U2 cible l’intimité pour sa dernière tournée - U2 France

U2 cible l’intimité pour sa dernière tournée

mercredi 27 mai 2015 / par Corine/Dead / Tags:

par MIKAEL WOOD

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(Photo : Chelsea Lauren/Getty)

Pour la formation rock irlandaise U2, le moment où ça a tilté (NDLT : avec une ampoule qui symbolise une idée dans les BD ou dessins animés) a pris la forme d’une vraie ampoule.

Au cours du brainstorming, il y a deux ans de cela, pour la dernière tournée en salles qui a fait étape au SAP Center ici la semaine dernière et s’invitera au Forum pour cinq soirées dès aujourd’hui, les membres du vénérable groupe irlandais ont eu l’idée d’une scène éclairée par une simple ampoule nue. L’image évoque la chambre d’enfance de Bono à Dublin, dans laquelle il a appris à jouer de la musique, et a inspiré le design de ce spectacle à échelle relativement moindre qui fait apparaître le sincère mais décousu esprit de U2 à ses débuts.

Les capacités — et les ambitions — du groupe ont grandi depuis, bien entendu : peu après son ouverture sous cette lampe qui balance, le spectacle s’élargit pour intégrer deux scènes supplémentaires et un écran de la taille d’un panneau publicitaire sur lequel clignotent des visuels à la pointe de la dernière technologie ; le sound system, avec ses enceintes suspendues au plafond et orientées vers le bas (sur le public) sont une autre avancée technologique. Cependant cette production, baptisée tournée Innocence & Experience, partage une étroite intimité avec "Songs of Innocence", l’album fièrement autobiographique sorti par U2, l’an dernier.

"Ce que nous tentons de communiquer, c’est une sorte d’effusion d’émotions, des vies que nous avons vécues par le passé et aller de l’avant vers le futur", d’expliquer Bono. "Nous voulons vraiment que le public soit connecté à la performance de notre groupe."

Cette tournée est également l’occasion pour U2 de se repositionner publiquement après son contrat avec Apple, qui avait déposé "Songs of Innocence" dans les bibliothèques iTunes d’un demi-milliard d’individus et conduit à des réactions véhémentes parmi les utilisateurs qui voyaient dans cette opération une invasion dans leur intimité numérique. Bono s’en était d’ailleurs excusé par la suite — en quelque sorte — sur Facebook, reconnaissant qu’un "soupçon de mégalomanie" avait motivé le groupe ainsi qu’une "crainte profonde que ces chansons dans lesquelles nous avons mis notre vie au cours de ces dernières années ne soient jamais entendues."

Mais ces excuses échouèrent à combattre une perception grandissante que U2, celui autrefois punk qui avait sorti son premier album en 1980, avait trop grandi, était trop présomptueux, trop sûr de sa suffisance. Cette tournée, à dire vrai, contraste avec la sortie massive en stades qui avait amené U2 au Rose Bowl en 2009, cherche à corriger cette impression ou, tout au moins, à souligner un aspect différent et plus personnel du groupe.

Dans la suite d’un hôtel, le lendemain du concert donné au SAP Center, Bono, en compagnie de ses potes de groupe de longue date — le bassiste Adam Clayton, le batteur Larry Mullen Jr. et le guitariste the Edge — défend l’idée que ce nouveau spectacle représente une tentative de contrôle des dégâts.

"Il y a un but à cette intimité", confie-t-il, son visage ne montrant aucun signe de l’accident de vélo qui lui a valu une fracture de l’orbite en novembre dernier. "Nous avons une histoire à raconter et c’est : qu’est-ce qui fait d’une personne un artiste ? Pourquoi vouloir appartenir à un groupe ?"

Pendant le concert, U2 joue baigné dans des vidéo qui reflètent les incidents formateurs de l’adolescence de Bono, incluant la violence politique qui a ravagé l’Irlande dans les années 1970 et le décès de sa mère alors qu’il n’avait que 14 ans. Le spectacle comprend également des références soniques et visuelles à la musique qui a influencé U2 : Kraftwerk, the Ramones, Johnny Cash.

Comme "Songs of Innocence" — qui renvoie explicitement aux débuts du groupe avec des morceaux tels que "Iris (Hold Me Close)", le prénom de la mère de Bono, et "Cedarwood Road", la rue dans laquelle il a grandi — le concept de Innocence & Experience plaide en la faveur du fait que U2 n’a pas perdu le contact avec les forces qui l’animent.

"Peu importe comment cet album est sorti, nous tournerons avec. Nous jouerons ses morceaux", d’argumenter Mullen. "C’est ce que nous faisons."

Pourtant, nos musiciens reconnaissent que ces concerts leur donnent l’opportunité de représenter leur nouvel album. Malgré sa sortie très médiatisée, "Songs of Innocence" n’a pas eu l’impact auquel U2 nous a habitué ; la musique semblait s’échapper d’une conversation culturelle à une vitesse d’autant plus remarquable étant donné les recrues du groupe parmi de jeunes auteurs-producteurs tels que Ryan Tedder et Paul Epworth, qui ont bossé avec Beyoncé et Adele.

Une partie du problème est dû à l’accident de Bono, qui a contraint le groupe à laisser tomber ses projets de promo dont une période d’une semaine au "The Tonight Show Starring Jimmy Fallon" et une participation hautement médiatisée au concert de KROQ-FM, Almost Acoustic Christmas en décembre. (Pour se rattraper, en quelque sorte, auprès de la puissante station de radio de L.A., U2 donnera un concert sponsorisé par KROQ jeudi soir au Roxy.)

Près de neuf mois après sa distribution, pourtant, il semble clairement que "Songs of Innocence" ait peu profité de sa sortie de nulle part. Bien sûr, l’album a eu sa part d’immédiateté, pas vraiment grâce à son morceau d’ouverture, plein de whoa-oh-oh, "The Miracle (of Joey Ramone)", également le titre avec lequel U2 a ouvert au SAP Center. Mais bien plus avec du matériel — le rêveur "Every Breaking Wave" et "Song for Someone," au tempo de marche militaire — qui se révèle plus doucement. Qui a besoin de ce temps que nombre d’utilisateurs d’iTunes n’étaient pas prêts à accorder à cet album.

"Nous bâtissons nos chansons de sorte qu’elles ne se démodent pas rapidement", d’élaborer the Edge, "et souvent, cela signifie qu’elles prennent un peu plus de temps pour qu’on s’y attache." Et de poursuivre : "Cette tournée est un moyen pour nous d’avoir ces chansons dans la peau."

Le groupe commence à peine à comprendre ce qu’il possède, souligne Bono, avant d’ajouter qu’un titre "face à un public te fait rapidement savoir si oui ou non il marche. Et nous avions un grand nombre de morceaux qui marchent. Aussi, le fallait-il d’autant mieux pour les nouveaux."

Effectivement, les oldies tels que "With or Without You" et "Where the Streets Have No Name" ont inspiré les chants en chœur à San Jose. Mais ça a également été le cas avec "Every Breaking Wave" et "Iris", cette dernière que Bono a dédicacé à Sheryl Sandberg, auteur et cadre de Facebook dont le mari Dave Goldberg, est subitement décédé ce mois-ci.

Ce n’était pas là le seul hochement de tête de U2 envers le monde des nouvelles technologies dans lequel il cherche de plus en plus à être acteur. Un peu plus loin dans le déroulé du concert, alors qu’il encourageait les dons à son organisation RED pour prévenir et fournir des traitements contre le sida, Bono qualifiait Bill Gates de "la plus profonde influence de mon existence entant que militant." Et pour "The Sweetest Thing", notre diable d’Irlandais a invité une femme à rejoindre le groupe sur scène pour filmer sa performance pour le service de streaming en live Meerkat. Hélas, ça n’a pas très bien fonctionné.

"Tu parles d’un embarras", de s’esclaffer Bono le lendemain. "Nous sommes dans la Silicon Valley et pas moyen d’avoir le Wi-Fi dans le bâtiment."

Lorsqu’on lui demande pourquoi ça vaut le coup de poursuivre une pareille singulière entreprise— particulièrement à la lumière d’un risque de difficultés techniques — the Edge rétorque que cela contribue à préserver une part non négligeable d’imprévu dans un spectacle qui, bien que son concept soit personnel, implique des camions pleins d’équipements onéreux et une imposante équipe sur la route attachée à son bon déroulement. Il en va de même, dit-il, pour ce qui est de faire varier la set d’un soir à l’autre et de faire monter un gosse qui avait l’air d’avoir dix ans sur scène, comme l’a fait Bono, la semaine dernière pour l’aider à interpréter "City of Blinding Lights".

"Il faut qu’il y ait de l’aléatoire", d’enchérir notre chanteur leader. "Parfois, le hasard nous rend humbles. Et d’autres fois, ça emmène le spectacle dans une autre dimension."

Au SAP Center, U2 a atteint ce niveau — ce lieu, dit Bono, pour lequel les personnes viennent aux concerts de U2 pour en gagner l’accès — au cours d’une émouvante reprise de "Pride (In the Name of Love)", son tube du milieu des années 1980 extrait de "The Unforgettable Fire". D’un côté, ce titre plaît assurément au public, avec un déferlement de groove et des paroles qui livrent la signature marque de U2 d’implication sociale passionnée.

Cependant, Bono insiste sur le fait que cette chanson, que le groupe, dit-il, n’avait pas prévu de jouer au départ sur cette tournée, fonctionne toujours aussi bien seulement parce qu’elle arrive à la fin d’une longue séquence multimedia dans laquelle le groupe semble interagir avec des décennies de conflits en Irlande et les plus récents troubles de Baltimore et Ferguson, dans le Missouri. Sombre, mais étonnament pleine d’optimisme, cette partie de la performance s’opposait à la nostalgie qui avait alourdi le retour conscient de U2 à sa jeunesse.

"Le mot ’rhema’ dans les saintes écritures signifie ’vivant’", de préciser Bono dans un moment de Bono-ness maximal. "J’aime cette idée qu’une chanson soit en vie et puisse représenter à nouveau le présent."

Peut-être, est-ce là une autre façon de dire qu’une vieille chanson peut rester utile ?

"Exactement", de s’exclamer the Edge avant de conclure : "Lorsque nous parlons de rester cohérents, c’est ce que nous tentons de maintenir — que cette musique sert toujours à quelque chose. Et que nous, en tant que groupe, servons encore à quelque chose."

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