En Irlande, un mardi de Grâce (Part I) - U2 France

En Irlande, un mardi de Grâce (Part I)

mercredi 23 juin 2010 / par Corine/Dead / Tags:

par Bono

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Les deux côtés de la frontière mardi dernier ont été témoins de l’une des plus extraordinaires journées dans l’histoire tachetée de l’île d’Irlande.


Le très attendu et onéreux rapport de Saville ... les douze ans d’enquête sur le “Bloody Sunday,” un jour que l’on n’oubliera jamais dans la politique irlandaise ... était enfin publié.


En ce 30 janvier 1972, des soldats britanniques tiraient sur les participants d’une manifestation en faveur des droits de l’homme dans la zone majoritairement catholique de Bogside à Derry, faisant quatorze victimes.


Ce jour allait mener au conflit entre les deux communautés en Irlande du nord, les catholiques nationalistes et les protestants unionistes, pour monter en flèche dans une autre dimension : chaque Irlandais conscient ce jour-là avait en tête l’image d’Edward Daly, plus tard évêque de Derry, tenant un mouchoir ensanglanté en l’air alors qu’il soignait vaillamment blessés et mourants.


Ce fut le jour où les paramilitaires des deux côtés devinrent les voix les plus fortes dans ce conflit, un jour qui vit les gens faire la queue pour renoncer à la paix ... pour la plupart de jeunes hommes mais également des femmes qui en avaient assez de l’empire et envisageaient désormais tous les moyens nécessaires — pourtant violents ou affreux — pour la pousser de leur coin.


Ce fut le jour où mon père cessa de parler à notre famille de l’autre côté de la frontière dans l’Ulster parce que, comme il le disait, les “Nordistes avaient perdu leurs billes.” Et que nous étions une maison catholico-protestante.


Contrastez tout ceci avec mardi dernier ... une belle journée sur notre petit rocher dans l’Atlantique nord. Les nuages suspendus au dessus de nos têtes pendant 38 ans étaient bizarrement absents ... la belle lumière du jour de la justice semblait avoir chassé au loin les ombres et stéréotypes du passé. Personne ne se comportait comme on l’attendait. Le monde rompait la rime.


Un tout nouveau Premier ministre, encore dans son emballage, déclarait des choses que personne n’aurait imaginé qu’il voudrait ... pourrait ... prononcer ....


“Au nom de notre pays, je suis profondément désolé.”


Et il y eut plus ....




“Ce qui est arrivé n’aurait jamais dû arriver,” de déclarer le nouveau Premier ministre, David Cameron. “Certains membres de nos forces armées ont vraiment mal agi. Le gouvernement est responsable de la conduite de ces forces armées. Et pour cela, au nom du gouvernement, effectivement au nom de notre pays, je suis profondément désolé.”


Pour un grand nombre, il était inconcevable qu’un Premier ministre du parti Tory puisse parvenir à faire sortir ces mots de sa bouche. Il était également inconcevable — avant qu’il ait prononcé ce discours articulé — qu’une foule silencieuse rassemblée dans Guildhall Square à Derry l’écouterait, un lieu pas réputé pour son amour des leaders britanniques de quelque couleur que ce soit, et qu’il serait acclamé alors qu’il parlerait sur des écrans spécialement dressés qui avaient plus tôt servi à retransmettre les images de la Coupe du Monde.


Trente huit années ne se sont pas évanouies dans un discours de onze minutes — comment le pourraient-elles, peu importe l’éloquence ou la sincérité de ces paroles ? Mais elles ont changé et se sont métamorphosées, comme David Cameron, qui tout à coup ressemblait au leader qu’il pensait qu’il serait. Du Premier ministre à l’homme d’Etat.


L’humeur de la foule était à la joie. Un groupe de femmes chantait “We Shall Overcome.” Il y avait une surprenante absence de spleen — c’était là une communauté qui avait traversé plus que n’importe qui pourrait le comprendre, montrant une retenue que personne ne pouvait imaginer. C’étail là une joie dignifiante, avec quelques instants théâtraux bien répétés pour souligner cet instant.


En plus de perforer le ciel et déchirer la première enquête du “Bloody Sunday” — une mise en scène par un juge du nom de Lord Widgery qui avait déclaré que les troupes britanniques avaient été provoquées ; ces personnes redessinaient leurs propres visages des images attendues : de stoïques, lèvres serrées et plein de vengeance à de larges, ternes et indescriptibles sourires, libérés de la bile que le monde s’attend souvent trouver de cette géographie.


Derry est une communauté et ces personnes de Derry avaient l’air invitées à un mariage — formelles aussi longtemps qu’elles devaient l’être, attentives à leurs morts mais pas pieuses du tout. Certaines voulaient parler de procès et de poursuites mais la plupart voulaient laisser cette discussion au lendemain.


Des personnages que j’ai appris à détester tel que l’étudiant suffisant de la non violence dans les années 1970-1980 se comportaient avec une grâce qui me laissait gêné de tout mon vitriol. Pendant un instant, cette autre vie que Martin McGuinness aurait pu avoir sembla apparaître sur son visage : un commandant de l’armée républicaine irlandaise (IRA) ce jour là en 1972, qui ressemblait la semaine dernière au pêcheur à la mouche qu’il était, pas l’homme d’armes qu’il était devenu ... un enseignant, pas un terroriste ... un député de première classe, premier ministre.

Bono, chanteur leader de la formation rock irlandaise U2, est co-fondateur de l’ONG ONE et de (Product) RED, il contribue ponctuellement en tant que chroniqueur au Times.

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Voir en ligne : The New York Times

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