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Les vagabonds (IV)

samedi 4 avril 2009, par Corinne/Dead pour U2 France

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Du Maroc à Dublin, entre quelques rencontres avec présidents et autres têtes couronnées, la réalisation du nouvel album de U2 a vu la formation rock irlandaise confrontée à un monde en perpétuel mouvement et affronter ses propres faiblesses. Pendant 18 mois, Sean O’Hagan a suivi nos quatre diables d’Irlandais. Récit.

Lorsque je passe en haut quelques heures plus tard pour prendre une tasse de café, ils bossent toujours au même vers.

"Parfois, ça peut être frustrant lorsqu’ils prennent une chanson et décident de l’enterrer, puis y retravaillent pour lui redonner vie", me dira plus tard Brian Eno. "C’est ce qui est arrivé avec Stand Up Comedy. Je me disais l’autre jour qu’Edge a probablement écouté cette chansons plus de fois que le fan le plus acharné de U2 ne le fera jamais."

Les chansons - et personnages - survivront encore après Dublin, mais la trame narrative de l’album a depuis été larguée avec deux autres titres Winter (NDLT : qui figure dans Linear, le long métrage réalisé par Anton Corbijn pour illustrer No Line on the Horizon, figurant en téléchargement sur le format magazine et en DVD sur le format super luxe coffret... une tuerie ce morceau !) et Every Breaking Wave, dans les derniers jours de frénésie d’enregistrement. Il nous faudra attendre encore un peu pour le grand concept album de U2. "Ca a été douloureux pour moi, d’une certaine façon, de lâcher l’idée originale", souligne Bono. "Mais, alors, j’étais harcelé de tous côtés par tout le monde. Nous sommes nés du punk rock. Nous n’allions jamais faire un album conceptuel. Nous n’allions jamais faire ce truc de rock progressif et laisser le récit intervenir dans les chansons."

Il sera intéressant de voir comment No Line on the Horizon, qui annonce sa différence par une pochette minimaliste - une des photos zen de Hiroshi Sugimoto montrant un ciel gris se fondre dans une mer grise - sera accueilli par les fans du groupe traditionnel pour qui U2 a toujours été synonyme de chansons émouvantes nées de rythmes sourds et de guitares tintantes. Au lieu de cela, ils se trouveront en présence d’un grand album, dense à multicouche qui est le son d’un groupe se réinventant une fois de plus.

Six semaines plus tard, j’apprécie deux dernières conversations avec Bono, la première dans un coin du bar endormi du Merrion Hotel dans le centre de Dublin. C’est remarquable combien il semble en plaine forme et santé après des mois acharnés passés en studios, et lorsqu’il laisse enfin tomber ses lunettes aux verres fumés, l’œil vif. Le bourdonnement d’excitation qui s’est répandu à l’annonce de son arrivée dans cet établissement la rumeur est retombé si ce n’est un garçon de salle trépignant, apportant boissons, puis snacks, puis, des boissons non alcoolisées.

SOH : Vous avez dit lorsque vous étiez à Fez, "Ce disque parle du monde, du désir de s’en extraire, de s’en échapper." Pourriez-vous développer ?

Bono "J’ai dit ça [il se marre] ? Parlions-nous de la notion de vision périphérique qui à mon sens est centrale pour la compréhension de cet album."

SOH : Je n’en suis pas certain, mais poursuivez.

Bono "Bien, pour commencer c’est un album très personnel. Les histoires dedans sont très personnelles même si elles sont écrites pour des personnages et d’une certaine façon, elles ne pourraient plus éloignées de mes propres politiques. Mais dans le sens d’une vision périphérique, il y a tout un monde là dehors. Alors que la triste chanson se déroule, un monde qui est allé de travers. On peut le sentir à ses extrêmes - la guerre en Irak, les nuages sombres à l’horizon. Mais il y a également une fermeture voulue sur tout ceci afin de se concentrer sur plus d’épiphanies personnelles."

SOH : Pourquoi avoir choisi d’opérer ainsi ?

Bono "Je pense parce que je suis très souvent dans le monde la plupart du temps, que ce soit celui du commerce, de la politique, du militantisme ou quel qu’il soit. Aussi, ai-je appris à connaître la véritable valeur de la vie intérieure en tant qu’artiste, auteur et membre de U2. C’est devenu un lieu très privé et unique lorsque je travaillais avec mon groupe. Les chansons sont devenues plus intimes. Je voulais arriver dans un endroit plus intime et intérieur. Je veux m’éloigner du sujet et que le sujet devienne un pur échange. Pas même une conversation. Souvent ce ne sont que des grognements ou des éclats. Lorsque je pense à Moment of Surrender, c’est exactement ça ! Ou Breathe [il commence à chanter] ’16th of June, nine o five, doorbell rings...’ On y est, au beau milieu de l’explosion. Pour quelqu’un qui passe beaucoup de temps dans le monde extérieur, cet album porte essentiellement sur le monde intérieur."

SOH OK, je vais vous lancer quelques phrases.

Bono : "Feu !"

SOH Elles sont extraites de I’ll Go Crazy If I Don’t Go Crazy Tonight : "Every generation has a chance to change the world/ Pity the nation that won’t listen to you, boys and girls."

Bono "Bien, ça se construit avec la phrase suivante, ’The sweetest melody is the one we haven’t heard.’ Il s’agit simplement d’une jolie pensée. Les solutions aux problèmes dans lesquels nous sommes devront être apportées par la prochaine génération mais souvent on n’écoute pas les nouvelles idées. Cette phrase est sensé être un jeu, pas sérieuse de quelque façon que ce soit. Il y a beaucoup de malice dans ce disque.

SOH A-t-elle été écrite en pensant à l’arrivée au pouvoir d’Obama ?

Bono : "Bien entendu ! Le nombre de fans de U2 qui lui ont apporté leur soutien ! Les jeunes fans de U2 ont vraiment été actifs dans sa campagne. Bien que les militant One soient de tout bord, un nombre considérable d’entre eux militaient pour Obama."

Alors que nous parlons ; l’inauguration d’Obama n’est qu’à une semaine et dans quelques jours U2 s’envolera pour Washington pour donner le coup d’envoi des réjouissances.

SOH Pensez-vous que l’équipe d’Obama soit à la hauteur du défi : suffisant intellectuellement parlant pour prendre ces problèmes énormes à bras le corps et les tackler à un niveau conceptuel ?

Bono : "Assurément. Et d’une façon qui n’a pas été écrite."

SOH Vous le savez ou vous projetez ?

Bono : "Je le sais. Nous commençons déjà les entretiens."

SOH Ainsi, vous êtes plein d’espoir ? Même si le monde s’enfonce à une vitesse vertigineuse dans l’effondrement des finances internationales...

Bono : "Oui. Complètement. C’est une époque effrayante et étonnante. Voyez, le monde se réveille à nouveau. Pas pour qu’il soit plus grandiose sur notre derrière mais il y a toujours des changements qui s’opèrent après une crise considérable. Ainsi, après la première guerre mondiale, la Ligue des Nations ; après la seconde, les Nations Unies. Le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, tout ça est né après des périodes de crise. Et l’après 11 septembre, la débâcle en Irak et l’effondrement du marché l’an passé, je pense que c’est le moment en fait où tout est à saisir. Comme le dit Bob Dylan dans Brownsville Girl [il imite Dylan] : ’If there’s an original idea out there right now, I could use it [rires].’ Et il y a des idées originales là dehors, c’est ça le truc."

SOH OK, sur I’ll Go Crazy...., vous chantez également, "The right to be ridiculous is something I hold dear."

Bono : [rires] "Là c’est moi qui parle et pas un personnage. Je le pense au sens littéral [rires]. En fait, c’est très important. L’une des choses pour laquelle nous avons été bons est je pense, est de ne pas avoir laissé les gens nous mettre dans une lumière pieuse quelle qu’elle soit. Ca nous est arrivé pendant un temps dans les années 1980 et nous ne voulons plus jamais nous y retrouver. Je suis toujours choqué que les gens soient aussi choqués en découvrant la stupidité qu’il y a dans chacune des journées de U2. C’est le coup fatal pour ceux qui ne nous supportent pas. Que nous semblions nous amuser plus que qui d’autre. C’est un peu comme si ils disaient : ça ne leur suffit de ne pas avoir splitté, d’avoir fait une musique aussi inspirante au cours de toutes ces années, il faut en plus qu’ils s’amusent. La malice fait partie de notre histoire et elle n’est pas représentée ni on écrit à son propos. C’est l’une des raisons qui fait que les choses hésitent lorsqu’ils me voient sortir d’un pub de Dublin à 4 heures du mat. Ca ne peut pas être Bono, pas vrai ? Nan."

SOH Cela vous irrite que les gens semblent ne pas voir cet aspect en vous ?

Bono : "Ca enlève le côté sexy, pour commencer. Et la vie."

La conversation s’éloigne vers un territoire illuminée touchant une fois encore à la croyance chrétienne qui est la clef déterminante à la fois de sa musique et de son militantisme. C’est un sujet dont il ne parle pas souvent, car il est souvent inévitablement rapporté au minimum ou banalisé, et "c’est ainsi que l’on peut vous accuser d’hypocrisie, tout particulièrement lorsque vous faites partie des cas désespérés, j’en suis un. Je n’ai pas violé tous les commandements", ajoute-t-il en riant, "mais je voulais le faire."

Il dit qu’un grand nombre de personnes qu’il admire ne sont pas croyantes. Bill Gates. Warren Buffett. "Des personnes qui sont préparées à dépenser la fortune de toute une vie pour rendre la vie de personnes qu’ils ne connaissent pas bien meilleure. Ces personnes sont bien plus chrétiennes que n’importe quel chrétien. La foi et la certitude sont inquiétantes pour moi. L’amour tient la religion à distance de la foi."

SOH Alors, sans amour, cela devient une autre sorte d’idéologie fixée ?

Bono : "Ouais, c’est juste ! De toute façon, il y a des tonnes de pops là dedans sur la foi, le religieux et autrement, et on est le seul à être choisi pour cela à cause d’un texte. Je veux dire : ’Stop helping God across the road like a little old lady.’ Allons ?"

SOH C’est une pop qui s’adresse aux athées.

Bono : "Et à moi-même. Je veux dire j’en ai une part en moi-même. J’ai une part qui aide Dieu à traverser la route comme s’il était une dame âgée."

(à suivre)

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