Love Rescue Me - U2 France

Love Rescue Me

lundi 26 décembre 2011 / par Corine/Dead / Tags:

par Joshua M. Brown

Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire étonnante. Une histoire d’art et de collaboration, une histoire de jeunesse et d’innocence, d’influence et d’hommage. Elle s’étend sur des décennies et se déroule dans le monde.

Mais, par dessus tout, c’est une histoire d’amour…

Nous sommes au milieu des années 1970 et nous observons une petite chambre au nord de Dublin, Irlande. L’adolescent qui l’occupe appelle cette chambre, “la boîte”. Le garçon qui vit dans cette chambre s’appelle Paul Hewson mais vous le connaîtrez plus tard en tant que Bono, chanteur leader de la formation rock irlandaise U2. Il est pris au piège dans “la boîte”, son corps seulement, parce que son esprit lui est libre lorsqu’il écoute la musique. Et de toute la musique qu’il écoute, rien ne possède autant cet effet libérateur, confiera-t-il plus tard en interviews, que les chansons et les textes de Bob Dylan. Il qualifie Dylan d’artiste qui peint cette sorte d’images “que l’on ne peut voir avec les yeux”.

L’influence de Dylan préparera Bono à toute sorte de music folk, qui le conduira finalement à John Lennon et à l’idée qu’en fait, le rock and roll peut changer le monde. La première chanson que Bono étudiera à la guitare acoustique est If I Had a Hammer (si j’avais un marteau), qui clairement pose les fondations du militantisme de cet artiste très tôt.

Paul est un mauvais élève et ne se concentre que sur la musique. Ecouter Bob Dylan, les Who, les Kinks et les Beatles est son unique billet pour échapper à la grisaille qui l’entoure.

***

Nous sommes en 1987 et le groupe U2 est passé de simple curiosité post-punk installée à Dublin au plus grand groupe de rock and roll au monde. Bono n’est plus ce gamin obsédé par la musique folk et rock des années 1960, il est à présent lui-même une rock star internationalement reconnue. Son groupe est sur la route pour promouvoir son album monstre The Joshua Tree et enregistre en même temps des titre pour son successeur.

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L’Amérique est amoureuse de U2 et vice-versa.

Bono et sa bande traînent dans le pays portant des chapeaux de cow-boy, en quête des racines de la musique de l’Amérique où qu’elle soit – ils recherchent le blues, le gospel. la country & western et la soul. Ils décrochent un morceau avec B.B. King aux Sun Studios de Memphis, le studio d’enregistrement de légende qui a donné naissance aux tous premiers travaux de Johnny Cash, Elvis et Roy Orbison. Ils se dirigent à Harlem pour faire une version gospel de I Still Haven’t Found What I’m Looking For avec le choeur New Voices of Freedom.

Cet automne-là, Bono séjourne dans la maison de The Edge à Los Angeles. Cette même maison où les frères Menendez assassineront leurs parents de Beverly Hills quelques années plus tard, coïncidemment, mais pour l’heure, c’est le camp où est basé le plus grand duo guitare/chant de l’histoire du rock. Bono se réveille un matin à la mi-novembre avec une mélodie et des paroles en tête – il est coincé par le titre d’une chanson : Prisoner of Love. il se trouve que ce même jour, il a rendez-vous pour déjeuner avec l’une de ses idoles et sa plus grande inspiration, Bob Dylan.

Il expose honteusement l’idée de sa chanson et les paroles qu’il a trouvées à Bob au cas où, peut-être ce serait déjà une chanson de Dylan que le subconscient de Bono aurait réécrit dans sa tête. Dylan lui dit que non, il ne s’agit pas de sa chanson, et il se met d’accord avec Bono pour l’écrire et même assurer une partie vocale. Dylan rejoint U2 de retour dans les Sun Studios de Memphis pour enregistrer cette chanson seulement, elle ne s’appelle plus Prisoner of Love, désormais, elle s’intitule Love Rescue Me. Une partie des paroles originales ne finiront pas sur la version finale cependant elles figurent dans les notes d’accompagnement sur la pochette intérieure de l’album.

“Cowboy” Jack Clements, l’ingénieur original qui a bossé avec Carl Perkins, Jerry Lee Lewis et Elvis Presley, intègre l’équipe pour bosser sur l’enregistrement, il ressort de vieux microphones et du matos de mixage qui n’avaient plus vu la lumière du jour depuis les années 1960. Le groupe n’en croit pas sa chance – il est en train d’enregistrer aux Sun Studios avec Bob Dylan, B.B. King et la légendaire section cuivre Memphis Horns en utilisant l’équipement original et les ingénieurs qui ont posé les fondations même du Rock and Roll.

D’une durée de six minutes, Love Rescue Me, devient le 11e titre de ce nouvel album, qui porte à présent le titre de Rattle and Hum et qui sortira en 1988. Sa sortie s’accompagne d’un long métrage qui suit le groupe au cours de sa tournée Joshua Tree et comprend des images sur scène, des temps morts lors de ses sessions de composition et d’enregistrement en Amérique. Rattle and Hum fait un carton auprès des fans, 14 millions d’exemplaires sont vendus et il est classé n°1 un peu partout dans le monde.

Mais les critiques le détestent. Le mélange de titres en live, de reprises de standards (tels All Along the Watch Tower (NDLT : de Bob Dylan) et Helter Skelter (NDLT : des Beatles) et de nouveaux morceaux tels Desire et Love Rescue Me est vu comme prétentieux, incertain et particulièrement pompeux. Cet opus souffre à la fois d’être le successeur du bien aimé Joshua Tree et d’être celui qui accompagne le film décevant, universellement descendu en flèche.

Il faudra attendre quelques années avant que la musique ne soit dissociée du film et commence à récolter ses lauriers.

***

Nous sommes le 13 juillet 1998 – dix ans après la sortie de Love Rescue Me qui figure sur le Rattle and Hum de U2.

Tout est calme dans la rue Lower Market dans la ville de l’Irlande du nord, Omagh. Une voiture volée marron, Vauxhall Cavalier, remonte la rue et se gare face à un magasin de vêtements. Deux hommes s’en extirpent et se fondent dans la foule. Le véhicule est bourré d’explosifs à base de fertilisants (250 kilos). Trois appels d’alerte à la bombe sont envoyés aux divers personnels des forces de l’ordre qui finissent par évacuer la zone face au Palais de justice d’Omagh plutôt que l’emplacement où est garée la voiture en question. A 15 h 10, dans l’après-midi, elle explose faisant aussitôt 21 morts et blessant plus de 220 personnes (huit d’entre elles succomberont à leurs blessures à l’hôpital).

C’est là le pire acte isolé de terrorisme dans l’histoire du conflit opposant les deux régions de l’Irlande. Protestants et catholiques sont tués dans l’explosion. Une femme enceinte de deux jumeaux décède, tout comme six enfants et deux touristes espagnols. Ce carnage est inexplicable. Sinn Fein et l’IRA eux-mêmes sont horrifiés, ils condamnent ce groupuscule – le RIRA – et de nombreuses personnes pensent que cette atrocité rapproche les deux camps du conflit d’un pacte de résolution pacifiste, exactement le contraire de ce qui était prévu par cette attaque.

Le monde est en état de choc et la ville d’Omagh ne sera plus jamais la même.

Mais de cette tragédie naîtra la vision d’un homme et l’idée de transformer cet horrible évènement pour en faire quelque chose au pouvoir de guérison et de rassemblement. En octobre 1998, deux mois après le bombardement, l’étudiant en musique Daryl Simpson forme l’Omagh Community Youth Choir. Il réunit pour cette chorale des enfants protestants et des catholiques, certains d’entre eux ont personnellement été affectés par l’explosion cet été-là. Ils deviennent la lumière de l’espoir et de l’unité et le symbole d’un pays déchiré par la guerre où la coopération est possible entre les deux camps.

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Nous sommes dix ans après la formation de l’Omagh Community Youth Choir et vingt ans près la sortie par U2 de Love Rescue Me.

Le producteur de musique Mark Johnson travaille sur un incroyable projet baptisé Playing For Change qui aboutira à la fois à un documentaire et à un album. Johnson s’inspire des musiciens de rues aux Etats-Unis et des musiciens du monde, chacun tellement authentique et unique dans sa manière d’interpréter son amour de la musique. Son idée est de parcourir le monde, de sampler leur jeu et chant afin de les incorporer tous ensemble à un plus grand dessein.

pour ce faire, il enregistrera des chanteurs et des guitaristes dans les rues de la Nouvelle Orléans et de Santa Monica. Il enregistrera les Twin Eagles Drum Group, un Zuni, une association de natifs américains basée au Nouveau Mexique aux racines ancrées 60 000 ans plus tôt. Il enregistrera les instruments à corde de Russie, des chanteurs en Afrique et aux Pays-Bas. Des chanteurs et interprètes de tous les pays du monde et enregistrés uniquement dans leur environnement local mais rassemblés au travers du génie de Mark Johnson et de son projet.

L’album qui en résultera, Playing For Change, est un chef d’oeuvre de collaboration. Le morceau d’ouverture, une interprétation de world du Stand By Me de Ben E. King, intègre 35 musiciens différents, dont aucun ne s’est jamais rencontré, jouant en parfaite harmonie et syncope. Sur cet opus figure une reprise de l’hymne de protestation Biko, également une reprise de War/No More Trouble de Bob Marley interprététe par des musiciens du monde entier et le chant par Bono soi-même.






Mais le plus beau titre de l’album Playing For Change reste la reprise par l’Omagh Community Youth Choir de Love Rescue Me de U2. Elle passe des racines dylanesques du rock à l’hymne angélique des voix des gosses d’Omagh. Daryl Simpson accompagne son choeur au piano alors qu’il élève le Love Rescue Me de Bono et Bob Dylan vers quelque chose de plus grand, plus beau – que ce que les rockeurs avaient originellement produit deux décennies plus tôt. Je ne sais pas comment Mark Johnson a eu l’idée pour Playing For Change de ce choeur ou retenu sa version pour l’intégrer, mais c’est celle qui sort immédiatement du lot dès la première écoute.

Et c’est ainsi qu’une chanson inspirée par un Bonoadolescent écoutant Bob Dylan dans sa chambre dans le nord de Dublin est devenue un enregistrement entre des hommes aux légendaires Sun Studios au coeur du pays du rock and roll américain. Et cette même chanson, en retour, a fait partie du processus de guérison d’une communauté qui a appris à continuer de vivre après avoir traversé ensemble un traumatisme inimaginable.

Et à présent, j’aimerais partager avec vous l’itération éthérée de l’Omagh Community Youth Choir qui finira par figurer sur Playing For Change.



Joyeux Noël, bonnes fêtes de fin d’année et que l’amour vous sauve en cette nouvelle année.

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