Running to Stand Still (courir pour rester immobile) ? - U2 France
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Running to Stand Still (courir pour rester immobile) ?

mercredi 21 mars 2007 / par Corine/Dead

Critique par John Waters de U2 by U2, dans le numéro automne/hiver 2006 de The Irish Book Review

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Il est difficile d’arguer de cet ouvrage. Il s’agit d’un large et lourd volume (près de 5 livres) destiné à une table. Il comprend 350 pages de textes et de photos. Plus d’un demi million d’exemplaires en ont été imprimés dans dix langues différentes. Certainement qu’il fera l’objet d’une réédition de probablement d’autres encore. Pour ce qui est de l’ouvrage en lui-même, il n’y a pas grand chose à critiquer. le format est direct : un voyage chronologique au travers de la carrière de U2 au moyen d’interviews des quatre membres et de leur manager. Ces entretiens ont été menés par Neil McCormick, ancien journaliste rédacteur d’Hot Press et ami d’école du groupe, aujourd’hui critique rock pour le Daily Telegraph.

La tentation pour le critique est d’utiliser cet ouvrage comme moyen pour critiquer le groupe, sa carrière, ou bien encore sa signification dans la société, mais c’est là une grande ambition pour une brève critique. Il y a bien plus intéressant, défiant, émouvant et important dans cet ouvrage, mais, lorsque vous aurez fini de le feuilleter, de parcourir ses photos et de lire les citations ici et là, vous sentirez qu’il représente simplement la recherche brute d’une estimation et une analyse plus fouillée.

Il n’est rien dans le texte ni les photos que nous ne sachions déjà. Je ne veux pas dire qu’il n’y a ni sensationnel ni révélations titillantes (je ne pense pas qu’il y en ait, mais une fois de plus, je ne m’intéresse pas tellement aux aspects sensationnels de l’histoire du groupe), mais que rien dans cet ouvrage ne va au-delà de ce que les membres de U2 ont dit d’eux-mêmes au cours de ces 25 dernières années. peut-être que le problème ne vient pas du fait que cette histoire a déjà été racontée un nombre incalculable de fois, mais que, d’une certaine façon, elle s’est achevée il y a pas mal de temps. U2 a toujours le sentiment d’aller quelque part, et le monde, ou certaines parties de celui-ci, en a également le sentiment. Mais chacun des deux, U2 et le monde, parle d’une réalité différente. U2 se sent toujours engagé dans un voyage d’auto-découverte, alors que le monde lui les voit comme un groupe de rock à succès qui réussit à rester au sommet. Ceci le monde le trouve admirable en soi et il en découle l’achat des disques de U2 par des personnes sans créer un impératif pour quelque forme de connexion ou de compréhension.

L’un des problèmes non connu des groupes de rock à la longue vie est qu’ils traversent une succession de publics qui les huent, les convertissent, inspirent et puis les perdent pour lz plupart. Le public avance, oublie, tandis que le groupe redevient vivant à l’arrivée d’un nouveau public tous les deux ans. Pour être juste, il n’existe pas un grand nombre de groupes de rock à la longue vie dans la même catégorie que celle de U2, mais ce serait encore intéressant de compiler un recueil des réactions des fans de ce groupe depuis la majeure partie ou de ses 30 ans d’existence. Combien sont encore persuadés d’une courbe d’apprentissage dans la musique que U2 produit ? Combien de ceux qui sont restés fidèles au groupe le sont restés par nostalgie et combien se nourrissent encore de leur dernière musique ?

Lorsque des artistes trouvent constamment de nouveaux publics et par conséquent, à un certain degré, en perdent d’anciennes, ils peuvent ressembler à ces professeurs lisant le même livre tous les ans. Ils introduisent des variations pour soulager la monotonie et transportent le sens du développement sur la place du marché mais ils ne prennent vraiment pas le genre de risques qui peut les faire soit s’envoler ou perdre leurs repères. Seul Dylan a su contrecarrer avec succès ce syndrome ; U2, pour toutes les protestations de sa loyale base de fans, ne l’a plus que certainement pas fait. la musique qu’ils produisent semble à l’intérieur du collectif ressembler à) une avancée, une série de nouvelles frontières à l’intérieur à la fois de leur média et de leur conscience de soi, mais pour le monde cela semble bon pour un groupe qui est dans la place depuis 30 ans. Ce que U2 n’a jamais vraiment saisi c’est que le monde attend bien plus d’eux qu’ils n’attendent d’eux-mêmes. Mettons cette problématique dans un contexte totalement différent : est-ce que l’un des deux derniers albums de U2 aurait attiré l’attention du monde entier s’il n’y avait pas eu le travail du groupe qui a gagné un public international sur le dos de The Joshua Tree et d’Achtung Baby ? Certainement pas.

le refrain constant de ces interviews et de l’histoire de U2 est que l’ensemble est bien plus génial que ses parties, mais ceci est grandement questionnable pour quiconque a voulu que U2 fasse ses preuves dès le début. Il n’y a pas d’erreur possible, les deux derniers albums du groupe ont communiqué, une atomisation croissante du groupe, une régression à l’état qui a précédé la célèbre annonce punaisée sur le tableau de Mount Temple, dans le sens que ce que Bono, Edge, Adam et Larry apportent désormais à ce projet n’est plus la passion née de l’amitié et de l’ambition, mais pour quatre formes individuelles de facture acquise ensemble mais rapidement divergente. On a l’impression dans la majeure partie des dernières chansons des musiciens de U2, qui, bien qu’ils soient bien plus accomplis que ces néophytes qui ont forgé ces hymnes de leurs débuts issus de leurs rêves affamés, qu’ils sont aujourd’hui en partie impliqués dans ce collectif qu’est U2. Ce qui manque, je ne le pense pas, ce n’est pas l’amitié ni même l’empathie, reste encore moins d’engagement émotionnel, mais la conscience commune qui fait du rock, nécessairement une équipe de médias.

Une autre façon de le dire serait de dire que les chansons sonnent aujourd’hui comme le plus petit dénominateur commun d’une unité infiniment plus brillante, alors qu’il y a 12 ou 17 ans, leur musique était le plus grand facteur commun d’une base de quatre d’intensité qui semblait défier la gravité. Ils savent mieux ce qu’ils font aujourd’hui. Ils connaissent la pop et son histoire. Ils savent qui ils doivent battre pour rester à la tête de la course. mais ils ne possèdent plus ce sens commun de la témérité qui les a rendue si grands. Le voyage, par conséquent, que décrit cet ouvrage est nécessairement un voyage loin de son propre dénouement, qui arrive ou se clôt au début. La magie était là pour commencer mais se dissout de manière imperceptible au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire. Et le véritable problème de fond est que personne ne semble le remarquer.

Le problème pour être juste et précis, a moins à voir avec l’échec de U2 qu’avec les limites intrinsèques du médium dans lequel ils sont impliqués. Le problème, pour ce qui est de U2 est que ce groupe continue de parler de lui-même comme si ces limites n’étaient plus visibles, comme s’ils étaient toujours au début plutôt qu’à la fin de leur voyage - et ce n’est pas ce qu’ils avaient promis. En résumé, venant d’un groupe au sens éthique que U2 a eu depuis le début, nous avons le droit d’entendre qu’ils ont échoué. Le marché les autorise à le cacher. Chaque année, chaque disque, un nouveau public les découvre, et est trompé par la merveille de ce qu’ils ont représenté. mais pour ceux qui sont là depuis un bout de temps, peu importe que ce soit depuis le début, il reste peu en dehors de la merveille de leur survie et du phénomène qu’ils représentent.

Cet ouvrage, de fait, vous fait vous interroger au final de la capacité même de U2 à comprendre ce qui lui arrive. ce qu’il en ressort le plus fortement c’est une auto-obsession qui devient fastidieuse et consternante en l’absence de direction ou de découverte au-delà de ce qui est évident depuis longtemps. U2 a, d’une certaine façon, enduré tout ce que chaque être humain endure : il s’est endurci dans l’habitude, une dépendance mutuelle du groupe et de son public, mais également une sorte d’idéologie et un culte de la personnalité qui obscurcit, en vertu de la fascination sans borne du groupe pour sa propre histoire et son propre bien, le manque de progrès et de signification qui accompagnent fréquemment la simple popularité et la réussite.

(c) The Irish Book Review, 2006.

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Voir en ligne : The Irish Book Review

JOHN WATERS est chroniqueur pour l’IRISH TIMES et l’auteur de RACE OF ANGELS : IRELAND AND THE GENESIS OF U2 (la course des anges : l’Irlande et la génése de U2).

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