Bono : la voix de l’innocence et de l’experience - U2 France

Bono : la voix de l’innocence et de l’experience

samedi 19 septembre 2015 / par Corine/Dead / Tags:

À bord d’une voiture qui file à toute allure en Italie, le chanteur de U2 nous emmène en ballade sur les racines de son groupe à Dublin.

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Photo : Paul Bergen/AFP/Getty Images

par Brian Boyd

Tard le soir, dans une voiture lancée à pleine vitesse sur l’autoroute entre Turin et Milan, en route pour rencontrer le Premier ministre italien Matteo Renzi, Bono reste silencieux avant de déclarer : “La plus belle chose que l’on m’ait jamais dite et la plus juste l’a été par mon père. Il m’a dit : ‘Toi, Bono, tu es un baryton qui pense être un tenor.’ Et c’est là toute l’histoire de ma vie.”

Il a chanté son père, par le passé, aujourd’hui, il chante sa mère. Lorsqu’il a interprété Iris, en live un peu plus tôt ce soir, il s’est mis à genou, a pleuré puis a fait le signe de croix.

Et de confier : “C’est dur, bien sûr que c’est dur de chanter cette chanson. Mais j’ai toujours eu ce gros truc qui est : quel intérêt y a-t-il à appartenir à U2 si on ne peut aborder un sujet que les autres ne trouveraient pas cool ?” Il hausse le ton : “Mais, quel intérêt ?”

Nous nous arrêtons de manière à ce qu’il puisse jouer les morceaux du prochain album, Songs of Experience. Sa voix sort du téléphone chantant “une lumière mourante”. Il accompagne sa propre voix alors que l’album se poursuit et présente chaque chanson : “Sur celle-ci, nous cherchions à reproduire le son d’un magnéto K7 cassé” ; “Celle-là a un rythme très crissant” ; “Écoutez le boulot de la guitare de The Edge sur celle-là” ; “Attendez un peu d’entendre la batterie sur celle-ci.” Il est perdu dans sa musique, fixant l’extérieur alors qu’il chante à l’unisson.

Le Premier ministre italien attend mais il semble que cela peut attendre. Bono continue à scroller et à jouer. “Nous allons sortir cet album l’an prochain ; c’est inhabituel pour nous, un grand nombre de chansons sont déjà terminées”, explique-t-il. (J’ai déjà entendu ça.)

À présent, j’ai l’œil rivé sur l’horloge de la bagnole et je calcule mes chances de retour à Turin ce soir. J’ouvre la portière, un pied au sol. “Écoutez celui-là, c’est vraiment atmosphérique et ça a été écrit pour un film”, lance-t-il. À présent, j’ai les deux pieds posés au sol - je pourrais m’enfuir en courant. “Attendez ! Il faut vraiment écouter celle-ci, elle est très triste…”

Après le rappel final à Turin ce soir-là, I Still Haven’t Found What I’m Looking For, Bono improvise un peu de Patti Smith avec People Have The Power, quitte la scène et monte dans une voiture dans laquelle je l’attends. On entend encore la musique alors qu’une escorte de la police nous guide hors de la venue.

“J’ai trouvé que le concert d’hier soir était génial [le concert coup d’envoi de la partie européenne de la tournée] et c’était vraiment ‘là’ parce que le script était là et que les sentiments étaient là… Ce n’est que lorsqu’on a suffisamment confiance en soi que l’on peut se détendre, ça devient encore plus fort. Un peu comme balancer un coup. Il y avait des rythmes de hanche là dedans – c’est le pelvis”.

Le concept de la tournée Innocence + Experience a démarré lors du coup d’envoi de la tournée à 360° à Barcelone en 2009. Pour le groupe formé dans la chaleur blanche de la musique punk/New Wave de la fin des années 1970, il y a eu une prise de conscience en voyant le gigantisme de la tournée à 360° que la prochaine tournée mondiale ne pourrait être autre qu’en salles et qu’il fallait se rapprocher de l’audience.

Et Bono d’expliciter : “360 était au mieux une expérience collective. Mais pour que ce soit une vraie expérience commune, il faut les paroles des chansons, les chansons des gens. Si le public est au centre - et c’était l’idée derrière 360 - alors il faut des airs à chanter. Le truc c’est que nous avons réalisé un album franchement atmosphérique [No Line on the Horizon], quelque chose de complexe aussi était-ce légèrement en désaccord avec cette idée.”

Rockeurs de la ville des Clash

C’étaient The Clash, The Ramones et des chansons telles que Ever Fallen In Love (With Someone You Shouldn’t Have) par les Buzzcocks et Love Will Tear Us Apart par Joy Division qui ont fait passer U2 du groupe de reprises de Peter Frampton et des Eagles à celui derrière Boy, l’album de ses débuts en 1980. Cette tournée actuelle est une exposition aux premières années de U2 : à Turin, le groupe joue plus de titres de Boy que ceux de leur album le plus vendu et préféré des fans The Joshua Tree.

Pour Bono, la distance parcourue entre alors et aujourd’hui ramène à certaines vérités inconfortables. L’ado qui prenait le bus à Trinity pour voir The Clash jouer dans l’Exam Hall et qui squattait ensuite dans le State Cinema de Phibsboro pour vénérer la scène des Ramones : que dirait-il du Bono qu’il est devenu ? Un milliardaire du côté sud de Dublin aux dirigeants politiques internationaux en numéros abrégés sur son portable.

La réponse se trouve dans les nouveaux textes qu’il a écrit pour les concerts européens : “Je retourne parler à ce Bono ado [auquel il se réfère comme le garçon] d’où je me trouve aujourd’hui.”

Le garçon regardait Bono

Il chante/parle : “Ce garçon, qui me ressemble beaucoup, vient vers moi et me dit, ‘As-tu oublié qui tu es ? As-tu oublié d’où tu viens ? Tu es Irlandais. Mais tu es tout sourire et courbettes face aux puissants.’ Le garçon se trouve derrière la ligne de la police et je suis de l’autre côté de la barricade âgé de 19 ans. Le garçon me crie : ‘On ne veut pas de toi dans notre révolution ; tu fais partie du problème pas de la solution.’ Je sais. Je sais. Je sais. Je me dispute avec le jeune homme : ‘Mais mon idée est de servir un plan,’ lui dis-je. Je me sens comme le garçon mais je sais que je ne le suis pas. J’essaie de faire de mon mieux avec tout ce que j’ai. J’ai été pris le pantalon baissé mais au moins j’ai les mains en l’air.”

La perception du public n’est pas le seul souci de notre Bono âgé de 55 ans. Le révérend Jack Heaslip, qui était la pierre angulaire spirituelle du groupe depuis qu’il allait à l’école à Mount Temple, est mort cette année. Le père de Larry Mullen est mort en mai. Le même mois, leur manager de tournée depuis 30 ans, Dennis Sheehan, est mort d’une crise cardiaque lors d’un concert à Los Angeles.

Bono soupire profondément et poursuit : “Ce truc avec la mortalité : si l’expérience m’a appris une chose c’est que la joie est un acte de défiance envers le monde. L’amusement, les ébats – soyez à fond dans ces moments auxquels vous participez. La mort et la mortalité ? J’y réponds par la joie. U2 est né pour combler un vide, un trou béant dans mon cœur.”

Une chanson de ce nouvel album comprend cette phrase : “I only sing to prove that I am here.” (Je ne chante que pour prouver que j’existe)

Sur la tournée actuelle, le ciel bleu du Nicaragua de Bullet the Blue Sky est devenu les eaux bleues de la Méditerranée sur lesquelles apparaissent les étoiles du drapeau européen. Au centre de ce drapeau flotte un corps sans vie. L’hymne de l’Union européenne – l’Ode à la joie de Friedrich Schiller – est joué dans un but sardonique.

Je lui parle de cette vidéo qui surgit lorsque la chanson montre ce que je crois être les quatre membres du groupe montrés comme des réfugiés, marchant épuisés dans la nuit. “Oh non, non, non, nous ne sommes pas ces personnes. Ce sont de vrais réfugiés à Calais. Vous avez vraiment cru ça ? Est-ce trompeur ? Ça pourrait être un souci.”

Alors que nous accélérons, nous parlons niveaux de cholestérol, de l’album Sandinista des Clash, de ses cheveux blonds pour lui rappeler jour après jour l’année 1979 (la dernière alors qu’il n’était pas encore célèbre), et pourquoi il veut que le nouvel album sorte l’an prochain mais “je suis le membre du groupe le moins fiable sur ce sujet”. Il se soucie des gens qui s’envolent de l’autre bout du monde pour voir U2 dans la 3Arena de Dublin en novembre prochain et qui n’ont pas de places.

Les non-sequiturs (NDLT : quelque chose qui n’est pas lié à ce qui précède, illogique) commencent à pleuvoir : “La ville qui abrite l’opéra sera toujours celle de U2” ; “Nous autres Irlandais ne sommes pas tièdes, c’est ce que j’aime chez nous” ; “Nous ne nous habillons peut-être pas aussi bien que les Italiens, nous ne mangeons peut-être pas aussi bien qu’eux, mais nous pouvons chanter aussi bien qu’eux.”

Frappe le sale môme

Pour les personnes qui veulent le sortir de scène, il se souvient des premiers jours, des premiers concerts chez McGonagle et au Dandelion Market et comment un groupe de skinheads du nom des Black Catholics suivait U2 dans Dublin avec l’intention de lui mettre une trempe quel que soit l’endroit où il jouait. (Auparavant, il m’avait dit : “Je m’en suis occupé. Je savais quel bus prenait l’un d’entre eux depuis la ville jusque chez lui. Je l’attendais. Ça s’est arrêté après ça.”)

Il y a aussi eu cette époque de la tournée War quand il portait son drapeau blanc de la paix dans le public. Une altercation a eu lieu, un soir, qui a vu Bono balancer son poing dans la figure d’une main à quelqu’un tout en portant son drapeau blanc de la paix de l’autre.

Très tard, je le quitte dans le noir, entre Turin et Milan, perdu dans sa musique. La scène est comme une représentation visuelle de la chanson de Hank Williams, Lost Highway. Avant de fermer la porte, je l’entends chanter “je peux prendre celui qui vieillit” puis je l’entends demander plaintivement comment faire pour arrêter les chansons qui jouent sur son téléphone. “Je ne peux pas arrêter la musique. Je ne sais pas comment arrêter la musique.”

Appuie simplement sur le bouton stop.

“J’ignore où se trouve le bouton stop.”

U2 jouera à Belfast dans la SSE Arena les 18 et 19 novembre et à Dublin dans la 3Arena les 23, 24, 27 et 28 novembre.

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Voir en ligne : Irish Times

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