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Comment j’ai appris à (presque) aimer U2

vendredi 24 avril 2009, par Corinne/Dead pour U2 France

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Les Forrest Gumps du rock de retour au rythme

Comme la plupart des gens bien pensants, j’ai grandi en exècrant U2. Les symptômes sont facilement reconnaissables. Nauséeux lorsque Bono revendique la possession des souffrances du tiers monde sur la scène d’un stade ou à la télévision ; la nausée lorsqu’il pose les bras entourant Bush ou Blair, que son, propre batteur qualifie de “criminels de guerre”. Et ce bruit sourd de déception quand le nouvel album haletant et tapageur de U2 est tout simplement aussi bourratif et Coldplay-esque que le dernier.

Et pourtant, c’est agaçant, je suis étrangement enthousiaste au sujet de leur dernier No Line On The Horizon. Peut-être qu’après 25 ans de dégoût qualifié et d’admiration réticente, j’ai appris à cesser de m’en faire et à aimer U2.

Au cours de mon adolescence et au début de ma vingtaine, il était facile de haïr U2 avec leur coupe « mullets » et leur hymnes guerriers pompeux. Leur musique était monochrome et asexué, tous les platitudes venteuses déguisées en Grands Thèmes. Ils semblaient également aimer coopter la moitié d’un siècle de l’histoire de la pop et de la lutte mondiale à des fins d’auto promotion : d’Elvis à Joy Division, Billie Holiday à Martin Luther King, de la famine africaine à la chute du communisme.

Mais se super imposer à de grands événements historiques ne confère pas la grandeur par association. On ressemble simplement à des chasseurs d’ambulances. Les Forrest Gumps du rock.

J’ai écris pour la première fois sur U2 dans NME au début des années 1990, peu après l’album Achtung Baby. A cette époque, il y avait un grand changement dans l’hinterland musical du groupe, on était passé des vues sauvages et pleines d’espoir aux paysages nocturnes du doute, du désespoir, des guitares aux sons distordants et aux désirs diaboliques. Mais cela semblait frauduleux. Je critiquais les tentatives maladroites de U2 de détournement de l’intégrité d’artistes plus sincères et novateurs. En réponse, Bono envoya une missive au bureau de NME. Une entreprise de démolissage, vous voyez ce que je veux dire ?

Mais à présent : une confession honteuse. Avec mes excuses à mes collègues qui haïssent U2, j’ai commencé à succomber à leurs charmes dans le milieu des années 1990. Avec la sortie de leur projet à part, en 1995 Passengers, et l’album de 1997, Pop, ils semblaient désireux d’expérimenter - et plus important d’échouer. Leur musique est devenue plus drôle, colorée, aventureuse et auto dérisoire. U2 saisissait l’importance de ne pas être sérieux. Et plus crucial, ils semblaient s’amuser pour la toute première fois plutôt que de porter toute la misère du monde sur leurs épaules de messie.

Pop est devenu la première difficulté commerciale de U2, aliénant beaucoup de leur base de fans traditionnels à son camp kaléidoscopique et au kitsch du disco. Mais la tournée l’accompagnant PopMart était fantastique, et reste le truc en stade le plus spectaculaire et éblouissant que j’ai vu jusqu’à présent. N’importe quelle rock star prête à émerger, soir après soir, d’un citron géant aux sons d’une musique techno assourdissante ne se prend à l’évidence pas trop au sérieux. J’étais convaincu.

Et puis - ils ont encore tout foiré. Après s’être brulé les doigts avec Pop, U2 accueillait le nouveau millénaire en se retirant dans les vieilles certitudes monochromes de leurs deux derniers albums, All That You Can’t Leave Behind et How To Dismantle An Atomic Bomb. Tous deux étaient sans risque, des affaires lourdes calculées pour regagner le cœur commercial du groupe. Revenir au type, s’occuper des affaires.

Les méthodes de U2 en matière d’affaires sont le chiffon rouge de mes collègues qui les exècrent. En 2006, le groupe était critiqué pour avoir transférer une grosse part de ses dividendes d’Irlande au Pays Bas où le régime des taxes lui est plus favorable. Bono le « chear leader » (NDLT : Pom Pom Boy) du caritatif était pris à part et traité d’hypocrite, ce qui se défend. Mais attaquer U2 sous l’angle de profiteur financier c’est un peu comme critiquer les requins parce qu’ils sont prédateurs. Ils ont toujours été de manière désarmante francs sur ce point : leur ambition d’être le plus grand groupe au monde et les contrats faustiens qu’ils seraient prêts à décrocher pour y parvenir. L’histoire du rock est celle d’une parade d’exilés des taxes millionnaires, pas celle de révolutionnaires de gauche. Les pop stars sont des capitalistes. Acceptez-le.

La faille dans l’amure de U2 est dit-on le travail caritatif de Bono mis sur le devant de la scène sur la misère en Afrique et la lutte contre le sida : et oui, il existe de nombreux arguments contre les célébrités dilettantes de la politique internationale. Mais si le chanteur de U2 a sauvé ne serait-ce qu’une vie au cours de ces décennies de militantisme, toutes ces critiques me semblent bien minces.

U2 est fait pour déclencher les débats. Après tout, David Sinclair, critique du Times, les a étiquetés "rock’s last superpower” (dernière super puissance du rock). Bono a été critiqué par les deux bords, la droite et la gauche, parce qu’il en fait trop ou pas assez. Mais au moins, il est prêt à se salir les mains sur des problèmes complexes et épineux au lieu de se retirer dans le cocon de l’adolescence perpétuelle comme la plupart des rockeurs millionnaires.

Qui d’autre dans la pop a la pêche et l’arrogance pour harceler les leaders du monde, espérant donner forme à une politique contre la misère dans le monde ? Même en tant que « exècreur » occasionnel de U2, cela me paraît un bon usage du pouvoir de la célébrité. Les contradictions éthiques ne font pas de U2 un groupe moindre ; ils sont précisément ce qui les rend intéressants.

Mais n’oublions pas le fondement de tout ceci : la musique. Après deux albums ternes, No Line On The Horizon marque un pas dans le changement pour U2. Bien que pas vraiment le saut du genre Achtung Baby promis par les premiers rapports, il s’agit là de leur œuvre la plus sexy et expérimentale depuis plus d’une décennie. Un mélange d’électronique polie, d’instrumentation arabe et de riffs de guitares ascendants, ça sone comme un groupe qui s’amuse à nouveau.

Un balancier historique bizarre est à l’œuvre ici. Lorsque le républicain Ronald Reagan était à la Maison Blanche, U2 faisait des disques conservateurs et sérieux. Sous le démocrate Bill Clinton, ils se sont lâchés et ont embrassé l’hédonisme scabreux. Avec George W. Bush, retour au pompeux unidimensionnel. C’est de bon augure pour leurs albums de l’ère Obama.

A présent, mes collègues « exècreurs » de U2, ces symptômes familiers devraient faire surface. L’urgence d’exploser le poste de télévision chaque fois que Bono apparaît. La vague de bile qui monte alors que Get On Your Boots s’échappe en hurlant de tous les postes de radio. Mais essayez de les combattre. Respirez profondément. Cette nausée passera.

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