U2 marche sur les eaux (suite) - U2 France

U2 marche sur les eaux (suite)

vendredi 12 janvier 2007 / par Corine/Dead

Source : Blender

Il existe une joie certaine à regarder U2 se réunifier. Même s’ils se sont vus la veille, ils s’accueillent tels de vieux amis après une longue guerre. Ils ne s’étreignent pas ni ne se jettent dans les bras les uns des autres, mais il y a cette chaleur émouvante que l’on sent lorsqu’ils saluent les autres membres du groupe. Un groupe, ne l’oublions pas, dont la carrière à désormais dépassé même celle d’Elvis Presley.

"Quoi ?" dit Bono, toujours à l’affût d’une vérité mordante. "U2 est ensemble depuis bien plus longtemps qu’Elvis ? C’est génial ! Puis-je l’utiliser ?"

Vas y, c’est dans Blender.

"Ai-je mentionné", improvise Bono, "que nous sommes ensemble depuis bien plus longtemps qu’Elvis ?"

En fait U2 célèbre cette année ses 25 ans d’existence : ce qui représente un quart de siècle de leur rock sacré. Puisqu’on parle de fêter ça, Edge (né David Evans) commande une bière bien fraîche. Clayton — qui ne touche plus à l’alcool désormais depuis la majeure partie de la dernière décennie — opte dans un français médiocre pour un café délicat et un verre d’eau. Mullen se contente de quelques trucs à grignoter tandis que Bono (Paul Hewson dans une vie antérieure) se sert dans la boisson de Blender, aveugle au concept dérisoire de celui à qui appartient la boisson en question.

Nous sommes convenus aujourd’hui d’aborder l’état de la nation U2, de leur intrigante possession du monde, et de leur onzième album en studio, How to Dismantle an Atomic Bomb. Mais avant nous pouvons contempler ce dernier et son titre déroutant, U2 a à faire et invite poliment Blender à s’asseoir pour une réunion impromptue du groupe.

"Nous ne sommes pas entièrement d’accord sur ce que nous devons faire ici", d’expliquer Bono, "alors, peut-être que vous devriez également voter."

Le problème, si l’on peut l’appeler ainsi, porte sur l’ordre des chansons. Après de nombreuses tentatives, U2 n’a toujours pas trouvé le flux satisfaisant, ce qui les conduit à penser qu’il pourrait y avoir trop de morceaux. Aussi, tout de suite, ils doivent décider quels airs sacrifier.

En l’état, il manque à l’album trois seconde d’une heure, et comme le dit Bono, "trop d’une bonne chose est une mauvaise chose", aussi faut-il prendre des mesures drastiques.

"J’ai une théorie", commence Mullen, et un silence révérencieux tombe alors que le batteur — traditionnellement le premier membre du groupe à être descendu dans de pareilles occasions — explique son cas. Après seulement cinq minutes, il est décidé à l’unanimité que le titre "Mercy", d’une durée de six minutes et demi épanchement de U2 le moins inhibé du style U2, doit dégager.

D’où une chanson que n’importe quel groupe se respectant serait fier d’en faire un single devient immédiatement ce que Bono oint (baptise) "la meilleure face B que vous ayez jamais entendue."

Plus tard, un autre candidat plus expérimental intitulé "Fast Cars" ("une vibration irlando-mexicaine") est expulsé et l’album devient un pauvre et mince onze titres.

"Sans vouloir avoir l’air d’être complètement bidon", déclare Bono, "Je pense que ça pourrait être notre meilleur second — si ce n’est le meilleur — album. Il figure tout en haut avec Achtung [Baby]. Il le fallait. On ne peut mener une telle vie et sortir un album de merde sinon les gens vont vouloir te dégommer."

On rembobine avant cette réunion, Bono sent qu’il est de son devoir d’expliquer le titre de l’album "un peu sinistre et années 60".

"Nous avons toujours trouvé qu’il convenait parfaitement à tout ce que traite l’album", poursuit-il. "Je disais à mon pote Gavin Friday que j’avais le sentiment que c’était un titre génial pour un album. Et Gavin m’a dit : ’Ben, tu sais ce dont il s’agit ?’ et moi : ’Quoi ?’ Et Gavin avait tout de suite mis le doigt dessus. Il a répondu : , ’Il est uniquement question de ton père.’"

Bob Hewson est décédé — il a succombé à un cancer en août 2001 à l’âge de 75 ans — et les effets de cette disparition sur son fils traversent cet album tel un fleuve.

Blender rappelle à Bono ce qu’il avait dit dans une conversation privée à l’époque de la mort de son père, sur la tournée Elevation. "Désormais, je suis un orphelin", avait dit Bono. (Il a perdu sa mère Iris, alors qu’il avait 14 ans.)

"Je me souviens de cette conversation", de poursuivre Bono dans un soupir, ses pales yeux bleus clignant derrière les verres jaunes de ses lunettes. "Tout ce temps, durant le concert, à voler chaque soir pour rentrer au pays et assis à son chevet, voir mon père continuer à se battre..."

La relation de Bono avec son père est tendrement évoquée sur How to Dismantle an Atomic Bomb, et directement sur "Sometimes You Can’t Make It On Your Own" (que U2 a joué lors des funérailles de M. Hewson) ainsi que sur "One Step Closer to Knowing" et indirectement sur "All Because of You" et "Crumbs From Your Table".

"Ce sont là les paroles les plus concises et directes que nous ayons faites", de souligner pensivement Edge. "Elles ne recèlent aucune mystérieuses métaphores."

Pourtant, comme c’est souvent le cas avec l’écriture de Bono, le personnel devient universel et l’universel, personnel. des chansons s’adressant directement à son "papa" pourrait tout aussi facilement s’adresser à un amour, à un pays ou à la race humaine toute entière.

"Ca n’a pas arrêté de me frapper lorsque nous faisions ce disque", de s’émerveiller Bono. "Une chanson qui parle d’une période bien spécifique, d’une personne en particulier ou d’un événement semble tout à coup avoir été écrite pour l’Afrique ou quelque grand thème mondial, ce qui, bien entendu, en tant qu’auteur, vous ne devez jamais essayer de faire ou bien vous exploserez au travers de pure prétention. Ce qui peut provoquer une terrible pagaille."

Il se marre, mais en dépit de ses hauts esprits aujourd’hui (lorsqu’on lui demande à quoi il a la tête, il réplique promptement : "Prête d’être coincée dans le c.. de Blender !") il est en Bono une tristesse que l’on ne peut palper. "C’est drôle pas vrai ?" expire-t-il, ayant anticipé la tournure de la conversation. "Ce truc de l’homme, qui grandit." Il s’interrompt pour citer une nouvelle parole. "Hey, Edge !", hurle Bono. "Je renais encore, et encore et encore."

* * * * *

Il règne une forte sensation dans le camp de U2 qui est que c’est une bonne chose d’avoir Bono de retour. Tout au long du processus de créatif de All That You Can’t Leave Behind, en 2000, le chanteur leader du groupe était tellement immergé dans la campagne louable mais qui le consumait Jubilee 2000 — une initiative politique et économique visant à effacer la dette des pays du Tiers Monde — qu’on avait l’impression qu’il en avait oublié son boulot au quotidien.

Tandis que les 3/4 de U2 suaient sang et eau, privés de chanteur, en studio, Bono consacrait son temps au Capitol Hill persuadant les sénateurs et autres capitaines d’industrie d’oublier des millions de dollars valant profit.

"Nous étions inquiets de savoir jusqu’où Bono irait pour cette cause", admet Edge. "Ne serait-ce que pour lui-même. Au bout du compte, ça a bien marché, mais il y avait des moments où nous avions besoin de lui et il n’était pas dans les parages. Nous avons eu quelques moments tendus, vraiment."

Mais cette fois, Bono est présent à 100 %. Bien qu’il ait décidé de soutenir cœur et âme cette cause qui consiste à apporter aux médias du monde entier toute l’horreur su sida en Afrique, il n’a pas failli à son devoir envers U2.

Ceci étant dit, les auditeurs qui l’écouteraient pour la première fois pourraient à arriver à la conclusion qu’il s’agit "d’un album d’Edge". Les guitares — géniales, les armées de carillonnement qu’elles produisent — vous assaillent de tout côté. Il a même dépoussiéré son cliquetis ascendant en écho qui, une fois, souffla à Bob Dylan cette remarque adressée à Bono : "Chacun se souviendra de vos chansons, simplement personne ne sera en mesure de les jouer."

Edge glousse. "Vous en arrivez au point où vous vous inquiétez de sonner trop comme vous-même. Mais c’est ainsi qu’est mon son. Je ne peux m’en empêcher, c’est ainsi que je joue de la guitare. Je pense que j’ai simplement fini par arrêter de me tracasser avec ça."

"Il y a même une allusion à Boy", de frimer Bono en imitant les harmonies des guitares qui laissaient perplexes les musiciens à l’esprit plus conventionnel dans les années ’80.

"Drang, dur-ang !" (accords de guitare)

* * * * *

Le lendemain matin, lorsque Bono appelle, BLENDER est sous la douche. Mais comme n’importe quel ami du Sonic Leprechaun vous le confirmera, ce n’est pas un homme qui s’en laisse facilement conter par messagerie vocale. Il bavarde en toute liberté, et vous donne même des rapports météo réguliers.

Bono est debout depuis des heures, il boxe — il se met en forme pour la tournée mondiale à venir — il écoute de la musique, traîne sur la plage et griffonne des idées.

"J’ai essayé de trouver ma muse sur le chemin du retour plutôt que de la raccompagner", plaisante-t-il, mais, s’agissant de Bono, il avait également quelques autres pensées plus sérieuses.

"Je ne sais pas s’il est bon que nous abordions le thème des élections présidentielles", dit-il. "Voyez-vous, je ne vais pas descendre l’un ou l’autre parti. Je suis bipartisan. Voilà, c’est dit. Aussi, ça serait bien si on pouvait en rester là. Je ne sais pas."

Un mois plus tard, Bono et son épouse Ali sont dans une attente courageuse alors que John Kerry fait son discours d’intronisation à la convention du parti démocrate. Ce discours colle parfaitement avec "Beautiful Day" de U2.

(à suivre)

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