U2 : ‘C’est le boulot de l’art que de diviser’ (Part. II) - U2 France
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U2 : ‘C’est le boulot de l’art que de diviser’ (Part. II)

dimanche 30 novembre 2014 / par Corine/Dead / Tags:

Trente ans après être devenu le plus grand groupe au monde, Bono & co polarisent toujours autant l’opinion. En pause sur la Côte d’Azur, ils ont parlé de l’Irlande de leur jeunesse, le cadeau de leur album par Apple – et pourquoi Bono travaille avec des personnes qu’il exécrait autrefois.

par Dorian Lynskey

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Pour nombre d’étrangers, pour le meilleur ou pour le pire, U2 est le spectacle de Bono mais chaque membre est distinctement un personnage fort : un pied sans lequel la table s’écroulerait. Edge, qui me retrouve pour un café dans le village voisin, le lendemain, est le perfectionniste en studio du groupe, un geek de la musique et un diplomate. Il est calme et précis, à la voix aux tonalités apaisantes d’un DJ des émissions radio du soir, mais nostalgique des chahuts du punk.

“Les gens étaient complètement séduits par lui ou totalement révulsés”, avoue-t-il affectueusement. “C’était quelque chose qui vous définissait. Ça a commencé à me faire tressaillir lorsque la musique était douce, comme la belle BO de ta vie. La musique est devenue de la tapisserie, une commodité, quelque chose qui se passe dans le décor derrière. C’est pourquoi j’aime Kanye West parce qu’avec lui c’est : Prends ça ! Je le soutiens. Ne leur facilitons pas la tâche.”

Bono dit d’Adam Clayton, qui sortait avec des supermodels réelles démons dans les années 1990, aujourd’hui buveur uniquement de thé, a mûri pour se transformer en “sage chouette”. Sirotant une eau pétillante, Clayton est narquois, imperturbable, plus aristo que ne le laisseraient deviner ses origines de classe moyenne, inlassablement modeste à propos de son jeu de bassiste et toujours étonné de sa bonne fortune.

“Je me considère comme quelqu’un de vraiment chanceux. Mon sentiment majeur est de me demander comment diable suis-je arrivé là en sachant d’où je viens. Parce qu’on n’aurait jamais pu imaginer en un million d’années que pareil fainéant et plaisantin bizarre d’une école publique irlandaise pourrait atterrir dans une banlieue de Dublin pour y rencontrer trois personnages extraordinaires qui deviendraient des musiciens de classe mondiale et qu’il en ferait partie !”

Il n’est pas sûr de savoir pourquoi l’amitié de U2 s’est révélée inhabituellement aussi solide que la pierre, mais il en est reconnaissant. “L’interaction est pratiquement celle qu’elle a toujours été. Le boulot d’appartenir à U2 est suffisamment dur quand on s’apprécie vraiment. Je ne peux m’imaginer ce que cela donnerait si nous devions nous battre.”

Larry Mullen, batteur de tempérament est l’ancre du groupe, sa voix de la raison, son plus jeune membre et également celui au plus franc parler. Il n’a besoin ni ne veut l’attention aussi est-ce surprenant que de le voir enlacer son fils de 18 ans, Elvis sur la pochette de Son gs of Innocence. Comme on pouvait s’en douter, l’idée est de Bono. “Il n’a pas l’air complètement à l’aise, mais c’est une belle photo”, de confier Mullen, assis à une table près de la baie.

Lorsque je lui demande si cet album l’a poussé à réfléchir à sa propre jeunesse, il me répond : “Je n’ai pas besoin de regarder en arrière pour aller de l’avant.” Mais il reconnaît, avec réticence, que la perte de sa mère durant son adolescence l’a immédiatement apparenté à Bono.

“Tout ce que je pensais qui serait n’existait plus. Tout était brisé. Comme la maison, ça c’était parti, tout était parti. Aussi mon truc a-t-il été de me trouver un autre ailleurs. J’avais besoin d’une autre famille et c’est ce qu’est devenu le groupe pour moi, et c’était mon refuge. J’étais assis derrière une batterie. Je n’avais pas besoin de me justifier. Et cela me convenait parfaitement parce qu’il n’est pas facile d’en parler et j’admire Bono qui a le courage de le faire. Je trouve ça… un peu… voyez-vous, c’est une période difficile de ma vie et elle me fait toujours le même effet. J’aimerais pouvoir m’en séparer. Mais je n’ai pas les ressources ou une volonté forte pour pouvoir le faire pour le moment.”

Plus tard, il ajoute : “la raison pour laquelle nous faisons cela est que nous sommes incomplets et faire partie d’un groupe permet à ceux qui sont légèrement cassés de se sentir réparés pendant ce temps.”

Lorsque je lui demande s’il se souvient du Bono ado décrit comme un boulet de canon, plein de fureur et de deuil tel que décrit dans Volcano, il me répond du tac au tac : “C’est ce gars que je connais aujourd’hui.”

Malgré l’hallucinante réussite de la tournée à 360°, ces dernières années ont vu U2 contrairement à l’ordinaire, vulnérable. La dernière partie de la tournée et les débuts de U2 à Glastonbury avaient dû être reportés d’un an après une grave blessure au dos de Bono. Son dernier album, en 2009, No Line on the Horizon, a donné des recettes décevantes et manquait cruellement de tubes singles.

“Il avait été conçu comme une œuvre plus fun, plus improvisée, spontanée mais nous avons compris vers la fin que ce concept n’existait pas chez nous”, d’expliquer Edge avec regret. “Chez nous, un petit album, ça n’existe pas.”

“Ça n’était pas marrant”, souligne Mullen en se référant à l’album qu’il appelle No Craic on the Horizon. “C’était assez foutrement misérable. Il s’est avéré que nous n’étions pas aussi bons que nous le pensions et des trucs se sont mis en travers de notre chemin.”

Lorsque Glastonbury est finalement arrivé vers 2011, il a plu très fortement durant la set de U2 et cela a contrarié le lien habituel de Bono avec le public. Je demande à Mullen s’il était vrai qu’il avait dit “Je ne recommencerai pas” en sortant de scène. "Non, me corrige-t-il : “J’ai dit, plus jamais je ne referai ça. Plus jamais je ne ferai de concert où tu as cette distance entre toi et le public.”

“Est-ce que je pense que ça aurait pu être mieux ?”, s’interroge Clayton. “Ouais, ça aurait pu, mais je suis très content que nous l’ayons fait.”

Puis, il y a eu le livret de Bono et Edge pour Spider-Man : Turn Off the Dark, le musical maudit de Broadway qui a rapidement fermé avec une perte rapportée de 60 millions de dollars. Et Edge de confier : “Nous avons passé des moments merveilleux et je ne regrette pas mais c’est vraiment devenu une sorte de cauchemar. Nous avons dû nous impliquer dans des aspects du spectacle qui me mettaient mal à l’aise. Je ne voudrais pas être impliqué à ce degré dans quelque chose de comparable à nouveau. C’était bien trop difficile.”

En 2011, U2 bossait simultanément sur trois albums : le jamais achevé Songs of Ascent ; un plus electro avec le producteur de Lady Gaga, RedOne ; et un dernier avec le producteur des Black Keys et de Gnarls Barkley, Danger Mouse. Et Clayton d’expliquer qu’ils avaient décidé de “sortir de la route” avec leurs collaborateurs semi-réguliers Brian Eno et Daniel Lanois et qu’ils avaient besoin d’un autre reboot comme en 1991 avec Achtung Baby ou en 2000 avec All That You Can’t Leave Behind. “Nous avions besoin de nous réinventer et de nous revitaliser.”

“Le plus facile aurait été une tournée avec nos plus grands tubes”, d’enchérir Mullen. “Nous pourrions le faire pendant des années. Je n’étais tout simplement pas prêt à partir en flammes avec le dernier disque. Ce n’est pas une manière de finir sa carrière. Lance-toi avec ce en quoi tu crois vraiment. Des interrogations se sont posées, du genre : pouvons-nous le faire ? Est-ce possible pour nous ?”

Les sessions avec Danger Mouse (terminées avec des producteurs supplémentaires dont Paul Epworth) sont devenues Son gs of Innocence lorsque Jimmy Iovine, l’ex-magnat du disque qui travaille actuellement pour Apple, a dit à Bono : “La personne que tu as besoin d’être pour faire cet album, elle est très loin d’où tu vis.”

“Il m’a jeté le gant”, renchérit Bono. “Es-tu prêt à y aller ? Es-tu prêt à te poser ces questions dures ? Et je me suis posé ces questions difficiles sur la raison pour laquelle je voulais appartenir à un groupe, en premier lieu. Voyez-vous, je ne suis pas allé voir un psy. Je devrais. Je suis allé là. Et il y a des conséquences surprenantes.”

Cet album décrit des épiphanies musicales, des tragédies personnelles, des amitiés d’enfance et des aspects de la vie dans l’Irlande des années 1970. Aux débuts de U2, Bono évitait de chanter à la fois au sujet de l’église catholique et des problèmes. “Je pense que se rendre n’importe où là dehors était un grand élément d’imagination, aussi la dernière chose que nous voulions faire était de s’appesantir sur la dure réalité de notre situation”, de reprendre Edge.

Aujourd’hui, cependant, Sleep Like a Baby Tonight est une berceuse furieusement sarcastique envers un prêtre pédophile, tandis que Raised By Wolves décrit un triple bombardement au moyen de voitures piégées dans Dublin en 1974, la plus mortelle des attaques terroristes de l’histoire irlandaise. L’un des meilleurs amis de Bono a été le témoin de ce massacre. Le chanteur s’interroge pour savoir si ce n’est pas l’une des raisons pour lesquelles il est attiré par les chansons politiques.

(à suivre)

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