dimanche 7 février 2010, par Corinne/Dead

Bono au sujet de U2 ... ’Ils sont attaqués parce que je fais partie du groupe’. Photo : Kevin Mazur/WireImage.com
par Dorian Lynskey
La formation rock irlandaise U2 était de passage à Amsterdam en juillet 2009 dans le cadre de sa tournée à 360°. A l’intérieur de l’arène de la ville, la couleur verte inonde une mosaïque géante composée d’écrans vidéo, en dessous de laquelle se trouvent les quatre membres de U2, trois semaines après le début de leur tournée. Alors que le groupe attaque Sunday Bloody Sunday, les écrans s’illuminent projetant des images des manifestants dans les rues de Téhéran accompagnées par les vers en Farsi du poète persan Rumi. Ainsi, une chanson écrite il y a 26 ans sur la violence politique en Irlande du Nord se trouve un nouveau contexte oppressant.
Cette séquence illustre de manière réaliste la marque unique de U2, militant en stades. Egalement au programme, un vibrant hommage à la leader incarcérée de l’opposition birmane, Aung San Suu Kyi pour Walk On, et un message enregistré par Desmond Tutu pour la campagne One, cofondée par Bono pour mobiliser le soutien aux pays en cours de développement et annuler leurs dettes et récolter des fonds pour lutter contre le sida et la séropositivité, entre autres. Aucun groupe au succès international n’avait jamais à ce jour mis la politique au premier plan pendant aussi longtemps, ni hanté les couloirs du pouvoir pour critiquer des accords, c’est pourquoi des représentants d’Amnesty et du World Food Programme croisent la route d’Helena Christensen et d’Anton Corbijn dans la zone VIP.
Cette séquence prouve équitablement les limites de l’approche de U2. Le groupe a toujours travaillé suivant le principe que le business d’attirer l’attention sur quelque chose, quoi qu’imparfait, est mieux que rien, mais les observateurs de l’Iran pourraient arguer légitimement qu’un montage d’une minute simplifie, même trivialise, une situation compliquée. Tout dépend de jusqu’à quel point l’on veut accepter l’imperfection.
Pour les critiques les plus acharnés contre U2, la réponse est : pas beaucoup. A l’époque du Live 8, l’auteur-voyageur Paul Theroux qualifiait Bono "de l’une de ces personnes mythomanes – qui souhaitent convaincre le monde de leur valeur". Après que U2 ait déplacé une partie de ses affaires aux Pays Bas pour réduire la charge de ses impôts en 2006, le Daily Mail surnommait son chanteur "St Bono the Hypocrite". L’écrivain irlandais Eamonn McCann qualifiait récemment la musique de U2 de : "nuage toxique de rhétorique légère, la bande son des personnes en phase terminale d’auto suffisance".
L’objet de pareille opprobre est assis dans la suite d’un hôtel à Amsterdam, occupé à petit-déjeuner (café noir et céréales) et médite sur l’inconvénient à être la rock star militante la plus célèbre au monde. "Une information insuffisante peut créer beaucoup de mal", dit-il, la voix rauque en raison de la veille. "Beaucoup de personnes ne savent pas ce que je fais aussi pensent-elles : ’Il se montre sur les photos avec des Africains affamés ou un président ou un Premier ministre. Nous n’aimons pas ça. Ces rock stars disant à nos élus ce qu’ils doivent faire pour ensuite retourner en courant vers leurs villas dans le sud de la France. Qu’elles aillent se faire voir.’" Mais, insiste-t-il : "Si vous y regardez de plus près, vous pensez : ’Ce gars travaille deux jours et demi par semaine sur ce sujet, sans être payé pour cela, aux dépense de son groupe et de sa famille et ça ne le dérange pas d’être attaqué.’"
Avec ses cheveux coupés ras, et son corps compact tel un poing, Bono ressemble à un boxeur à la retraite, balançant des directs dans l’air pour exprimer ses idées. Lorsque, par la suite, j’ai rencontré le reste de U2 individuellement, leur langage du corps parlait également selon un volume. Le guitariste, The Edge est d’une quiétude sereine et calme, sauf lorsque ses yeux se plissent légèrement dans les moments de concentration ou de joie. Le bassiste Adam Clayton est affalé à l’aise sur le sofa, avec un perpétuel air tempéré et de mystérieux amusement. Le batteur, Larry Mullen Jr se penche en avant intentionnellement, ponctuant ses réponses d’une grimace d’excuse comme si, loin d’être l’homme à l’origine de la formation de U2, il avait simplement remporté un concours pour être batteur dans un groupe de rock. "Rien avec U2 n’a vraiment de sens", dit-il en écarquillant les yeux. "Je n’ai pas la moindre idée de comment nous sommes parvenus à arriver à cet endroit."
L’histoire des rock stars qui endossent la politique est quelque peu en dents de scie. Bob Dylan l’a répudiée, John Lennon s’y est littéralement mariée et les Clash ont été écrasés par des attentes trop élevées. Le militantisme de U2 a en quelque sorte duré et a prospéré. Sa perspective politique a été modelée par le fait que ses membres étaient jeunes et Irlandais à la fin des années 1970. Résultat en raison aussi bien de son tempérament que des circonstances, U2 ne peut ni jouer avec le style guérilla chic des Clash ni prendre partie.
"Les gens dans le sud étaient toujours révoltés par les actes de terrorisme et de brutalité dans le nord", déclare Clayton. "Mais l’exprimer aurait été vue comme sympathiser avec les Britanniques, aussi était-ce compliqué. Nous étions de ceux qui voulaient y trouver une dimension spirituelle plutôt que de se contenter de se tenir sur les barricades."
Au début des années 1980, U2 était torturé par la sincérité, appliquant au sujets aussi maléfiques que les Troubles (NDLT : en Irlande du nord), l’apartheid et la menace d’une guerre nucléaire une perspective spirituelle influencée par la soul music et Bob Marley. Et The Edge d’expliquer : "Certainement que cela s’entend sur nos disques. Une part est à bout de nerfs et beaucoup trop intense. Il y avait presque du désespoir dans ces performances pour établir une connexion, ce qui n’a pas aidé à l’époque. Nos vies semblaient en dépendre. Il y avait ce sentiment que ça pouvait bien continuer ou aller nulle part."
Bien entendu, ça s’est bien passé et U2 se cramponnait au principe du positif accentué : Pride (In the Name of Love) passait d’une attaque contre Ronald Reagan à une célébration de Martin Luther King. Néanmoins, il acquérait une image grave dépourvue de tout sens de l’humour : "Voilà des gars vraiment sérieux venus de l’Irlande déchirée par la guerre et ils ont un truc ou deux à vous dire", comme le dit sans détour Clayton. En 1992, la tournée Zoo TV faisait découvrir un élément salvateur et son excentricité au travers de costumes et débordements médiatiques. "A ce moment là, nous avons compris qu’il suffit parfois de poser la bonne question", précise The Edge, sans avoir forcément à en donner la réponse."
Au cours de cette dernière décennie, les choses se sont compliquées, Paul McGuinness, le manager de U2, disait à Bono que le boulot d’un artiste était de décrire les problèmes et non pas de les régler, mais depuis que Bono avait été approché pour rejoindre la campagne d’annulation de la dette Jubilee 2000, il avait foulé le champ miné des militants de haut vol. C’est un rôle presque contradictoire : la rock star diplomate. "Notre boulot consiste à le ramener à son poste d’artiste", poursuit the Edge. "Les artistes n’ont pas à traiter avec la grisaille de la réalité politique. Ils peuvent voir les choses en termes de noir et blanc – les idéaux. Il existe un aspect aspirationnel dans le rock’n’roll, alors qu’en politique il n’est question que de compromis, l’un après l’autre."
(à suivre)
En savoir plus : The Guardian
Lien permanent : http://www.u2france.com/actu/article52548.html
2 commentaires | S'identifier pour réagir à l'article | Voir tous les commentaires
Bono en boxeur à la retraite ça me fait penser à son entrée lors du Popmart.
Aucun groupe au succès international n’avait jamais à ce jour mis la politique au premier plan pendant aussi longtemps
C'est une des raisons qui fait leur succès
Je comprends pas comment font les critiques pour ne pas se lasser de répéter "ils ont déplacé leur argent aux Pays-Bas", "Bono en fait se fiche de l'humanitaire, c'est juste pour être bien vu et avoir de l'argent" etc
Y'a vraiment des gens qui n'ont que ça à foutre de se pourrir la vie en critiquant celle des autres en allant même jusqu'à inventer des choses (Bono hypocrite, j'y crois pas trop), au moins Bono réussit là où beaucoup sont coincés, il essaie de faire bouger les choses et parfois il y arrive (Jubilee 2000).