Lanois revient sur le bébé de U2 - U2 France

Lanois revient sur le bébé de U2

lundi 7 novembre 2011 / par Corine/Dead / Tags:

par Darryl Sterdan

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Daniel Lanois à propos des sessions d’enregistrement de U2 pour "Achtung Baby" : "Une espèce de sentiment d’agression flottait dans l’air." (Photo : Reuters)

Selon l’adage : si l’on sait feindre la sincérité, l’on a tout bon !

A son crédit, le jeune U2 n’a jamais emprunté cette route. Ses émotions étaient authentiques et ses motifs, purs. Et dans les années 1980, ses hymnes sincères en ont fait le groupe le plus important et crédible du rock.

Mais arrivé en 1990, même U2 en avait ras-le-bol de U2. Les sinistres photos noir et blanc, les drapeaux blancs géants, la rhétorique ; il était à son zénith en 1987 grâce à son album récompensé aux Grammies, Joshua Tree. Après cela, il ne pouvait y avoir que la descente. Et c’est ce qui est arrivé pour avoir poussé et poursuivi ses assauts de mégalomanie avec son Rattle and Hum, véritable obsession envers l’Amérique, éreinté et incendié par la critique. Enfin, lors d’un concert à la veille du nouvel an à Dublin, Bono annonçait "la fin de quelque chose" pour U2, et qu’il lui fallait "complètement reconstruire son rêve".

Ce dont les membres de la formation rock irlandaise avaient rêvé, Achtung Baby, fête ce mois-ci ses 20 ans. C’est là son 7e opus. Certains affirment que c’est le meilleur. Il a certainement marqué un virage important dans la carrière de nos diables d’Irlandais. C’est à cette époque qu’il a réinventé son son son... son groupe. Et avec un peu d’aide de la part de The Fly et MacPhisto, a enfin compris comment feindre. Mais il n’a pas feint la sincérité, il a feint le contraire, le manque de sincérité. "J’apprends à mentir", de clamer un malicieux Bono dans un documentaire vintage figurant dans le nouveau coffret de ressortie d’Achtung Baby. Jamais paroles aussi vraies n’avaient été prononcées.

La renaissance de U2, aussi bien sonique que stylistique, débutait dans un décor inattendu : le Berlin est de l’après réunification. Le groupe se terrait à Hansa, lieu de naissance d’albums tels Heroes de Bowie et Lust for Life d’Iggy Pop. Il rassemble alors sa clique habituelle — les producteurs Brian Eno, Flood et Daniel Lanois d’Hamilton. Et commence allégrement à débiter en tronçons The Joshua Tree.

Et Lanois de se souvenir : "C’était très austère, il faisait froid, la bouffe était ’dégueu’. Il n’y avait pas de fenêtres dans le studio, c’était une chambre d’orchestre avec une salle de contrôle installée au bout du couloir. Nous communiquions par caméra interposée... Mais, ça c’est Bono tout craché, il met les gens dans des environnements très différents pour qu’ils ne reprennent pas leurs vieilles habitudes. Et je pense que son instinct était justifié."

A cause de tout cela — à l’exception de Lanois, qui se souvient de "beaucoup de câlins" — les premières sessions furent tendues et improductives, alors que le groupe bricolait avec ses synthés et autres boîtes à rythmes, explorant les grooves de la dance et du funk. Et Lanois de poursuivre : "Nous commencions à nous orienter vers des sons un peu plus industriels. Il y avait dans l’air une sorte de sensation d’agression."

La fracture est intervenue lorsque le guitariste The Edge a commencé à pincer les cordes, de manière hésitante, pour trouver les accords de One.

La majeure partie de cette chanson a été composée sur place. D’autres allaient bientôt suivre : Even Better Than the Real Thing, Until the End of the World, Mysterious Ways et plus encore. Côté texte, le ton était plus profond et sombre, plus personnel que politique. Musicalement selon Lanois, il s’équilibrait entre passé et futur, humanité et technologie.

"J’aime le fait que U2 ait réussi à mêler chair et machine. J’ai réécouté cet album du début à la fin, il y a deux mois de cela, et lorsque je l’entends aujourd’hui, la section rythmique est surtout rock ’n’ roll. Les sons de cette section ne sont pas futuristes. Les sons futuristes se trouvent dans les garnitures. Aussi, je dirais qu’il est très enraciné dans la tradition et lorgne vers le futur."

*****

Pour son innovation post moderne, Achtung Baby restait un album de U2 en de nombreuses façons : sincère, sérieux, spirituel. Mais U2 ne voulait pas se faire reprendre à être sérieux. Pour dérouter les fans, il lui fila un titre emprunté au film de Mel Brooks, The Producers. Pour peaufiner leur look, les membres du groupe troquèrent chapeaux et vestes de cowboys pour pantalons avec sequins et vestes en lamé. Pour donner vie à ce style et renouveau, ils prirent de fortes doses de mégalomaznie et s’enfuirent avec. Bono conçut des alter egos : The Fly (un rockeur vêtu de cuir noir portant les lunettes masque noir de Lou Reed), MacPhisto (un diable en lamé or) et Mirror Ball Man (un télé évangéliste). Une scène gigantesque sur plusieurs niveaux fut érigée avec des festons d’écrans vidéo, des Trabant allemandes suspendues aux rails des éclairages, une danseuse du ventre fut embauchée (NDLT : Morleigh Steinberg... anyone ?) et tout ce petit monde prit la route avec la tournée Zoo TV — chef d’œuvre de surcharge sensorielle de multi-media qui donnait à voir un Bono absolument déchainé zappant sur les chaînes de télévision, balançant des billets dans le public et appelant éhonteusement au téléphone la Maison blanche. Il n’y avait pas de drapeaux blancs géants.

*****

Deux décennies plus tard, Achtung Baby reste l’une des œuvres de U2 la plus réussie et reconnue. Elle s’est vendue à 18 millions d’exemplaires dans le monde et a été récompensée par un Grammy. Pas étonnant qu’elle reçoive le traitement de ressortie pour son 20e anniversaire. Les pistes originales ont été repolies par The Edge auxquelles s’ajoutent des faces B, des prises non retenues, des remixes et des démos. De vieux clips, des images de films et de documentaires ont été dépoussiérées et mises à jour au moyen d’un rockumentaire de 75 minutes, en partie filmé à Winnipeg, lors du passage de au Canada de la dernière tournée du groupe. Le testament est scellé, le flambeau renflammé.

Selon Lanois, le véritable génie d’Achtung Baby repose dans le risque considérable qu"’il représentait. "Le cœur bat à tout rompre dans cet album. Il est le son de personne à l’extrémité de leur expression. C’est le maximum de ce qu’elles pouvaient faire à l’époque. C’est un beau sentiment que l’on éprouve face à la prise de risque — il y a quelque chose de grisant en cela."

Et à présent que Bono lui-même commence à douter de la crédibilité de U2, peut-être qu’il est temps de retenir les leçons d’Achtung Baby et de se rêver à nouveau.

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