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’Les deux côtés du chanteur et de la chanson...’

dimanche 11 janvier 2009, par Corinne/Dead

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’Habiter totalement ce instant au cours de ce minuscule point du temps après avoir pressé le bouton “enregistrer” est ce qui le rend éternel.’ C’est ce qu’a appris Frank Sinatra à Bono. Téléchargez le podcast de la première chronique de Bono pour le New York Times et lisez-la dans son intégralité ci-dessous.

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Cette première (chronique) fait partie d’une série de contributions occasionnelles pour le New York Times, Andrew Rosenthal, responsable éditorial de ce quotidien, décrit son nouvel auteur comme “un homme extraordinaire qui réfléchit intensément à son art et aux problèmes majeurs auxquels le monde est confronté. Ses écrits sont le reflet de ce fait.”

“Je n’ai jamais été très fort pour ce qui est de la ponctuation", a rétorqué Bono. "Voyons jusqu’où cela nous mènera.”


(Photo : Deirdre O’Callaghan)

Par Bono

Dublin, le 11 janvier 2009.

Il était une fois il y a deux semaines. Je suis dans une bousculade dans un pub de Dublin aux environs du jour de l’an. Les verres s’entrechoquent, cliquent, tintent et se brisent pour des réjouissances gaéliques : des portes qui s’ouvrent à toute volée, des coeurs tendres (chéris) reçoivent et distribuent des voeux, les querelles familiales sont en suspens ou oubliées. La joie du malte et le désespoir du gingembre font tous la queue pour être servis, la marque d’un quart de millénium depuis qu’Arthur Guinness a versé pour la première fois une noirceur veloutée dans une pinte en verre.

Atmosphère intéressante. Le nouvel argent irlandais a été parié et perdu ; le tigre celte a la queue entre les jambes alors que les constructeurs et les banquiers rient mal à l’aise et fort de l’an passé et avalent mal à l’aise et durement le nouveau.

une fois se fait entendre dans les haut parleurs et sort tout le monde de cet instant : il s’agit de Frank Sinatra qui chante “My Way”. Son ode à la défiance est vieille de quatre décennies cette année et tout le monde l’accompagne en chantant pour les raisons de toute une vie. je suis frappé par cet élément qui manque à sa voix : le sentimentalisme.

Est-ce le poing serré d’une voix, un indice pour l’an prochain ? Dans la brume de l’incertitude de notre vie au travail, de notre vie amoureuse et de notre vie vie, pourquoi la voix de Sinatra est une telle corne de brume - une telle confiance en des temps si angoissés nous autorisant à la romance mais vous faisant tomber vos lunettes aux verres teintés ros du nez si vous vous emballez ?

Un appel à la crédibilité.

Une voix qui dit : “Ne me mens pas maintenant.” Qui dit :“Chéri, s’il y a quelqu’un d’autre, dis-le moi maintenant.” Fabuleux, pas fabulateur. L’honnêteté à laquelle accrocher votre chapeau.

Alors que l’année s’en retourne (et avec elle de nombreuses personnes ivres de liqueurs), l’émotion dans la pièce oscille entre espoir et crainte, attente et trépignement. Où que vous soyez, sa voix vous prend par la main.

Je suis maintenant chez moi à Dublin, débouchant une bouteille de vin, prêt à tourner au vinaigre lorsque la famille ou les amis font des excès, comme je m’apprête à la faire. Directement par le trou dans le mur du cellier, je lève les yeux pour voir une vision en jaune : un tableau que Frank m’a envoyé après que j’ai chanté “I’ve Got You Under My Skin” avec lui sur son album sorti en 1993 “Duets”. Une de sa propre main. Une toile folle jaune de cercles concentriques violents tournant autour d’un désert. Francis Albert Sinatra, peintre, moderniste.

Nous avons passé du temps ensemble dans sa résidence de Palm Springs, qui avait une vue incroyable donnant sur le désert et les collines, pas un "gingham" à des kilomètres à la ronde. Plein de miles, pourtant, Miles Davis. Et plein de discussions sur le jazz. C’est là qu’il m’a montré son tableau. Je pensais que ces cercles étaient comme le diamètre d’une corne, la cloche d’une trompette, aussi lui ai-je dit. “Ce tableau s’appelle ‘Jazz’ et il est à vous.” Je lui ai dit que j’avais entendu dire qu’il était l’une des importantes influences de Miles Davis. Le petit concis répond : “D’ordinaire, je ne traîne pas avec des hommes qui portent des boucles d’oreille. Miles Davis n’a jamais gâché une note, gamin — ou un mot pour un imbécile. Le jazz traite de l’instant où l’on se trouve. Être moderne ne signifie pas le futur, cela signifie le présent.”

J’y pense maintenant, en ce nouvel an. Le Big Bang de la musique pop me dit que tout est question d’instant, une nouvelle toile et ne jamais surtravailler la peinture. Je me demande ce qu’il aurait pensé du temps que cela nous a pris à mes potes du groupe et à moi-même pour finir des albums, lui et sa célèbre impatience avec les réalisateurs, les producteurs — tous, vraiment — faisant des histoires. Je suis sûr qu’il avait raison.

’Habiter totalement ce instant au cours de ce minuscule point du temps après avoir pressé le bouton “enregistrer” est ce qui le rend éternel.’ Si, comme Frank, vous le chantez comme si vous n’alliez plus jamais le rechanter. Si comme Frank, vous le chantez comme vous ne l’avez jamais chanté avant.

SI

Si vous voulez entendre la voix la moins sentimentale de l’histoire de la musique pop enfin cassé, quoi que — shhhh — trouvez cette reprise de l’ode à l’insomnie de Frank, “One for My Baby (and One More for the Road)” cachée sur “Duets”.

Ecoutez-la jusqu’à la fin et vous entendrez le grand homme craquer comme s’il sanglotait sur la phrase “C’est une longue, longue, longue route.” Je ne plaisante pas. Tout comme celle de Bob Dylan, Nina Simone, Pavarotti la voix de Sinatra s’est améliorée avec l’âge, par des années passées à fermenter dans des barils de chêne fissurés et pleins de whiskey. En tant que communicateur, atteindre la note n’est qu’ne partie de l’histoire, bien entendu.

Les chanteurs plus que n’importe quels autres musiciens, dépendent de ce qu’ils connaissent — en opposition à ce qu’ils ne veulent pas savoir du monde. Bien qu’il y ait danger en cela — la perte de la naïveté, par exemple, qui possède son propre pouvoir certain — des talents d’interprétation généralement acquis au cours d’une vie bien maltraitée.

Vous voulez un exemple ? En voici un. Prenez deux versions de “My Way” par Sinatra.

La première a été enregistrée en 1969 lorsque le président du conseil d’administration a dit à Paul Anka, qui avait écrit la chanson pour lui : “Je démissionne. j’en ai marre. je fous le camp.” Dans ce que l’on lit, cette chanson est une vantardise — plus du je fous que camp que l’on me renvoie — représentant tout le machisme qu’un homme peut rassembler sur les erreurs qu’il a faites d’ici à partout.

Dans l’enregistrement plus tard, Frank a 78 ans. L’arrangement de Nelson Riddle est le même, le texte et la mélodie sont parfaitement identiques, mais cette fois, cette chanson est devenue la chanson de la défaite qui fait arrêter de battre le coeur et le brise. La fierté mal placée du chanteur est à la porte. (Ce chanteur, c’est-à-dire moi, est dans une mare.) La chanson est devenue une excuse.

Dans quel but ? La dualité, la complexité. J’ai eu la chance de chanter en duo avec un homme qui comprenait la dualité, qui avait le talent d’entendre deux idées opposées dans une seule chanson, et la sagesse de savoir quel côté révéler et à quel instant.

Ceci est notre moment. Qu’entendons-nous ?

Dans le pub, à l’occasion de ce nouvel an, alors que de la pièce s’élève un coeur assourdissant — “I did it my way” — moi-même et cette maison pleine de cette marmaille ivre de liqueurs dans ce livre de chansons américain les deux côtés du chanteur et de la chanson, la prétention démesurée et l’humilité, les yeux bleus et rouges.

En savoir plus : u2.com

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