U2 : ‘C’est le boulot de l’art que de diviser’ (Fin) - U2 France
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U2 : ‘C’est le boulot de l’art que de diviser’ (Fin)

mercredi 24 décembre 2014 / par Corine/Dead / Tags:

Trente ans après être devenu le plus grand groupe au monde, Bono & co polarisent toujours autant l’opinion. En pause sur la Côte d’Azur, ils ont parlé de l’Irlande de leur jeunesse, le cadeau de leur album par Apple – et pourquoi Bono travaille avec des personnes qu’il exécrait autrefois.

par Dorian Lynskey

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“Pourquoi j’écris des chansons sur la violence politique ?”, interroge-t-il. “D’où cela vient-il ? Et, je pense que c’est la raison. C’était très perturbant de comprendre que ma vie d’ado était largement dominée par des souvenirs de violence et que ma vision du monde était forgée par cela. Il se pourrait que cela signifie une sorte de défaut psychologique en moi, mais je me sens le plus à l’aise au beau milieu de la dispute la plus grosse, bruyante, chaotique et pleine de hurlements.”

Alors que nous discutons, il formule une nouvelle théorie sur cet album. (Il aime les nouvelles théories.) Il s’agit vraiment de brutes, dit-il, que ce soient des prêtres, des terroristes, des enseignants cruels, de gars en bottes au coin de la rue ou de patriarches abusifs. “Je me souviens de ces brutes”, ajoute-t-il sombrement. “Ces pères qui brutalisent leurs mômes, ce mari qui brutalise sa femme. Je ne supporte pas les brutes. Je ne Ies supporte pas en ligne. Je ne les supporte pas face à moi. Exister en dégradant quelqu’un d’autre.”
Il se met en colère au sujet des trolls en ligne, pas pour lui mais en raison des dégâts qu’ils causent aux gens sans la protection du succès. “L’internet, c’est comme l’humanité qui viendrait tout juste de découvrir le feu. Qu’allons-nous faire de cela ? C’est très excitant, c’est très inquiétant. On peut dire des merdes de dingues là-dessus.”

L’une des décisions les plus controversées de Bono a été de fraterniser avec des politiques impopulaires, plus notoirement George W Bush, afin d’atteindre les objectifs qui lui importent tels l’annulation de la dette et un traitement contre le sida et la séropositivité. Les critiques clament qu’il est le défenseur du néo libéralisme, s’acoquinant jusqu’avec le 1 % (incluant Bill Gates et l’économiste Jeffrey Sachs) pour tacler les problèmes causés par ce 1 %. Il s’auto-qualifie de “social démocrate né” mais c’est également quelqu’un de pragmatique et d’optimiste qui croit que l’on peut persuader les gens de faire la juste chose. Il dit souvent qu’il finit par apprécier ces personnes puissantes qu’il considérait auparavant comme “Lucifer”.
Allez, lui-dis-je. Ce ne peut être la seule histoire. Surement qu’il a rencontré certaines personnes dans les affaires ou la politique qui étaient aussi toxiques qu’il l’avait craint.

“Ouais, il n’existe que peu de personnes où j’ai voulu prendre une douche après leur avoir serré la main”, concède-t-il. “Même récemment. Mais je ne crois pas aux individus puissants ni aux cultes de la personnalité, moi-même inclus. Je crois aux mouvements sociaux et en leur pouvoir de changer les choses.”

Récemment, il a mis en sourdine l’avocat de la bonne cause sur le devant de la scène pour se concentrer sur les coulisses de l’activisme, telle la bataille pour une loi pour promouvoir la transparence et combattre la corruption dans le monde en voie de développement. Il admire la campagne de Matt Damon (“C’est le meilleur car il use de l’humour comme arme”) mais concède que ce n’est pas approprié pour lui, dans l’immédiat.

“Je suis passé du devant de la maison à la pièce à l’arrière. je viens de me dire, vois-tu, je peux saisir l’allusion. je ne veux pas démolir les causes pour lesquelles je milite. Je me suis dit que je pourrais utiliser cette absurdité, la célébrité et j’ai réussi à la transformer en monnaie et à aller au boulot avec, mais, ensuite, à un certain stade c’est devenu difficile de faire partie d’un groupe et d’apporter son bagage à cette cause. Aussi, ai-je essayé de garder la tête basse et d’attendre le bon moment pour la relever.”

J’aborde le sujet avec Mullen, qui, par le passé, semblait gêné, par ce vacarme extracurriculaire de Bono. “Il se moque pas mal de ce que les autres pensent, du moment qu’il accomplisse ce qu’il veut, et c’est quelque chose de très courageux”, explique-t-il. “La plupart des gens ne seraient pas en mesure de supporter le vitriol qui va avec. Et c’est quelque chose que nous avons, quelque part, accepté et c’est la raison pour laquelle il est le chanteur de notre groupe – c’est la raison pour laquelle de nombreuses personnes viennent te voir et pour laquelle de nombreuses personnes ne t’aiment pas. Aussi, y a-t-il un peu des deux mais je pense, en gros, c’est un vent arrière positif.”

“Je pense que ce qui fait suer la communauté, en général, c’est que nous continuons de nous pointer dans des endroits où nous ne sommes pas sensés être”, déclare amusé Clayton. “Je le comprends.”

Bien entendu, ce qui a le plus nuit à la réputation d’activiste de Bono a été la décision collective de U2, en 2006, de transférer U2 Ltd, la société de ses droits de publication (pas le plus gros de ses revenus mais une part non négligeable), d’Irlande aux Pays-Bas pour réduire ses impôts. Sa set de Glastonbury a attiré un petit groupe de manifestants qui agitaient une bannière. Edge est rigoureusement impartial sur le sujet. “Était-ce totalement justifié ? Probablement pas. La perception est une pure distorsion. Nous payons vraiment beaucoup d’impôts. Mais, à leur place, j’aurais probablement fait la même chose, ça fait partie du deal.”

Comme les contestataires, je pense que cet arrangement marque mal avec l’œuvre de développement de Bono et on y revient pendant un moment. Il ne s’agit pas de paradis fiscal clandestin offshore, d’insister Bono. “Tous nos trucs sont exposés au grand jour. Comment les gens ont-ils su ? Parce que c’est publié. La sournoiserie c’est quand on ne sait même pas ce qui se passe.” Finalement, nous sommes d’accord sur le fait que nous ne le sommes pas, et la conversation s’oriente vers la législation fiscale favorable aux entreprises en Irlande, actuellement l’objet d’une enquête de l’Union européenne.

“Écoutez, l’Irlande ne va pas se laisser faire. Nous sommes un petit pays, nous n’avons pas d’échelle et notre version d’échelle est d’être novateur et intelligent, et la compétitivité en matière d’impôts a apporté à notre pays la seule prospérité que nous connaissons. C’est ainsi que nous avons obtenu ces entreprises de high-tech, ici. Petit pays, nous n’avons pas de ressources naturelles, nous devons être en mesure d’attirer des gens. Nous avons traversé les années 1950 et 1960, et subi une hémorragie massive de notre population dans le monde entier. Les hôpitaux, pompiers et professeurs sont plus nombreux grâce à la politique d’impôt de l’Irlande.”

L’une des obsessions actuelles de Bono est l’utilisation de commerce à des fins progressives. “En tant que personne qui a passé près de trente ans à lutter pour sortir les gens de la pauvreté, ça a été, d’une certaine façon humble, de comprendre que le commerce jouait une plus grand rôle que le développement. Je dirais que ma plus grande transformation en dix ans a été de comprendre le pouvoir du commerce pour faire ou défaire des vies, et qu’il ne peut être donné comme force dominante de nos existences.”

Il a trouvé le virage de l’apprentissage enivrant. “Je ne veux que savoir et le moyen de connaître des choses est de les faire. Je suis ainsi avec presque tout. C’est quoi ça ? Comment ça marche ? Allons y, voyons ça. C’est très marrant. Je pense que c’est assez dysfonctionnel quand les artistes sont d’un côté, les scientifiques de l’autre et les politiques à leur propre place… Non, je n’ai pas ça. Je veux être en mesure de traverser chaque pièce, d’écouter et d’apprendre.”

En ce qui concerne les puissants avec qui il traite, Bono souligne : “Le moi plus jeune n’aurait aimé aucun d’entre eux”. Je lui demande si certains aspects de cette jeunesse confuse et bien pensante ne lui manquent pas et il me répond en récitant les paroles de The Morning After Innocence, une chanson extraite de Songs of Experience, l’œuvre en cours suite de Son gs of Innocence.

“Le protagoniste le plus vieux demande au plus jeune de l’aider”, explique-t-il. “Le plus gros problème auquel je suis confronté, aujourd’hui, est que je comprends la nature dialectique des choses. Cela peut vous rendre moins clair dans vos réponses.” Il semble nostalgique. “Lorsque j’étais plus jeune, j’avais un avis sur tout.”

L’on oublie souvent combien nombre des textes de Bono se nourrissent de culpabilité et d’auto-récrimination (d’une certaine façon, Achtung Baby est une excuse étendue pour avoir poussé sur la boisson), mais je le soupçonne de s’auto-flageller car il est fondamentalement résistant, retenant la confiance décousue et hâtive qui a fait décoller U2, en premier lieu. Comme il le chante, sur le dernier morceau du nouvel album, The Troubles : “J’ai l’instinct de survie / aussi, peut-on me blesser et me blesser davantage.”

Qui plus est, il est toujours plein de la perspective de la prochaine pièce, prochaine personne, prochain enregistrement, prochain verre de vin. Il a rendu sa vie aussi intéressante qu’humainement possible.

“Cela implique de la passion”, énonce-t-il, vidant son verre, avant de conclure : “Mais, on obtient une bonne table au restaurant.”

Son gs of Innocence est sorti aux formats CD et vinyle le octobre.

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