Bono, la femme la plus haïe d’Irlande - U2 France

Bono, la femme la plus haïe d’Irlande

mardi 15 novembre 2016 / par Corine/Dead / Tags:

Bono a été élu femme de l’année. Ça ne suffit pas pour que les Irlandais l’aiment.

par Donald Clarke

Bono : “Il y a tout simplement un truc de précis, chez ce dinosaure du rock qui porte des lunettes et ne se soucie guère de la rime, qui agace les masses.”

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Photo : Reuters/Danny Moloshok

Il y a près d’une décennie de cela, je réalisais une interview en public avec le réalisateur Julien Temple au sujet de son documentaire sur Joe Strummer (NDLT : The Clash). Obéissant à l’article 5 de la directive européenne du Rockumentaire, Temple s’était assuré de faire parler obligatoirement Bono dans ce film.

La première fois qu’était mentionné le chanteur leader de la formation rock irlandaise U2, il y eut un marmonnement. À la seconde allusion, le brouhaha de la foule était suffisamment agressif pour suggérer que l’on s’apprêtait à enflammer les torches. “Seigneur, vous haïssez vraiment ce gars, ici, pas vrai ?”, d’interroger notre réalisateur anglais. “Que diable est le problème ?”

Ne faisons pas comme si tout cela avait à voir avec le goût largement imaginé des Irlandais pour la “jalousie”. Personne n’aurait, ne serait-ce que, marmonné si Seamus Heaney ou Saoirse Ronan avait été mentionné.
Il y a tout simplement un truc de précis, chez ce dinosaure du rock qui porte des lunettes et ne se soucie guère de la rime, qui horripile les masses. Bono est tellement suffisant, tellement baroque. Même ses tentatives d’auto parodie (il me vient à l’esprit l’époque du citron géant de U2) se déroulent sur une échelle qui suggère une addiction irrépressible qui relève du geste messianique.

Cette adulation étrangère sans fin irrite encore plus son peuple, à la maison. La Reine Elizabeth l’a adoubé chevalier honoraire. Il a partagé la récompense de personne de l’année décernée par le Time magazine. Et voilà pas que, maintenant, il est fait femme de l’année. La médaille Fields (l’équivalent du prix Nobel puisqu’il n’existe pas dans cette catégorie) des mathématiques, ensuite ? Je n’exclurais pas une victoire à une exposition canine. Les erreurs de catégorie n’ont aucune importance pour les participants à la cour de Lord Bono.

Premier homme de l’année

Soyons clairs. Le terme exact employé par le magazine Glamour est que Bono est devenu le “premier homme de l’année” du magazine. Mais les gros titres (manchettes) n’ont pas changé par rapport aux précédentes années. Il est titré : “Les femmes de l’année de Glamour”. Aussi, leur premier homme de l’année figure-t-il parmi leurs femmes de l’année. Un coup d’œil au Tractatus Logico-Philosophicus de Wittgenstein devrait clarifier toute ambiguïté apparente.

Déception de campagne pour faire de notre dynamo de Finglas la risée intergalactique, le magazine ne suggère pas que Bono est parmi les femmes les plus glamour de l’année. Ce serait trop exquis.

Bien qu’il ait laissé tombé les atrocités du « mullet » (sorte de coiffure iroquois) du milieu des années 1980 et les expériences de proxénète eurotrash de l’époque Achtung Baby, il est peu probable que qui que ce soit confonde Bono avec Alicia Vikander. (Ou est-ce que je veux dire Tom Ford ? C’est tellement confus.) Ce look actuel n’est pas plus glamour que celui de participants seniors à l’Annual Adhesive Convention de Birmingham.

Cette nomination reconnaît la réussite/les prouesses de femmes du monde entier. Les autres personnes honorées incluent une jeune femme irakienne kidnappée par Isis, l’athlète Simone Biles, une victime anonyme de viol à Stanford et trois membres fondateurs du mouvement #blacklivesmatter.

Bono a été honoré pour diverses campagnes menées pour sortir les femmes de la misère et sa lutte pour l’égalité des genres. “C’est l’un des plus fervents et efficaces militants de la cause des femmes et filles que je connaisse”, d’expliquer Melinda Gates, inlassable philanthrope.
Et Bono de rétorquer : “Je ne suis pas sûr de le mériter. Mais je profite de cette récompense pour dire que la lutte pour l’égalité des genres ne peut être gagnée sans que les hommes la mène au côté des femmes.”

Bourreau du travail

Dans toutes ces discussions, il est essentiel de clarifier que Bono mérite le respect qu’il lui est dû pour ses initiatives en faveur des bonnes causes. Une fois rock star, il aurait, facilement, pu acheter un élevage de truites, se laisser aller à l’abus de cocaïne et passer ses soirées à se jeter au volant d’une Aston Martins dans des piscines. Au lieu de cela, il est marié à la même femme (NDLT : qu’il a rencontré à l’adolescence), a élevé avec elle leurs quatre enfants et se démène pour les personnes moins chanceuses que lui.

Il est vrai que la majeure partie d’entre nous n’a pas forcé tous les usagers d’iTunes à télécharger le dernier album fade de notre père du rock. Mais, je parie que nous avons fait bien moins pour réduire la dette du Tiers Monde.

Rien de tout cela ne resoud le problème. Comment pourrais-je l’exprimer avec délicatesse ? Bono n’est pas une femme. C’est un homme. Nous en sommes arrivés à considérer les genres avec plus de flexibilité, au cours de ces dernières décennies, mais lorsque quelqu’un naît « fichu » homme et est identifié « fichu » homme alors on peut dire sans trop de peur de se contredire que c’est un « fichu » homme.

Glamour a lâché un truc bas de gamme que des colonnes de la sorte ont avalé aveuglément (jusqu’à cette phrase, tout au moins). Dans aucune des années précédentes, il n’avait vraiment été fait cas de ces récompenses. À présent, ces idiots de militants des droits de l’homme ont un précédent, dès qu’ils argumentent que les récompenses féminines faussées ou manifestations sont aussi sexistes que des trucs qui existent vraiment.

Bono ne peut absolument pas en être tenu responsable. Il a dit qu’il ne méritait pas le truc et qu’il aurait été impoli, grossier de le refuser. Malheureusement pour lui, cette histoire apporte de l’eau au moulin de tous ceux qui adorent s’en prendre à son personnage public.

“Que diable est le problème ?”, pourrait de nouveau demander, aujourd’hui, Julien Temple. “Il pense qu’il est une femme qui saigne maintenant !”, d’hurler la foule en retour.
Il ne le pense vraiment pas.

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Voir en ligne : Irish Times

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