U2 de Songs Of Innocence : première critique - U2 France

U2 de Songs Of Innocence : première critique

mercredi 8 octobre 2014 / par Corine/Dead / Tags:

Trois ans de réalisation, mais achevé frénétiquement à l’arrache à la dernière minute, U2 délivre le temps fort de sa carrière.

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U2 by Paolo Pellegrin

par TOM DOYLE

Étant donné le brouhaha qui a entouré son moyen de distribution, comme cela avait déjà été le cas pour Radiohead et son In Rainbows, peut-être qu’il faudra du temps pour que les gens s’en remettent et écoutent comme il se doit Songs Of Innocence. Mais alors que les râleurs en ligne râlaient et que les fidèles s’enthousiasmaient, une autre vérité commençait à se faire jour : aimez-les ou détestez-les – et malgré, pour notre quatuor, sa gestation frustrante à faire grincer les dents – il s’agit là du plus frais, énergique et cohésif album de la formation rock irlandaise U2 depuis des années. Peut-être même parce que ses membres ont recommencé encore et encore à partir de rien et qu’il sort tout chaud des presses (NDLT : enfin, on pourra dire ça du format vinyle ou CD même ;-)). Ce titre envolée lyrique de William Blake nous offre une autre vérité. Un album librement concept qui trouve ses racines dans l’autobiographie de nos quatre diables d’Irlandais et son plus candide à ce jour en terme de textes.

À la lumière du mastodonte international qu’il est devenu, il est aisé d’oublier combien rude et invraisemblable fut l’ascension de U2, en réalité. Les moments clefs de Songs Of Innocence nous renvoient dans le passé en 1977 alors que le groupe n’était que The Hype, expérimentant les épiphanies du punk – rappelées dans les riffs bruts et l’exultation de The Miracle (Of Joey Ramone), et la rédition volontaire au Clash dans This Is Where You Can Reach Me Now – transformé, mais qui avait encore à trouver sa propre voix. Pas la plus cool (Bono, dans les notes d’accompagnement, se remémore une brochette de l’assistance balançant lors d’un concert des débuts de U2, “Plus punk dans The Monkees !”… (NDLT : Les Monkees sont plus punk !) et avoir grandi dans un pays mené par la violence : les voyous dans les rues en plus des meurtres politiques.

Ce sont ces derniers qui expliquent la colère sombre et lancinante de Raised By Wolves. En mai 1974, quatre voitures piégées ont détonné en même temps à Dublin et Monaghan, faisant trente-trois morts, la première dans Talbot St dont réchappa de justesse l’ami Bono alors âgé de quatorze ans car il avait eu la bonne idée ce jour-là de prendre son vélo pour aller à l’école et de rentrer directement chez lui, au lieu d’emprunter sa traditionnelle route qui le menait à la boutique de disques de cette même rue. Son ami Andy Rowen n’a pas eu autant de chance, enfermé dans le van de son père il a assisté aux premières loges à cette horreur, cet incident en a fait l’accro à l’héroïne (aujourd’hui guéri) dépeint dans Bad (sur The Unforgettable Fire, sorti en 1984). Toujours furieux en raison de cet incident, Bono – qui parle souvent d’une carrière alternative comme reporter de guerre – explore les détails, jusqu’à la plaque d’immatriculation (1385-WZ) de la Ford escort bleue volée dans laquelle était planquée l’engin de mort.

“Il s’agit là du plus frais, énergique et d’une cohésion saisissante album de la formation rock irlandaise U2 depuis des années.”

Et le doigt accusateur n’est pas seulement pointé là. La fausse berceuse à la manière des synthés de Kraftwerk qui bât de Sleep Like A Baby Tonight toile de fond d’un texte taclant un enfant abusé dans l’église : “Dans tes rêves tout va bien / Demain ressemble au suicide d’un autre.” Ailleurs, quiconque rejetant un titre de U2 du nom de The Troubles pourrait être surpris de découvrir que sa fin est plus ouverte et traite tout autant, comme éclairée par la participation de Lykke Li, des relations fratricides entre genres que de factions religieuses belligérantes.

La moitié d’une vie est une période qui porte à la réflexion et c’est ce qui produit les éléments personnels les plus saisissants de Songs Of Innocence. S’ouvrant sur des vagues d’effets sonores, en référence à Quadrophenia, California (There Is No End To Love), qui parle du premier voyage de U2 dans le Golden State (l’état doré), montre notre chanteur libéré de son décor trouble et endeuillé et plongeant dans la “mer brillante”.

Certaines chansons s’adressent directement à ses amis d’enfance Guggi et Gavin Friday et leur vieil endroit de zone (la super Cedarwood Road) et l’amour d’adolescence de notre diable d’Irlandais, devenu sa fidèle épouse souffrante Ali, (la planante Song For Someone). Après avoir écrit indirectement sur sa mère – qui s’est écroulée lors des funérailles de son père d’une rupture d’anévrisme lorsque notre frontman avait 14 ans – dans Lemon extrait de Zooropa sorti en 1993, Bono vide son cœur littéralement sur Iris (Hold Me Close), la comparant à une étoile disparue dont la lumière brille toujours en lui. C’est à s’en faire exploser le cœur. Plus encore, elle ajoute de l’humanité à l’homme derrière les verres fumés.

L’image de Bono est figée dans le marbre, et pas, pour de nombreuses personnes, toujours de la meilleure façon. Mais Songs of Innocence re-connecte U2 au groupe à sa naissance bien éveillé, strident et en recherche, rappelant non seulement à nous mais également à celui-ci ses débuts improbables. Il en résulte son meilleur et plus thématiquement achevé album depuis Achtung Baby. Mais en lorgnant du côté de son passé, U2 a retrouvé sa voie vers le futur.

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