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U2, artiste local aux horizons internationaux (fin)

samedi 10 octobre 2009, par Corinne/Dead

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par Justin Kavanagh

Dès le départ, le songwriting de U2 confrontait les problèmes du monde.

Peu de groupes ont tiré leur inspiration d’une telle diversité de sujets mondiaux ; depuis l’holocauste d’Hiroshima (“The Unforgettable Fire”) en passant par Martin Luther King (“Pride (in the Name of Love)”) ou bien encore la famine dans les pays du Tiers Monde (“Crumbs From Your Table”).

L’album de ses débuts, Boy, faisait allusion à la croyance idéaliste dans le pouvoir de l’imagination pour modeler un monde meilleur. Bono chante : “I thought the world could go far/ if they listened to what I said” (je pensais que le monde pourrait aller loin, s’ils avaient écoutais ce que je disais).

Les critiques pointent constamment le paradoxe de riches rock stars porte-parole des tyrannisés. Des années plus tard, lorsque Bono rencontrait Horst Kohler — alors à la tête de l’IMF (NDLT : fonds monétaire international), et aujourd’hui Président de l’Allemagne — le politicien le mit directement au défi, lui disant : “Alors vous êtes une rock star. Vous vous faites beaucoup d’argent et puis trouvez une conscience ?”

En toute équité, le chanteur avait gagné le droit de rager. Il a écrit “Where the Streets Have No Name” après avoir passé avec sa femme Ali du temps en tant que bénévoles dans un camp de réfugiés éthiopien.

“Bullet the Blue Sky” décrit la peur expérimentée lors d’une visite au Nicaragua et au Salvador, arrangée par Amnesty International. Ils avaient été témoins des avions de combat et des feux d’artillerie des contrats financés par Reagan.

Interpréter cette chanson conduisait le chanteur à une autre contradiction. “Outside, it’s America”(dehors, c’est l’Amérique), chantait-il d’une voix atone et sombre sur scène à New York, Washington ou L.A., essayant d’évoquer par les paroles de ses chansons la terreur ressentie par l’Amérique latine envers ces forces qu’ils associaient à la superpuissance de l’Amérique du nord. Mais pareil sermon politique passait largement au dessus des têtes des publics des Etats Unis.

Pourtant, la musique de U2 mettait au défi ses auditeurs d’entendre la nuance au delà des refrains accrocheurs. Les tambours militaires de ‘Sunday, Bloody Sunday’ en firent la préféré des stades et pourtant, tout comme “40”, elle renferme un désir ardent biblique de chanter une nouvelle chanson.

De telles subtilités ont souvent été négligées, car nombreux sont ceux qui se sont mépris sur le rebondissement historique du titre de ce titre agitateur nationaliste. Souvenez-vous, les vers passés au vitriol de Bruce Springsteen pour “Born in the USA” ont subi la même destinée à l’époque de l’Amérique de Reagan.

Ailleurs, les publics se sont avérés beaucoup plus perceptifs. Au Chili, le groupe faisait appel à une diffusion TV comme tremplin pour montrer la lamentation des victimes politiques de ce pays, “Mothers of the Disappeared”, lors d’un concert à l’Estadio Nacional. Ce stade était un terrain consacré, tristement célèbre pour son utilisation comme camp de prisonniers par le régime militaire après le coup d’état de Pinochet.

Le groupe invitait les mères à les rejoindre sur scène alors que les photos de leurs enfants aimés disparus depuis longtemps et prenait le temps de les nommer individuellement. Bono s’adressait alors directement à la caméra et déclarait : “General Pinochet, Dieu sera votre juge. Nous ne le serons pas. Mais au moins, dites à ces femmes où se trouvent les os de leurs enfants.”

De nombreuses personnes acclamèrent, mais de nombreuses autres sifflèrent et huèrent. Bono, toujours architecte contrariant et agent provocateur, fut satisfait de cette réaction mitigée. “J’étais flatté que nous ne jouions pas seulement pour des personnes en total accord avec nous”, clamait-il.

Une aversion pour la flagornerie est rare au royaume du rock, mais U2 reste un groupe d’amis qui aime toujours être défié, et se défier les uns les autres. Bono a réfléchi au danger du privilège d’être une rock-star envahissant la vraie vie.

“Après quand on rentre chez soi, on redevient les seigneurs de son propre domaine”, souligne-t-il. “C’est propre aux mâles en particulier, ils débarrassent la pièce de toute dispute jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne — sauf ceux qui sont d’accord avec eux. C’est compréhensible. Mais j’aime une bonne dispute. C’est un privilège rare que d’être en compagnie de personnes avec qui vous avez démarré et qui peuvent vous lire.”

Si les egos étaient autorégulateurs à l’intérieur du groupe, ça n’a pas toujours été évident vu de l’extérieur. A la fin des années 1980, U2 devenait rapidement des caricatures. Cependant, valant les causes, étreindre le monde et ses contradictions était considéré comme un manque de tact politique et une grandiloquence prenant en compte Dieu. Dans la culture de Dublin de tendre moquerie, Bono était ridiculisé pour son pseudo complexe messianique.

Un faux groupe hommage du nom de Joshua Trio reprenait les titres de U2 en portant des ailes d’anges et son chanteur, arrivait sur scène, monté sur un âne.

Aussi, nos quatre non-prophètes décidèrent que le temps était venu de changer leurs airs. U2 se réinventait pour les années 1990, adaptant le vieil adage “Fear the devil, and he will taunt you, mock the devil and he will run” (crains le diable et il te raillera, moque-toi du diable et il s’enfuira).

“je suis prêt”, chantait Bono alors qu’il envoyait un baiser dans les airs à son personnage de prêcheur pour lui dire adieu, “prêt pour les gaz hilarant.” Alors que la tournée Zoo TV réinventait le spectacle rock, finis les drapeaux blancs et les discours de prêche. Bonjour les déguisements, les masques et le clinquant électronique de l’ère de l’asservissement à la technologie.

Dessinant sur son passé joyeux dadaïste, U2 présentait un ensemble de personnages déjantés qui traçaient une fine ligne entre une méthode de jeu flirtant avec la démence et l’évocation démoniaque. The Fly (photo ci-dessous) était un pilier de bar philosophe qui connaissait tout, MacPhisto un gros Elvis version du diable lui-même, un mélange menaçant de crooner de Vegas las du monde et une majesté satanique évanescente.

Plutôt que de manifester de manière stridente, le chanteur lâchait à présent ses démons dans les affaires mondiales. MacPhisto impliquait le pouvoir et la complicité par une chaude association. Par exemple, il appelait la Maison Blanche pendant la nuit pour tourmenter et railler George Bush (le père). Et invitait Salman Rushdie sur scène pour parler de ses tristement célèbres Verses (NDLT : Les Versets Sataniques).

Pourtant, sous l’eyeliner et les cornes rouges, le message restait le même : le monde se dirigeait toujours vers l’enfer — mais à présent U2 nous tendait la main chaleureuse du diable pour nous y emmener… et la descente serait télévisée sur le plus grand écran au monde.

Avec Bono comme parole de Belzebuth, le groupe se branchait sur le « zeitgeist » (NDLT : l’esprit du temps) du capitalisme d’un triomphe historique. C’était la fin du 20e siècle, la fin de la Guerre Froide et la fin de l’Histoire, disaient certains. Tandis que Vaclav Havel régnait avec les Rolling Stones, U2 entrait dans un rock en avance rapide dans l’ère des nouveaux media.

Les murs s’effondraient et les écrans s’élevaient. Les télécommunications globales offraient un monde bidimensionnel transparent, qui promettait d’être encore plus vrai que nature.

En savoir plus : The Globalist

Lien permanent : http://www.u2france.com/actu/article52902.html

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