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Annuler les concerts de Paris après les attentats a été la plus grosse erreur de la carrière de U2

vendredi 20 novembre 2015 / par Corine/Dead / Tags:

par Tim Sommer

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Encore un geste désintéressé. (Photo : Google Commons)

À Paris, en ce soir de mardi 18 novembre, un légendaire groupe de l’île émeraude se tenait sur scène dans un club rock. Face à la peur, face à la terreur, dans une ville qui est l’épicentre de l’anxiété du monde et du mot beauté, ce groupe a chanté des hymnes passionnés de guerre et paix, relayant de vieilles hostilités dues à l’ignorance, de l’amour de son prochain même lorsque l’on a été élevé pour le détester. Ce groupe de quatre personnes a utilisé le simple pouvoir des rythmes et des chants qui montent pour courageusement brandir l’étendard de l’espoir et de la fraternité.

Ce groupe, bien sûr, était Stiff Little Fingers de Belfast, en Irlande du nord, qui a joué comme prévu à Paris ce 18 novembre. U2, d’un autre côté, a annulé les concerts de Paris le week-end dernier en raison des attentats terroristes du vendredi.

Le rock and roll est plein de gestes désintéressés, dont un grand nombre sont beaux, certains sont vibrants, très peu sont même nécessaires. Après tout, au nombre de nos grands icones figure un multimillionaire, l’un des musiciens les plus riches de son époque, qui chantait, “Imagine no possessions.” Le rock and roll nous donne des frissons dans le dos, inspire nos vies et nous laisse bouche bée. Mais il se définit également par le poing levé que l’on brandit sans frapper.

Lorsque Jim Morrison geignait “There’s a killer on the road/His brain is squirmin’ like a toad,” les Vietcong n’ont pas vraiment déposé les armes, ne sont pas sortis de leurs trous et chanté “Kumbaya.” Et tout ce braillement au sujet de “White Riot” n’a pas empêché Thatcher d’accéder au pouvoir, pas vrai ? Mais c’était une ’tain de mise en scène théâtrale.

Le week-end dernier, U2 s’est trouvé à l’endroit parfait pour faire quelque chose d’excessivement rare : il avait l’occasion de vraiment faire un geste éloquent (ces deux mots accolés constituent généralement un oxymore).

Je comprends vraiment pourquoi U2 n’a pas pu donner son concert à l’EnormoDome qu’il avait programmé à Paris, et qui s’accompagnait d’une diffusion simultanée par HBO ; Je comprends la responsabilité qu’il avait envers de centaines d’employés, dans son équipe et dans celle de HBO, sans omettre les fans qui pouvaient s’avérer des cibles potentielles. Mais, êtes-vous en train de me dire qu’il n’aurait pas pu jouer dans la rue ou se pointer dans un club ? Peut-être même qu’il aurait pu assurer la première partie de Stiff Little Fingers, le groupe qui a inspiré une part importante de l’imagerie lyrique stridente de U2 et sa force émotionnelle.

Quelques paragraphes plus haut, j’ai parlé de la catégorie très exclusive des gestes "nécessaires". Au cours de ces derniers jours (NDLT : le papier est daté du 18 novembre 2015), U2 a raté l’occasion d’en faire un ; il a raté l’occasion d’appeler de toute urgence à la tolérance lorsque l’intolérance est effrénée ; il a raté l’occasion d’informer dans l’indifférence générale une ignorance épidémique ; il a raté l’occasion de dire que la foi des oppresseurs est également celle des oppressés.

(Ohhhh mais il a eu droit à sa photo prise au mémorial.)

Dans une carrière bourrée de gestes, U2 avait là l’occasion de faire ce qui aurait été le plus beau et significatif des gestes de sa carrière. Jamais au grand jamais, le message de U2 sur la Coexistence aurait eu plus de sens ; Bono, the Edge, Clayton et Mullen auraient pu supplier pour la compassion, partager les larmes du deuil, déchirer des accords de colère. Il aurait pu suivre le chemin ensanglanté de l’atrocité et ouvrir ses bras aux anges de la paix. En d’autres termes, il aurait pu faire tout ce que U2 a toujours fait à chacun de ses concerts ; seulement il aurait pu le faire dans un décor qui se serait vraiment signifié quelque chose.

Mais il ne l’a pas fait.

Qu’il aille se faire foutre à jamais.

Qu’il aille se faire voir pour souligner qu’il y a une précieuse set pleine de pâte dans la bague en papier mâché de notre rêve de rock and roll. Qu’il aille se faire voir pour nous rappeler que tous ces slogans ne signifient, virtuellement, absolument rien. Qu’il aille se faire voir pour ne pas répéter tout le temps l’une de ses somptueuses accroches insignifiantes —un truc comme “In The Name of Love” — et pour avoir placé ce zircon de chewing gum bon marché dans un décor où cela aurait eu un sens, où il aurait scintillé tel un diamant.

Je n’ai, littéralement, pas la moindre idée de la raison pour laquelle U2 a laissé passer cette occasion. Peut-être que pour lui donner le bénéfice du doute, il a craint d’être étiqueté opportuniste ; et bien, mon pote, délecte-toi de cela, souligne ces accusations et place-les dans un nouveau contexte, assure-toi que le monde observe de manière à pouvoir dire : “Cette atrocité est arrivée ici, ces obscénités d’intolérance et de violence peuvent nous unir et non pas nous diviser.”

En 1968, les MC5 et Phil Ochs ont chanté alors que les matraques de la Goon Squad du maire de Chicago Dailey fracassaient leur crâne, parce qu’un geste était important et que le monde regardait ; en 1973, Victor Jara a chanté dans un stade au Chili, les mains brisées, les doigts explosés et sa mort imminente parce qu’il était important de faire un geste alors que le monde regardait ; à la mi-novembre 2015, U2 aurait dû accorder quelques foutues guitares acoustiques et chanter “Sunday Bloody Sunday” et prêcher la coexistence, parce que le monde regardait.

N’importe quel musicien de n’importe quelle foutue importance et de prétention social et politique — Dave Grohl, Billy Joe Armstrong, le détestable Sting — devrait être à Paris ce soir pour chanter ses chansons. Je veux dire, il n’y a pas besoin d’être un ’tain de génie pour le savoir. N’attendez pas après un concert organisé. Allez-y, tenez les mains de ceux qui ont peur et de ceux qui sont en deuil ; attirez l’attention de l’ignorant avec des mots, de la musique et ce stupide bizarre miroitement doré de la célébrité ; et filez une tribune au tolérant, sage et compatissant.

U2 avait l’occasion parfaite pour le faire. Pour une raison qui m’échappe, il ne l’a pas fait. Bien entendu, ça n’aurait été qu’un geste. Mais maintenant, c’est le moment idéal pour ce geste.

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