franc et c’est quelque chose que nous aimons chez nous."

Ce personnage franc ("straight shooter" a très vite le contrôle de la salle. En observant l’assistance bipartisane, Bono parle des statistiques qui ont éclairé tout au long de la soirée sur les écrans plasma, celles représentant 20 millions d’Africains ayant accès à la scolarité grâce à l’annulation de la dette. Puis, tout comme il l’avait fait en acceptant sa Liberty Medal au National Constitution Center de Philadelphie, il évoque Thomas Jefferson et "quels textes il a écrit."

"C’est la conclusion qui m’a frappé en tant qu’étudiant et fan de l’Amérique" de déclarer notre Irlandais à propos de la déclaration de l’indépendance et de ses fondateurs, "qui est que nous ’prêtons allégeance à la vie de chacun d’entre nous, à notre fortune et à notre honneur sacré.’ En fait, ces personnes auraient pu le payer de leur vie. C’était un acte de trahison que de signer cette déclaration. Suis-je prêt, moi, un homme qui est descendu d’un jet privé il y a de cela deux jours à promettre ma fortune ? Ca n’y ressemble pas. Ma vie ? J’espère que non. Mais mon honneur sacré ? J’aime à penser que je le suis."

Comme on pouvait s’y attendre, s’ensuit un tonnerre d’applaudissements. Après tout, il est celui qui prêche auprès de ceux-là mêmes qu’il a converti. Ensuite, il bavarde brièvement avec ses dévoués qu’il a uni et soudain le voilà en bas des escaliers laissant ses dévoués à leur boissons gratuites et, plus important, à leur sens de l’inspiration renouvelée.

’Pourquoi les gens écoutent ?

Comment cela peut-il se produire ? Comment un homme qui a passé une tournée de concerts toute entière à passer des appels excentriques à la Maison Blanche a-t-il pu devenir un punk au pouvoir à Washington ? Bien, tout a commencé par la toute première rencontre. Ce qu’on entend des officiels élus à propos de leur première expérience de rencontre, le luxueux suit un chemin familier. Il existe un scepticisme à l’origine avant même que Bono ne lance son baratin qui vise la compassion séculaire d’une personne ou son sens du devoir religieux (ça dépend du législateur) et mêle le simple sens commun. L’annulation de la dette permettrait aux pays africains de dépenser leur argent ailleurs, de créer leurs propres programmes contre la misère. Pour couronner le tout, Bono met l’accent sur la remise de comptes — argumentant qu’il faudra aider les pays qui pratiqueront la transparence et une bonne gouvernance.

Il a mis en place une boutique de lobbysme avec 75 employés à temps plein ici même, accueillie par chaque coin du pouvoir à l’intérieur de Washington. Il a contribué à faire avancer les problèmes d’annulation de la dette et de développement économique sur ce continent et un effort ré-énergisé pour éliminer le sida et la séropositivité. A présent, il est déterminé à fourrer sa fiole dans le gras de la campagne présidentielle américaine, en rencontrant les candidats afin de les pousser à ajouter la réduction de la misère internationale à leur plateforme.

"Si voulez savoir, ce que je fais c’est donner vie aux statistiques", déclarait Bono dans une interview portant sur sa méthode de militant. "J’’essaie et je fais en sorte que ces personnes prennent vie et marchent dans la pièce pendant quelques instants — mères, enfants, familles. Car une fois qu’ils sont bien réels, il est fort difficile de les ignorer. Il y a une espèce de passion froide indispensable pour nous en termes de politique et de stratégie. Mais vient l’occasion où vous voulez sentir le sang chaud couler dans vos veines."

Ce qui arrive ensuite se déroule sur dans le temps. Il y a cet appel du mobile de Dick Durbin tandis que le sénateur conduit un bus sur Lake Shore Drive à Chicago. Il y a l’appel du sénateur du Vermont Patrick Leahy du fin fond de l’Afrique. ("Oh, salut. Chéri c’est Bono !")

"Le fait est que je le croyais sincère et qu’il avait de bons arguments", déclare John Kasich, ancien congressiste républicain d’Ohio, qui a écouté le baratin en question et mené la Maison Blanche à approprier 435 millions de dollars sur les 5 ou 6 milliards de dollars du programme d’annulation de prêts de 33 pays d’Afrique. "Je sais que c’est un homme de foi et il met l’accent sur notre responsabilité, et ça me parle.

"Et", ajoute Kasich : "Je l’aime bien car c’est un mec sympa."

Lui et d’autres décrivent quelque chose qui ressemble à de l’étourdissement pour avoir œuvré avec quelqu’un qui n’a rien d’une rock star, mais qui en est une en fait.

"Je pense que le fait de connaître les saintes écritures aide" dit Bono de ses conversations avec plus de législateurs conservatistes. Son père était un catholique de l’église romaine et c’est sa mère, une protestante qui l’emmenait régulièrement à l’église avant sa mort alors que Bono n’avait que 14 ans. "Je pense que je pouvais débattre avec eux. J’espère qu’ils ont apprécié et ils savaient que j’avais du respect pour leurs croyances. Même je n’ai pas été le meilleur exemple d’une vie à vivre, ils m’ont traité avec respect. Je suis nerveux pour ce qui est du fanatisme, bien qu’il me faille admettre que je suis un fanatique de tout ces problèmes qui touchent à la misère extrême."

Bono semble fournir à un grand nombre d’officiels à Washington une forme d’inspiration, touchant ces recoins de l’âme afin d’y trouver ce qu’il reste de ce sentiment d’optimisme et d’altruisme qui les a conduit à travailler pour le service public, à l’origine. Ce que demande Bono en retour ce sont les moyens pour sauver des millions de vies.

"Pourquoi les gens écoutent ?", s’interroge Bono. "Parce qu’en fait, je crois en l’Amérique et ils le savent et je ne suis pas sûr qu’eux le croient parfois. C’est un peu étrange et bizarre de voir une rock star irlandaise réciter la déclaration d’indépendance des Etats Unis comme s’il s’agissait d’un superbe poème. Et cette poésie est ce qui manque actuellement au dialogue politique. Et ce pays est cuit, cuit en raison de son manque de lyrisme politique, et je débarque et leur dit : ’Voici ce que vous êtes.’ "

(à suivre)

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Voir en ligne : Washington Post

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