vendredi 5 mars 2010, par Corinne/Dead
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C’était au début des années 1980. La famine, qui allait bientôt dévaster une grande partie de l’Ethiopie du nord était déjà bien présente.
J’avais suivi un long et difficile parcours à travers le Soudan et en Erythrée avec des rebelles qui se battaient contre le gouvernement depuis plus de vingt ans.
Mon épouse, Gill, m’accompagnait.
En tant qu’infirmière, elle était fascinée par la manière dont les rebelles traitaient les blessés, transportant les opérations difficiles dans des unités improvisées creusées dans les montagnes.
Mais à présent, il était temps pour moi de me rendre sur la ligne de front et pour elle de rentrer au pays.
C’était tard le soir et je me souviens m’être demandé ce que je dirais à sa mère si quelque chose arrivait à Gill alors qu’elle grimpait à bord d’un des camions de l’aide retournant en vrombissant vers le Soudan.
Assis dans un bunker, je n’avais pas la moindre idée d’où nous nous trouvions dans ce vaste paysage aride. Je me fiais entièrement aux rebelles qui nous avaient conduits jusque là.
Live Aid
Les concerts du Live Aid ont rassemblé plus de 60 millions de dollars (40 millions de livres Sterling)
Cela faisait des années que la pluie ne tombait plus et en 1984, ils étaient des millions à mourir de faim.
Grâce à l’implication considérable de Bob Geldof et du Live Aid, les gens réagirent comme ça ne s’était jamais vu.
Des millions de dollars furent rassemblés. De la nourriture fut envoyée sur place. Ils furent nombreux à mourir mais le pire avait été évité - ou c’est ce que je croyais.
Mais il y a un an de cela, j’ai commencé à entendre une version différente.
Je fus contacté par les Ethiopiens qui disaient que nous étions tous passés à côté de la vraie histoire sur la façon dont l’argent donné pour des objectifs tellement valables avait fini par être utilisé pour acheter des armes.
Je commençais à enquêter.
L’argent des armes
Aregawi Berhe est l’ancien commandant des armées du mouvement rebelle qui opérait dans la province éthiopienne de Tigray.
Il vit aujourd’hui dans un modeste appartement dans les rues reculées d’une ville hollandaise. Il insista pour me préparer un café.
Puis il me donna sa version de ce qui était arrivé il y avait si longtemps - comment les rebelles légèrement armés qu’il dirigeait avait pris le dessus sur la puissante armée éthiopienne équipée des toutes dernières armes soviétiques.
Il me raconta qu’alors que l’argent commençait à arriver pour nourrir ceux qui étaient affamés, un débat amer commençait à s’instaurer à l’intérieur du mouvement rebelle.
Il y avait des divisions sur la manière dont cet argent devait être dépensé.
Il m’expliqua également comment l’argent de l’aide fut détourné non seulement pour acheter les armes dont ses troupes avaient besoin mais également pour construire un parti staliniste intransigeant - la Marxist Leninist League of Tigray (ligne marxiste léniniste de Tigray).
Cette initiative, me dit-il, était menée par un jeune idéaliste, Meles Zenawi.
Dans cette lutte intestine amère, Aregawi et ses alliés furent battus.
L’argent qui avait été acheminé jusqu’aux rebelles alla à ce parti et à l’achat d’armes.
En 1985, me confia Aregawi, seulement 5 % des 100 millions de dollars (65 millions de livres Sterling) qu’ils reçurent alla aux affamés.
C’était un récit extraordinaire, mais peut-être qu’Aregawi et ses associés n’étaient que des hommes aigris, tentant de noircir le nom de leurs anciens camarades ?
Après tout, Meles Zenawi était devenu Premier ministre de l’Ethiopie et avait servi avec distinction à la Commission for Africa (commission pour l’Afrique) mise en place par l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair.
Rapports secrets de la CIA
Aussi au cours des mois qui suivirent, je parlais à des personnes d’Alaska jusqu’en Australie et de Scandinavie jusqu’en Palestine.
J’accumulais les preuves de rapports secrets de la CIA. D’anciens ambassadeurs appuyèrent l’histoire qu’Aregawi m’avait racontée.
Les faits furent trouvés dans de vieux numéros d’obscurs bulletins poussiéreux.
Même les anciens officiels du gouvernement éthiopien, qui étaient du côté du gouvernement durant ce conflit, affirmèrent qu’ils croyaient que c’était vrai.
Le fait qu’autant de personnes refusent de parler de ces événements, incluant des fonctionnaires, des universitaires et des politiques tels que Meles Zenawi était-il signifiant ?
Même Bob Geldof, d’ordinaire enclin à parler, me tourna le dos.
Il devint évident qu’après 25 ans, c’était toujours un sujet trop délicat pour en parler ouvertement.
La piste de l’argent
La personne qui me parla fut Max Peberdy.
C’est un consultant de l’aide, qui avait amené près de 500.000 dollars (331.000 livres Sterling) en monnaie locale à Tigray pour acheter des surplus de graines pour nourrir les affamés.
Bien que je lui fis part des preuves rassemblées, il insista sur le fait que l’argent ne s’était pas évaporé.
Je lui faisais remarquer qu’il avait été totalement dépendant des rebelles pour l’inclure et que leur idéologie Lenino-marxiste allait à l’encontre de toute notion d’opération d’aide indépendante.
Max Peberdy (à droite) au côté d’un marchand qui dit à présent qu’il était en fait un rebelle
Je lui expliquais également qu’il avait été incapable de surveiller la distribution de l’aide dans les hautes terres éthiopiennes qui étaient le terrain des combats les plus intenses.
Alors que je quittais sa résidence londonienne, je repensais à ce moment où j’avais dit au revoir en agitant la main à Gill, un combattant érythréen à mes côtés.
Je pensais à combien j’avais été isolé - entièrement dépendant des rebelles qui m’avaient inclus. Et comment j’avais échoué à poser les bonnes questions à l’époque.
Bien qu’à présent je suive enfin la piste de l’argent et des armes rebelles, j’ai plus que conscience de mener cette quête vingt ans trop tard.
Les travailleurs de l’aide, qui ont tant fait pour venir en aide à ceux qui souffraient alors, n’ont pas non plus posé ces questions. Mais peut-être qu’ils n’auraient pas sauvé autant de vies, s’ils l’avaient fait.
En savoir plus : BBC
Lien permanent : http://www.u2france.com/actu/article53875.html
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