jeudi 28 janvier 2010, par Corinne/Dead
Sans donner de donner, il fait également allusion, avec une colère évidente, à plus d’attaques personnelles contre lui récemment publiées.
"Il y a, en fait, eu des mensonges de dits à mon sujet", déclare-t-il. "Des gens disent des choses comme si j’étais un menteur. Je ne suis pas sûr que je veuille entrer dans leur jeu mais au bout du compte les pires choses que les gens puissent dire sur vous ne sont pas aussi mauvaises que ce que vous êtes vraiment (rires). Mais je commence à devenir insensible et je le deviens parce que je suis tellement accroché aux chansons et à la musique en ce moment. C’est devenu tellement fort dans ma vie que ça écarte toutes ces conneries qui nous ont entourés. Et les groupes en ont marre d’être comparés à U2, c’est étonnant encore car ces mêmes groupes semblent ne parler que de U2..."
C’est le retour à ce problème d’échelle et au moins jusqu’il y a une période assez récente le phénomène de U2 pesant super lourd dans le contexte irlandais, par désir de réelle compétition. Bono agrée. "C’est la raison pour laquelle lorsque je vais me coucher le soir, je remercie la vierge Marie pour les Hothouse Flowers, Sinead O’Connor, Enya et toutes ces personnes, car nous avons été seuls et parfois nous en avons un peu marre et nous ennuyons en raison de ce manque de compagnie."
Il s’interrompt. "C’était une blague, bien entendu", ajoute-t-il avec un large sourire.
A la fin de la journée, la critique peut-elle faire mal ?
"Cela peut être le cas. Le genre de critiques que nous avons eu sur Mother, par exemple, de la part de groupes plus jeunes qui voulaient nous mettre dans le rôle cliché de Led Zeppelin et par conséquent se donnant le rôle des Clash et des Sex Pistols, sans avoir la moindre once de talent que ces groupes ont. Pour être honnête, je m’intéresse moins à ce genre de truc. Je me suis rendu compte qu’en fait c’était quelque chose dont je pouvais me passer. Je suis dans une période maintenant où ma philosophie est de simplifier — pas simplement musicalement en essayant de ramener les choses au minimum mais dans ma propre vie essayant de dépouiller les choses jusqu’à obtenir l’essence que nous voulons de U2. Qu’est-ce que cela concerne vraiment ? Et au bout du compte, il s’agit de disques qui se font en 4 minutes, des albums qui sont faits de musique et de déclarations sur la façon dont vous voyez le monde et ce qui se passe dans votre vie à cette époque. Des artistes tentant d’être — oserais-je le dire ? — des artistes."
Et, bien qu’écrire et faire de la musique dans le contexte de U2, soit toujours la vocation première de Bono, loin du groupe, il des projets personnels qui couvent. Ce contexte implique des tentatives de plus de rigueur dans la façon dont il écrit ses textes. "J’ai pensé qu’il était important à un certain point d’écrire avec une sorte de rythme sans rédiger moi-même alors que je progressais", observe-t-il. "Ca semblait très irlandais, très courant de conscience. Allen Ginsberg a également approuvé ! Ca semblait avoir tous les ingrédients qui convenaient à mon approche paresseuse bâtarde de la vie elle-même. Vous voyez ça semblait bien me convenir. Mais à présent je suis un petit peu plus intéressé par la narration et j’ai commencé à écrire d’autres trucs — comme, maintenant, j’ai deux pièces de théâtre et un livre en cours."
Bien qu’à l’évidence excité par ce défi, au-delà de la révélation que l’action de l’une de ces pièces, The Million Dollar Hotel, se déroule dans un hôtel minable dans le centre de L.A., il est réticent à parler trop en public du matériel en main, pour le moins parce que, comme il le dit : "Il se pourrait que je ne finisse jamais les choses. J’y travaille simplement lorsque j’en ai envie — comme en début de soirée, ou lorsque je suis en tournée ou quand je ne suis pas d’humeur à écrire des chansons. Tout ça est très... kaléidoscopique !"
En rapport avec l’inspiration de la vie réelle pour The Million Dollar Hotel et sa propre expérience de ce milieu alors qu’il vivait à L.A., Bono reconnaît le voyeurisme, si ce n’est l’exploitation de certains aspects qui peuvent être impliqués dans l’incursion des artistes parvenus dans une vie misérable en quête de matériel créatif. "Je pense que les artistes sont des créatures authentiquement égoïstes et je désapprouve totalement", poursuit-il. "Mais je ne peux m’empêcher d’être attiré par cet aspect des choses. C’est probablement la violence en moi qui est intéressée par la violence. La raison pour laquelle je suis attiré par la lumière des Saintes Ecritures est qu’il y a en moi un autre côté qui est obscure. La raison qui fait que je suis intéressé par les hommes de paix est que je ne suis pas comme eux et que j’aimerais l’être. Je ne suis pas quelqu’un qui dans la réalité tend l’autre joue..."
"God Part II", chanson délibérée d’ironie et de contradiction, est l’une des plus fortes déclarations parolières de Bono à ce jour, remarquable en raison d’un nombre mémorable de phrases incluant une dénonciation sauvage d’Albert Goldman, dont elle s’inspire, elle transpire, autant que par son premier livre sur Elvis Presley, que l’était son œuvre suivante sur John Lennon, à qui cette chanson est dédiée.
"EIvis a tout changé", explique Bono. "L’Amérique telle que je la connais est née en 1956 lorsqu’Elvis est apparu dans l’émission de Merv Griffin — car la musique blanche et noire entrait en collision dans la danse spasmodique de ce gars. Il avait la peau d’un blanc et le cœur d’un noir et ce que j’aime dans l’Amérique est que c’est un creuset de mélange de cultures européenne et africaine qui lui permettent d’avancer de la bonne façon. Je pense que ce qui est vraiment significatif chez Elvis Presley et dans la culture rock ’n’ roll est que tout a changé l’Amérique après ça. Le racisme a été brisé aussi significativement qu’il l’était au travers du mouvement de la paix et de MLK — pas le racisme institutionnel mais le racisme commun. C’était un événement extraordinaire : une explosion a eu lieu. Albert Goldman l’a raté complètement et aveuglément et il n’a pas vu du tout combien c’était important."
Alors qu’est-ce qui fait que John Lennon est à part aux yeux de Bono ?
"Il avait une incroyable honnêteté envers sa musique que j’ai toujours admirée. Il disait voici ce que je pense, alors voilà. Certaines personnes écrivent sur le pays dans lequel elles vivent — Lennon écrivait au sujet de l’esprit et du corps dans lequel il vivait.
"Je suis le genre de personne qui méprise absolument ce qu’a fait Goldman" ajoute Bono, "pourtant je lis encore son livre. Il en est ressorti un avantage qui est que je n’avais jamais considéré Lennon comme un héros vraiment, plus que comme un antihéros. Egalement, lorsque ce livre est sorti, Jimmy lovine le lisait dans le studio et il connaissait John Lennon aussi Jimmy pouvait dire quand le gars (Goldman) avait complètement tort. Le passage de Spector et ses gardes du corps attachant John à la maison : Jimmy y était — il l’a détache, mais ça ne figurait pas dans le livre. C’est risible. J’ai eu une image réelle de qui était John Lennon au travers de Jimmy lovine. Il a vu en lui le bon, la brute et le truand qu’il était. Personnellement, j’ai tellement de respect pour lui en tant qu’homme et artiste."
Qui, s’il existe, se qualifie comme héros de nos jours pour Bono ?
"Je n’ai plus de héros comme par le passé car j’ai rencontré beaucoup de personnes qui à l’âge de 16 ans, j’aurais appelé héros. Mais d’une certaine façon, pour les avoir rencontrées, elles apparaissaient encore plus héroïques à mes yeux car elles avaient des défauts. Je suppose que je me méfie des gens qui n’ont pas de défaut — j’ai l’impression qu’il doit y avoir quelque chose de travers quelque part. je ne nie pas un côté d’une personne car vous savez qu’il y en a un autre. Peu importe, les gens que j’admire ont tendance à être plus âgés. En musique et en littérature. Johnny Cash est un héros, si c’est le mot que vous voulez employer. Willie Nelson, Bob Dylan, Lou Reed, Keith Richards. Ce sont des personnes qui ont survécu au rock ’n’ roll et sont ressorties de l’autre côté avec d’intéressantes histoires à raconter à quelqu’un qui y pénètre."
En ces termes, Bono peut encore se considérer comme apprenti mais il est indéniable qu’aux yeux de nombreuses personnes, il est lui-même un héros vénéré. Dans "Love Rescue Me", la chanson qu’il a coécrite avec Bob Dylan, il s’agit d’un thème qu’il semble approcher dans la phrase : "Ils m’ont demandé de leur dévoiler les pensées mêmes qu’ils cacheraient" — une déclaration, que l’on peut imaginer, avoir une pertinence égale pour Dylan et Bono. Alors de qui est-elle ?
"Je dois dire qu’elle est de moi, mais il ne s’agit pas de personnes venant à la recherche du salut — ça porte plus sur les personnes qui veulent fouiller votre âme. il y a également cet aspect du syndrome du singe interprétant — comme ces Victoriens qui arrivaient à Bedlam et tisonnaient les créatures démentes. (Il se lance dans un commentaire hilarant). ’Il y a Iggy Pop là dedans, maintenant, regardez-le, il se coupe. Et il y a ce Johnny Cash — c’est un alcoolique et il est sous calmants en ce moment. Bob Dylan — il a eu un accident de moto. Il était le porte parole d’une génération et tout ça, c’était un peu trop pour lui.’ Tisonnez, tisonnez, tisonnez. ’Voilà Bono, il va parler de Dieu, de l’Irlande du nord et de sexe — tout en même temps. C’est son truc.’ Bang sur la tête !"
Dans Rattle and Hum le film, la combinaison de musique et d’émotion est à son plein régime dans l’interprétation de "Sunday Bloody Sunday" par U2 filmée en concert le jour du bombardement d’Enniskillen. Par la suite, à la sortie du film, Bono a été entendu réfléchir, à plus d’une occasion, à la possibilité que le groupe ne jouerait plus cette chanson. Pourquoi ?
"Parce que c’est comme si, un jour cette chanson était devenu réalité", réfléchit-il. "Elle est devenue réelle pour un moment, de manière à ce qu’elle ne le soit plus jamais. Je pense que ça, c’était l’ultime performance de cette chanson et que quoi que ce soit d’autre serait bien moins que ça."
Avait-il jamais espéré, en écrivant cette chanson originellement, qu’elle pourrait contribuer, d’une manière pourtant moindre, à amenuiser la probabilité du genre de manifestations qu’il dépeint, à se répéter encore et encore.
"Non, pas vraiment. Je suppose que quelque part dans votre esprit, vous espérez pouvoir aider et faire en sorte que les choses se passent bien d’une certaine façon, mais ce n’est pas vraiment votre boulot en tant que rockeur. Votre boulot consiste à écrire une chanson qui exprime vos sentiments, votre vision. Une expérience que j’ai vécue, une très intéressante expérience qui vous montre jusqu’où le public peut aller dans sa compréhension de U2, lorsque nous avons joué à Belfast l’an passé. Ca doit être l’une des plus grandes maisons de rock au monde mais nous ne savions pas vraiment ce qu’ils avaient fait de ’Sunday Bloody Sunday’ après que quelques années se soient écoulées.
"Dès les premiers accords de cette chanson, un drapeau tricolore (NDLT : les trois couleurs du drapeau irlandais) a été tiré. Puis un drapeau anglais. Puis, les gens dans le public ont jeté le drapeau anglais à terre et d’autres le drapeau tricolore. Puis, certaines personnes du public, ont commencé à nous faire le signe "d’aller nous faire voir" (NDLT : en étant polie). Mais dès que cette chanson s’est achevée et que nous avons poursuivi par une autre, ces mêmes personnes sont devenues dingues et se sont plongées dans cette chanson suivante. Et j’ai trouvé que c’était très intéressant — que l’on puisse haïr une chanson ou quelque chose fait par U2 mais toujours aimer le groupe."
(à suivre)
En savoir plus : Hot Press
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et que bono fait une priére tout les soirs 
