mardi 16 février 2010, par Corinne/Dead

"Il s’agit de faire monter et descendre les gens, une force émotionnelle en laquelle nous voulons combiner énergie, puissance, sensibilité et profondeur" — c’est ainsi que Bono parle de l’intention musicale de ces nouveaux romantiques et il élabore en disant que la nouvelle set de son groupe sera conçue pour accentuer à la fois les hauts et les bas des chansons plus lentes incluses exprès. U2 ne croit pas qu’il faille encourager le pogo à haute vitesse.
Un publicitaire consciencieux pourrait se sentir obligé d’aligner U2 contre la New Wave, mais les seuls accessoires qu’il aurait pour monter pareille arnaque seraient jeunesse et vitalité latente. Pourtant, si les premiers manifestos punk sont interprétés pour inclure à la fois ces valeurs, et une musique pas facilement catégorisable, alors U2 conviendra à l’affiche.
Contrairement à n’importe quel groupe irlandais de ces trente dernières années, ses dettes sont difficilement exposables. Oui, il forme un trois pièces passionné avec un chanteur qui rassemble les foules motivé pour dominer le public — mais au-delà de cela, ses chansons épousent ses propres traces. Adam Clayton déclare : "Nous voulons êtres des meneurs, pas des suiveurs." Et pour une fois, ce vieux cliché élimé est vrai.
Nous atteignons un instant d’unanimité lorsque j’affirme que les chansons écrites par Dave et Bono, avec ce dernier comme coordinateur et contrôleur de qualité, sont une extension et une cristallisation des aspects les plus positifs du rock près-punk des années 1970, exposées au travers du microscope hypercritique de ces trois dernières années et pour le meilleur.
Cela pourrait paraître un paradoxe. Cela n’est pas nécessaire. Inutile d’être habité par le chantage pour savoir que les perturbateurs de la classe 1976 possèdent une histoire musical plus complexe que celle parue dans la bio de leurs débuts. Plus encore, l’on pourrait arguer que de nombreux punks — particulièrement les imposteurs de la catégorie des 25 et autres variétés — n’adhéraient pas originellement aux attributions et modèle produit par la presse.
Tellement d’influences diverses et multiples se nichent dans la musique des créateurs meneurs et comme eux U2 a formé sa propre synthèse, une marque de métal léger dénué d’excès et de postures redondantes — Paul McGuinness clame que sa caractéristique majeure est "d’éviter le gaspillage" — qui croit que cette guitare rock agressive peut être matée pour l’invention mélodique et libérée de (a) ridicules chants de foot de Judas Priest/Queen, (b) maladroit, et enfoncé premier cliché boogie du R ’n’ B. Et ça suffira pour le moment.
En dehors des constructions, il y a les émotions et les thèmes. "Nos chansons abordent différents aspects, peut-être spirituels", de souligner Bono, "car n’importe quel ado ou jeune vit des choses spirituelles, comme se rendre à l’église — êtes-vous d’accord ? Vous voyez, j’ai des problèmes avec ça — des choses comme les filles, le sexe. Mais nous faisons face également à des questions spirituelles, de celles que peu de groupes ont jamais abordé même si je sais ce que les ados pensent de ces sujets."
Vous voyez U2 ne s’intéresse pas aux gang-bangs, aux proxénètes de New York, aux fouets et fourrures, aux reines de la haute couture ou effectivement à l’imminente contre révolution britannique. Le témoignage de Bono est qu’après l’acné vient l’angoisse, les chansons sur les scènes d’amour à l’arrière d’une bagnole à 16 ans qui sont remplacées par des insécurités spirituelles bien plus vastes à l’âge de 18 ans. C’est l’angle à mi-chemin entre Kate Bush et Paul Weller — et c’est sans équivoque que je me réfère à eux deux car ils ne font pas partie de la même génération que U2 comme Bob Geldof ou Joe Strummer — et peut-être la source de la plus grande fascination ou défaut de U2, je ne parviens pas à me décider sur ce point.
U2 n’est pas marqué par le pêché, exubérant car il retient son innocence. Le rock a tellement de démons invisibles, à la fois dans ses tentations et dans ses pièges qu’un groupe se trouve inexorablement propulsé vers la fête du diable (qui, bien entendu, a les meilleures chansons). La détermination et le dévouement de U2 pourraient être un bouclier nécessaire ; cela pourrait également constituer un barrage envers les forces faustiennes qui génèrent autant les rêves rock que ses cauchemars.
Quelque part, je ne crois pas que l’avenir de U2 sera le plus prévisible. Il possède l’originalité et la vivacité pour donner sa contribution unique au rock irlandais. Mais le manque de dérivé signifie qu’il pourrait avoir des problèmes de traduction en Grande Bretagne. U2 représente la redéfinition des modes du rock traditionnel des années 1970, une politique qui pourrait bien confondre sa fraicheur et spontanéité avec du conservatisme pour ceux qui ne sont pas prêts à les écouter suffisamment longtemps. Bizarrement, il pourrait être plus accessible aux oreilles américaines, un facteur qui active ma seconde angoisse en ce que le groupe pourrait, si pas délicatement mené, échouer entre deux continents et se noyer à sa traversée de l’Atlantique.
U2 est honorable et étant honorable, il pourrait manquer de mystère. C’est une honnêteté que Bono pourrait clamer être la source de l’identité de son groupe. Lors de ses performances en live, il déclare — "Lorsque je suis contrarié, je le montre. Lorsque ce feedback est arrivé au Project, j’ai commencé à montrer ma colère et à grogner. Et les gens disent il est contrarié et je le montre. C’est pareil lorsqu’il arrive que j’ai raison, puis je souris et cela signifie tant pour moi et je veux garder tout pour tout le monde. Mais d’un autre côté, être contrarié est également non professionnel" — commentaires indicateurs du lien entre aptitude et "poselessness" (NDLT : je n’ai pas trouvé de traduction pour ce mot) qu’il offre à piétiner. Plus tard, il dira qu’il a souvent le sentiment d’être "une offrande au public".
Adam Clayton peut résumer le second thème de U2 qui est que le fait d’être musicien et jeune n’est pas antagonique — "Nous essayons de montrer que nous sommes crédibles. Trop de gens disent vous n’êtes que de jeunes punks, attendez d’avoir 30 ans comme Bob Dylan ou quelqu’un." Ce converti veut le croire. D’autres pourraient être pris pour des Think Lizzies de second rang et Boomtown Rats mais l’expression de U2 est sans dettes. J’en ai assez d’écouter des K7 de démo, je veux cet album.
En savoir plus : Hot Press
Lien permanent : http://www.u2france.com/actu/article53772.html
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