mardi 1er juin 2010, par Corinne/Dead
par Chrissy Iley

S’ensuit une discussion parfois tendue sur la coupe proposée de 4 milliards de dollars dans le budget de l’aide d’Obama. C’est un groupe puissant composé d’environ douze personnes qui inclut les personnes qui font les chèques. Jan Schakowsky, démocrate influent d’Illinois et membre de Progressive Caucus, reçoit un bourdonnement sur son BlackBerry. Il s’agit d’une campagne par email de l’association One l’exhortant à récupérer cette coupe, une totale coïncidence. Bono y voit là un signe ; pas un signe mystique, mais la preuve que son organisation est totalement connectée.
La maison du sénat est froide comme la pierre avec des corridors qui renvoient l’écho. Nous nous dirigeons vers le bureau de Patrick Leahy, sénateur du Vermont.
Bono remarque : “C’est homme est comme John Wayne.”
C’est son anniversaire car les cadeaux de plus de quelques dollars ont à présent été bannis.
Leahy déclare : “J’ai vu Bono vaincre des conservateurs purs et durs. Deux ou trois membres de notre congrès ont une attitude presque méprisante envers l’aide à l’Afrique, pourtant il se met en relation avec eux et ils reviennent au programme. Il a le privilège d’entrer dans ce bureau n’importe quand. Seuls Audrey Hepburn, Bono et mes petits enfants ont eu ce privilège.”
Leahy a rencontré Bono pour la première fois, il y a 20 ans de cela et depuis ils ont travaillé sur divers problèmes humanitaires. Il a le regard qui pétille, est toute passion et cœur. Il n’est donc pas surprenant que Bono se soit lié avec lui.
Avril 2009. Bono et moi sommes dans une voiture en route pour l’aéroport de Dulles à Washington, DC. Il porte des jeans, une chemise pourpre, une cravate noire défaite, des lentilles roses et un manteau de fourrure gris. Il sent l’argent et la séduction telle une boîte à cigares en bois précieux.
Les rencontres à Washington ont été en partie tendues et en partie euphoriques. Il y a la menace que le budget de l’aide soit baissé mais Pelosi pense qu’elle sera en mesure d’arranger tout cela comme il faut. Tous ceux avec qui j’ai parlé ont applaudi Bono pour son savoir et son charme. Le lien commun est qu’il se souvient absolument de tout ce qui les concerne : leur anniversaire, celui de leurs enfants. Son cerveau pour les détails est exemplaire. Comment cela se fait-il ?
Bono “Lorsque j’étais très jeune, je jouais aux échecs et j’étais très bon. Je peux apprendre les petits trucs inutiles, mais en fait je suis capable d’oublier le chemin pour rentrer chez moi, ou j’étais connu après que la tournée soit terminée depuis très longtemps pour descendre les escaliers et me mettre à l’arrière de ma propre voiture. Mais l’on se rappelle de ce qui est important à ses yeux.
Je me suis avoir demandé à l’épouse de Seamus Heaney, comment il faisait pour se rappeler des poèmes d’un si grand nombre d’autres personnes et elle m’a répondu : ‘Les mots sont très importants à ses yeux.’ ”
Je lui dis que j’ai pensé à sa mère et que je trouve étrange qu’il puisse se souvenir de tellement de détails débiles, de tellement de faits mais presque rien d’elle. Est-ce parce qu’il doit vivre dans le présent ?
Bono “Peut-être, ça pourrait être la réponse. Et le fait qu’il y ait seulement un certain montant de biens. Le cerveau n’est pas différent du corps. Deux ou trois pompes et quelques poids et il peut se reformer. Ma curiosité dans toutes ces différentes directions a été un camp d’entrainement pour mon cerveau. Des gens auxquels j’ai pensé aussi rapidement sur pieds, on semble soudain ralentir après ce genre de journées exténuantes. Chaque rencontre est un Araucaria Araucana.”
(NDLT sur l’Araucaria araucana : il s’agit d’un arbre préhistorique originaire du Chili, c’est même l’arbre national de ce pays. L’on retrouve des traces de cet arbre dans l’ouest de l’Argentine. Il aime vivre dans des forêts tropicales tempérées sur des sols volcaniques et acides. Son nom de Monkey Puzzle lui vient de l’Angleterre victorienne obsédée par la botanique. L’histoire veut que quelqu’un ait regardé cet arbre et ai fait un commentaire sur la perplexité qu’éprouverait un singe s’il voulait y grimper.)
Pensez-vous que les souvenirs de la perte de votre mère soient si douloureux que si vous les emportiez avec vous, ils vous ralentiraient ?
Bono “Suggérez-vous que j’ai un bagage (NDLT : un lourd passé ou un passé douloureux) ?”
Je lui dis que cela me tracasse depuis des semaines. J’ai le sentiment d’en connaître autant sur sa mère que lui. Il rit, pas nerveusement ou timidement, mais me dit que dans tous ses souvenirs, elle rit.
Bono “Oui, peut-être qu’il s’agit de ne pas vouloir ralentir. Avec U2, nous ne pensons pas à un album aussitôt terminé : nous passons à autre chose.”
Cela colle bien à l’idée qu’il ne supporte pas les gens qui râlent.
Bono “Je ne supporte pas les grincheux et ceux qui geignent constamment. Ma qualité préférée est l’absence d’apitoiement. J’apprécie vraiment les gens qui n’en ont absolument pas. Je connais des gens avec un tout petit fragment de difficulté qui passent le reste de leur vie à boiter. Et je ne pense pas que j’ai eu beaucoup à surmonter dans ma vie — l’œil au beurre noir, la dent cassée.”
Et qu’en est-il du cœur brisé ?
Bono “Le cœur … On sait seulement que l’on en a un le jour où il est brisé. Quand on est chanteur dans un groupe, on tend le coup pour vivre, on s’habitue aux coups. Et j’ai remarqué que le spleen et la colère les abat d’ordinaire, pas soi, aussi on n’a rien à faire, presque. Il n’est rien de plus séduisant que l’énergie allant de l’avant. Notre groupe la possède, notre mouvement la possède… C’est excitant d’être à bord de ce train.”
Si souvent, il se réfère à l’énergie de la lionne comme étant puissante et dangereuse. Voit-il Ali comme une lionne ?
Bono “Enormément, oui. Notre relation a beaucoup changé. Pendant un temps, j’ai cru commander, j’étais le chasseur protecteur. Il y a quelques années de cela, il est devenu évident que c’était quelqu’un d’autre qui commandait, et je pense que je m’accroche bien plus fermement à elle qu’elle à moi, et cela m’ennuie légèrement. Elle est tellement indépendante et parfois je souhaiterais qu’elle ne le soit pas.”
A l’aéroport, nous nous disons au revoir. Je l’ai suivi pendant si longtemps que c’est comme une triste séparation. Tous ceux dont il a occupé la vie pensent qu’ils ont des droits sur lui, qu’il est leur ami unique. Peut-être qu’il n’en sait rien. Se pourrait-il que Clinton et Bush, Blair, Obama, le Pape polonais, Frank Sinatra, tous ressentent ce lien ? Quand on le sentiment qu’il nous appartient en partie, l’on se sent également une obligation envers lui. Et c’est là son secret !
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