vendredi 10 juillet 2009, par Corinne/Dead
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Le montage de la scène u2360° au Stade de France à Paris, hier. Photo : Dom pour U2France.com.
par ALICE RAWSTHORN
Que voulez-vous lorsque vous allez voir votre groupe préféré jouer en stade ? Entendre la musique clairement ? Voir les musiciens même si c’est seulement sur un grand écran car vous êtes placé dans un fauteuil pas cher à l’arrière ? Qu’ils se sentent tellement à l’aise sur scène qu’ils joueraient spectaculairement bien ? Oublier que vous les regardez avec des dizaines de personnes dans un endroit où d’ordinaire on shoote dans un ballon ?
Qui que ce soit qui conçoit la scène doit livrer tout ça — et plus. Comme chaque jour supplémentaire d’une tournée coûte de l’argent, la scène doit être montée et démontée aussi rapidement que possible, et expédiée dans le plus petit nombre de camions possible. Le processus doit également être blindé contre toute idiotie car la plupart des membres du montage sont recrutés localement et ne monteront qu’une fois. Financièrement c’est un enjeu énorme car le concept de la scène est adopté avant même qu’un seul billet ne soit vendu.
La note de la dernière mise de U2 s’élève à 150 millions de dollars pour permettre à la tournée 360° de la formation rock irlandaise de prendre la route, une tournée qui a débuté à la fin du mois de juin par Barcelone et se poursuivra 18 mois durant. Au cours de ses tournées par le passé U2 avait adopté l’approche traditionnelle en montant la scène à l’une des extrémités du stade. Cette fois, nos quatre diables d’Irlandais joueront sur une scène circulaire avec un podium implanté en son centre. Perché au-dessus de quatre pattes filiformes trônera un colosse de métal supportant les éclairages, les haut-parleurs, câbles ainsi qu’un écran conique géant. Assez proche d’un monstre sous marin extra terrestre, la pince mesure pas moins de 50 mètres en hauteur, pèse 390 tonnes et voyage dans 180 camions. (U2 acquiert des dépôts de carbone mais personne ne s’embarque dans une tournée rock avec une responsabilité écologique claire.)
“Tous ceux qui la voient disent qu’elle ressemble à quelque chose de différent”, de souligner Willie Williams, qui oeuvre au côté de U2 depuis 1982 et co-designer de cette scène avec l’architecte Mark Fisher, vétéran des tournées de Pink Floyd et des Rolling Stones. “La fusée de Tintin. La Guerre des Mondes. Un cactus. Une pieuvre. Une griffe. Une pince. Une tenaille. Dès qu’elle commençait à prendre forme, Mark et moi nous orientons dans une autre direction. Mais je dois reconnaître qu’on la croirait échappée d’un aquarium spatial gigantesque.”
Les tournées rock n’étaient pas aussi tape-à-l’oeil. Les Beatles ont joué sur une scène ouverte en 1965 au Shea Stadium de New York devant un parterre record de 56.000 personnes, très peu d’entre eux ont pu voir le groupe ou l’entendre. Ce n’est qu’au milieu des années 1970 que des groupes tels que Yes et Pink Floyd ont introduit un son et des scènes plus élaborées. Comme les autres artistes émergeant du mouvement punk de la fin des années 1970, U2 dédaignait ce côté théâtral pour ces premiers concerts en stade à la fin des années 1980.
La théâtralité a pris le dessus en 1991 pour la tournée ZooTV, qui était conçue par Williams et Fisher, dans le premier projet de U2, comme une satire éblouissante de la culture des média avec des écrans vidéo gigantesques. Le décor du PopMart en 1996 était encore plus hallucinant. Parodiant le consumérisme, il figurait une citron gigantesque (duquel le groupe a dû s’échapper au moyen d’une échelle lorsque lors d’un concert, il a refusé de s’ouvrir), les “arches dorées”de McDonald’s et un écran L.E.D. gigantesque. “A l’époque c’était totalement nouveau mais aujourd’hui tous les concerts ressemblent au ZooTV ou au PopMart”, de souligner Williams. “Il nous faut avancer et faire quelque chose qui sera encore plus puissant aux yeux du public.”
Jouer dans un cercle est séduisant. C’est la meilleure façon de créer l’illusion de l’intimité face à un public allant jusqu’à 90.000 personnes, et permettra de dégager 20.000 sièges supplémentaires dans l’espace d’ordinaire occupé par la scène. Mais cela n’avait pas paru faisable auparavant pour U2. Comment construire quelque chose de suffisamment solide pour supporter pareille panoplie sans obstruer la vue du public ? Les scènes flottantes de l’opéra construites sur le lac Constance à Bregenz en Autriche convainquirent Williams que c’était techniquement possible. Pour ce qui est du style, il s’est inspiré de la structure en arche du 1961 Theme Building de l’aéroport de Los Angeles. Il a croqué ses idées pour que Fisher les interprète.
Depuis, il étudie sous l’autorité de Peter Cook, co-fondateur du groupe d’architecture avant-gardiste, Archigram, dans les années 1960, Fisher voulait créer une structure portable élastique (jargon architectural pour dire de forme flexible). L’installation 360° a été son opportunité, et il a a blindé l’acier dans un textile élastique originellement développée pour les courses de Formule 1. Verte à la lumière du jour, elle réfléchit toutes les couleurs qu’elle absorbe la nuit. Le résultat évoque le projet fantastique de 1964 d’Archigram, la Walking City (cité ambulante), qui “se promenait” autour sur des pattes chancelantes. Non seulement cela permettra au public d’avoir une vue dégagée sur le groupe, mais d’un côté à l’autre de la scène, ce qui double pour ce qui est du toit de la structure qui abrite les instruments de U2 et les douzaines de techniciens qui s’en occupent.
Le public voit également des images en live du concert sur un écran conique. Depuis ZooTV, les écrans sont les symboles phalliques des tournées rock. La scène entière de la tournée 2008 de Nine Inch Nails était un écran interactif d’images générées par les mouvements du groupe. Le nouvel écran de U2 consiste en 500.000 pixels monté sur des panneaux imbriqués. Il restera immobile durant la plupart du concert puis s’étirera vers le bas distordant les images alors que les panneaux se fragmenteront.
Il faudra une journée pour installer l’écran, la scène et l’équipement à chaque stade. Comme la structure est en acier cela demande quatre jours, trois copies ont été commanditées. Tandis qu’une est utilisée, l’autre sera en montage pour le concert suivant et la troisième en transit pour pouvoir insérer autant de concerts que possible durant cette tournée.
“Notre travail a tout à voir avec la technologie pour construire une infrastructure aussi gigantesque en un temps très restreint, et d’en faire quelque chose d’intéressant”, d’expliquer Fisher. “Pourquoi les gens se rendent à des concerts comme celui-ci à l’ère du numérique ? Pour vivre une énorme expérience collective, sociale et spatiale et pour les souvenirs. Ce décor contribue à créer cette sensation massive d’anticipation et livre une performance cinétique étonnante.”
En savoir plus : The NY Times
Lien permanent : http://www.u2france.com/actu/article52175.html
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