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Bono : I Still Haven’t Found What I’m Looking For (Part V)

dimanche 31 janvier 2010, par Corinne/Dead

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Est-il philanthrope par nature ?

"Démasqué ? Je pense que répondre oui serait vaniteux et si je disais non ? (Rires). A vous de me le dire !"

C’est une position insidieuse d’une certaine façon. Le secret sur des sujets financiers est compréhensible, pourtant cela peut signifier que le groupe est laissé ouvert à une certaine sorte de critique durable et généralement désinformée.

"Ca m’est complètement égal. Mais je vais vous dire, U2, pour tout ce qui est de ce grief à ce niveau provenant de la classe moyenne. Je serais encore plus critiqué dans un pub à Foxrock que je ne le serais à la Ballymun House. Voilà, je pense que les gens pensent : ’bon, ce sont ses affaires.’ Et ils savent que nous payons des impôts et que nous faisons beaucoup d’argent pour le pays n’importe comment. Je veux dire, ça ne me dérange pas de payer des impôts bien que j’essaie d’en payer aussi peu que possible à l’évidence — je préfère distribuer également ma propre prospérité (rires)."

L’acquisition de richesse pour la richesse, n’est pas quelque chose qui le motive.

"Je crois avoir déjà dit que je m’étais toujours senti riche. Lorsque nous avons grandi, nous la bande du Lypton Village, certains d’entre nous avaient de l’argent et d’autre n’en avaient pas. Je n’ai pas remarqué. J’étais soutenu par mes potes, par Ali, par tout. Mais je ne suis pas stupide. Je sais comment faire de l’argent et probablement que j’ai quelque notion dans ce domaine, mais je ne m’y intéresse pas pour son seul amour et ça n’a jamais été le cas. Vous savez, mon vieux se moque de moi, il trouve ça hystériquement drôle car je ne me suis jamais intéressé à l’argent. Il pense que c’est la preuve du sens de l’humour de Dieu car je ne suis pas ainsi. Je suis probablement avide d’autres manières — possessif envers les gens peut-être."

De "Bad" en passant par "Running to Stand Still" pour arriver à "Desire" et "Hawkmoon", c’est l’image de l’aiguille qui est récurrente. Pourquoi cette fascination ?

"Tout ce que je peux dire c’est que je suis probablement moi-même une sorte de personne avec une addiction. Egalement, j’ai de la sympathie car certains de mes amis étaient des accros — même à Cedarwood, qui est un voisinage bien et okay, il y a eu beaucoup d’héroïne à une période. L’héroïne est la drogue qui me fasciner car sous son influence, il semble que les gens pensent que c’est ainsi qu’ils sont en réalité, et quand ils en sortent que ce n’était pas vraiment eux. Ca paraît beaucoup ressembler à ce que la célébrité et le vedettariat font à certaines personnes — parfois elles pensent vraiment qu’elles sont l’image qu’elles projettent, et finalement elles ne peuvent vivre sans cette image d’elles-mêmes. Il y a également cette fascination pour la mort et le flirt avec la mort qui font aussi partie de l’usage de l’héroïne."

A-t-il été traumatisé d’une quelconque façon à la vue des effets de l’héroïne sur ses amis ?

"Je vais vous dire — et ça va paraître mauvais — mais je me suis senti plutôt laissé de côté que traumatisé. Je me sentais presque comme si je voulais en faire partie, de façon à pouvoir mieux comprendre. C’est un peu lorsque vous voyez des choses déchirer les gens, vous voulez essayer et comprendre ce qu’ils ressentent. Et dans le cas de la drogue, vous êtes très à l’extérieur is vous n’en prenez pas, c’est très dur d’être à l’intérieur."

Avec l’usage de l’héroïne arrivant virtuellement sous son nez à un moment, qu’est-ce qui l’a empêché de s’aventurer sur cette même voie ?

"Au bout du compte, j’ai quelque chose de mieux. Il y a très peu de choses, j’imagine, qui peuvent rivaliser au niveau de l’héroïne pour des personnes qui cherchent à échapper à une vie misérable. Et c’est ma foi qui m’a élevé. C’est un amour bien plus élevé."

Mais n’a-t-il jamais sérieusement été tenté d’essayer l’héroïne ?

"Je ne veux pas aborder ce sujet. Si je me mets à parler de drogues, je vais avoir la douane aux fesses chaque fois que j’entrerais au pays. Ca a un peu du champ de mines de faire une interview avec U2. Il y a toutes ces choses dont je veux parler ... parfois j’adorerais faire partie de R.E.M. et parler d’Athènes (NDLT / dans l’état de Géorgie aux Etats Unis) ou — qui d’autre aimerais-je être — j’aimerais être quelqu’un qui parle du Velvet Underground et de son influence sur nous."

L’hédonisme, depuis si longtemps synonyme de rock ’n’ roll, le bon vieux truc "nothing succeeds like excess" (rien ne réussit mieux que l’excès) qui a prédominé pendant plus de deux décennies, était quelque chose contre laquelle U2 s’est rebellé ostensiblement lorsqu’il a émergé à la fin des années 1970.

"Ouais, c’étaient des clichés — et ils étaient débiles et démodés. Je pense que les gens reviendront sur U2, ils se rendront compte que nous pointions du doigt les contradictions ; que la veste en cuir n’est pas égale à la rébellion, que vandaliser une chambre d’hôtel est quelque chose que le système veut, et encourage même — la maison de disques adore payer l’addition, c’est la presse la plus abordable qu’elle peut avoir et les hôtels aiment parce qu’ils obtiennent de nouvelles chambres. A nouveau, massacrer une guitare est seulement un endossement de sa désuétude intégrée comme ces gens qui construisent des voitures qui ne rouleront plus dans quelques années. Détruire sa propre guitare ne signifie qu’il vous faudra en acheter une autre. Il n’y a rien de rebelle en cela — cela fait partie de l’establishment.

"Le punk était un mouvement de la classe moyenne qui appelait la classe ouvrière, en gros, à lui donner de la crédibilité. C’était autant à propos de l’anarchie que le concept de la table à café. Attention, les anarchistes me fascinent. En termes de croyances, ils sont uniques, je pense, parce que je considère la foi judéo-chrétienne en amour comme la plus haute loi, l’esprit vous conduisant avec personne ne sachant où il va — je pense que c’est très proche de l’anarchie. La religion a supprimé cet aspect de l’enseignement de Christ sur la vie par l’esprit, qui se résume en gros à ’lâchez-moi bande d’enfoirés — c’est ma vie et c’est entre moi et Dieu et personne d’autre.’

"Mais, peu importe, où en étions-nous ? Rébellion. J’essaie de vous montrer que, disons dans les années 1950 lorsque le sexe était caché et pas approprié, l’expression telle que celle que l’on avait dans le rock ’n’ roll était alors authentiquement rebelle et choquante. Mais plus maintenant. Aujourd’hui, Coca-Cola vend ce même sexe que vendait le rock ’n’ roll. C’est la même fille dans cette pub que celle dans le clip rock à la télé — la même fille, la même version de ’nichons’.

"Et, puisqu’on y est, je pense que les Pogues ont pointé un autre concept redondant. Je pense que la chose la plus extrême pour ce qui est des Pogues est que vous tomberez sur un homme de 60 ans au pub chantant l’une de leurs chansons et comprenant complètement ce dont elle parle, peut-être même plus que son fils ne la comprend. Le fossé des générations n’existe plus. Je connais des anciens qui sont plus intéressants que leurs enfants ou les enfants de leurs enfants, et je connais des personnes de 25 ans qui se contente de reporter leurs funérailles jusqu’à ce qu’elles aient 70 ans ou quoi qu’il arrive."

Certains pourraient trouver ironique que dix ans plus tard, Bono et U2 se retrouvent à travailler avec Keith Richards, l’homme qui au début de la carrière de U2, représentait déjà depuis fort longtemps l’exemple ultime de ce que l’on appelle élégamment la rock star foutue, un rôle modèle incorporant précisément les qualités contre lesquelles les quatre membres de U2 s’élevaient.

"Mais si Keith avait eu 20 ans dans les années 1980, je ne crois pas qu’il se serait retrouvé dans la panade, il ne se serait pas lancé dans l’héroïne par rébellion. Les années 1960 étaient une époque différente et en termes de rock ’n’ roll c’était une première. Les gens en semblaient malades et peut-être que ça semblait être la chose à faire à l’époque ou quoi qu’il arrive. Mais il est tout à fait évident que c’était la mauvaise chose à faire car beaucoup de personnes sont mortes. Aujourd’hui, nous le savons, mais à l’époque, ils l’ignoraient. C’était la génération qui pensait qu’elle serait éternelle ; ils pensaient qu’ils avaient des plaques d’immatriculation immortelles sur leurs voitures."

En même temps, Bono concède un relâchement, au cours des années, dans la gestion du groupe avec le monde du rock ’n’ roll.

"Ouais, nous étions un peu coincés à un stade, bien qu’il ne faille pas oublier qu’avec le Lypton Village, etc. nous ne menions pas une existence toute pieuse et monastique. Mais à l’poque où nous avons commencé à explorer pour la première fois les enseignements du Christ et à étudier les Saintes Ecritures, nous nous sommes impliqués dans quelque chose qui à un niveau était l’ouverture de nos esprits à une réalité plus vaste mais qui à un autre nous a tout simplement fermés à certaines expériences. Mais, vous savez, on traverse des choses."

Y a-t-il eu un moment où il semblait qu’il y avait un choix de coupure nette entre le rock ’n’ roll et les convictions religieuses de certains des membres du groupe ?

"Ouais, nous en sommes arrivés à ce stade. The Edge et moi-même avons quitté le groupe pendant un moment, certainement dans nos têtes. Mais personne d’autre ne nous aurait eu (rires)."

Dans la conception de Bono, Dieu n’est pas une force puritaine.

"Oh non, Dieu est bien plus que ça. La religion est bien au-delà de n’importe quel point de vue. Bien au-delà de mon opinion ou de celle de l’église catholique ou protestante. Mais l’on peut explorer les choses et je suis très curieux — en fait, c’est probablement mon plus fort trait de caractère. J’irais où que ce soit qu’il me faudra aller par transparence. Et parfois cela me cause beaucoup de problèmes. J’en ai eu beaucoup dans la vie que je menais, et j’ai rencontré un grand nombre de personnes intéressantes que ce soit à Ballymun ou dans un village du Salvador ou une infirmière en Ethiopie ou un clochard à L.A. ou une star à Hollywood ou un Premier ministre d’un pays. J’écoute tout le monde.

"C’est drôle mais je pense qu’il y a un réel manque de compréhension de qui nous sommes, les membres du groupe et moi-même. Nous sommes tous perçus comme des saints ou des pécheurs quand nous sommes tous nous — pas seulement le groupe - un mélange des deux. Selon moi, beaucoup de personnes semblent écriée à propos de caricatures de U2. Personne ne semble s’intéresser au fait que je sois simplement curieux. Vous savez, pourquoi Bono est allé jusqu’à Garret Fitzgerald ? Pourquoi ? La curiosité. Le genre de truc que possède n’importe quel écrivain. Je suis né avec. Je trouve que c’est tout à fait étonnant que les gens ne comprennent pas cela."

(à suivre)

En savoir plus : Hot Press

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