La catharsis dans la cathédrale - U2 France

La catharsis dans la cathédrale

mercredi 17 novembre 2004 / par Steph

Source : Taipei Times
Auteur : NY TIMES NEWS SERVICE (DUBLIN)
Traduction : Steph

NDT : Catharsis n. f. Mot d’origine grecque (« purification ») désignant la fonction par laquelle un spectateur de théâtre, notamment d’une tragédie, se trouve « lavé » ou « purgé » de ses passions ou inclinations coupables au spectacle du destin des héros mis en scène. Par extension, on parle aussi de la fonction « cathartique » du théâtre en général (= la purgation des passions)

A travers les fenêtres d’Hanover Quay, le studio de répétition et d’enregistrement que U2 surnomment HQ (NDT : les initiales de HeadQuarters, traduisez Quartier Général) depuis les 20 dernières années, les lumières des rues forment des motifs sur la Liffey, le fleuve qui traverse Dublin, et s’accordent aux sonorités provenant de la guitare de The Edge, alors que le groupe arrive au terme de son nouvel album, How to Dismantle an Atomic Bomb (Interscope).

Alors qu’ils se préparent à une année de promotion et à partir en tournée suite à la sortie de leur album le 23 novembre (NDT : chez nous le 22), U2 se sont lancés dans un travail méthodique, qui consiste en l’arrangement des titres studios en compositions leur permettant d’enflammer les salles à nouveau. U2 sont attendus pour une poignée de shows à petite échelle ce mois-ci, incluant une apparition le 20 novembre au Saturday Night Live, et démarreront leur tournée mondiale (salles et stades) le 1er mars à Miami.

The Edge a une douzaine de guitare à ses pieds, et un assistant note quelle guitare, avec quels effets et quels réglages seront utilisées pour chaque section de chaque chanson. Larry Mullen à la batterie, et Adam Clayton à la basse, scrutent la piste rythmique, pour ne pas perdre le fil.

Alors que le groupe se plonge dans Vertigo et All Because of You, le son du U2 des débuts — une puissance digne des Who — refait surface avec 25 années d’expérience, d’expérimentations et de succès en plus. Bono se tient debout, une jambe en avant et l’autre en retrait, et se balance sur "I’m at a place called Vertigo/It’s everything I wish I didn’t know/Except you give me something I can feel".

La limite entre l’intellect et la passion, entre le pragmatisme et la foi, pilote les chansons de How to Dismantle an Atomic Bomb ; tout comme les riffs de guitare contoneux, les crescendos galvanisés et assurés des vocaux. L’album se place aisément parmi les meilleurs de la carrière de U2, — Boy, War, The Joshua Tree et Achtung Baby — et, chanson pour chanson, est plus consistant que n’importe le quel d’entre eux.

Depuis la sortie de Boy en 1980, U2 est passé par des phases musicales qui ont coincidé avec les changements de décénnies. Le groupe a débarqué avec un son très ouvert, qui l’a immédiatement détaché du punk et du métal, et qui a largement été imité depuis. Puis, est venue l’influence du blues américain et de la country. Dans les années 90, U2 sont passés de leurs racines au futuriste, en mettant de coté de façon délibérée leur vieux son, pour aller prendre leur pied avec les distortions, le funk, et l’électronique. Chaque métamorphose a au moins donné naissance à un superbe album.

"C’est plus ma faute que celle de The Edge, de se mettre des oeillères et de partir dans une direction différente", raconte Bono. "J’ai senti que l’esprit du groupe était si puissant, que même détruit, brulé jusqu’à l’extrème, on le reconnaitrait encore, et c’est ce que nous avons fait durant les années 90’.

En 2000, avec All That You Can’t Leave Behind, U2 décide de cesser de renier son passé, et laisse la musique s’exprimer avec plus de clarté. Les quatre premieres chansons qui démarrent l’album sont devenus des hymnes d’espoir et de détermination, en particulier après le 11 septembre, mais le reste était en décalage.

How to Dismantle an Atomic Bomb renoue aussi avec les accords ouverts et les espaces résonnant du vieux U2, mais il a plus de punch, il s’abandonne plus, avec une grandeur authentique. Comme à l’accoutumée, les chansons ne s’embarassent pas de sujets simples : Bono chante sur la mortalité, le sens de la vie, la justice sociale, la célébrité, la science, et l’intimité de l’amour. Sur une grande partie de cet album, et plus particulièrement sur des ballades construites lentement comme Sometimes You Can’t Make It on Your Own et One Step Closer, les paroles reflètent les relations de Bono avec son père, décédé en 2001.

La mère de Bono était Protestante, et son père Catholique, et lorsqu’il était à l’école, il était régulièrement pris à partie lorsqu’il passait dans un quartier Catholique avec son uniforme d’écolier Protestant. Juste après l’élection prédidentielle américaine, Bono affirme "Je n’aime pas beaucoup parler de ma foi, parce que je n’ai pas envie de me facher avec le peu de personnes avec qui je pourrais en parler".

Cette nuit là, Bono avait mis de coté son autre métier, et apparu en tant que bon samaritain freelance. "Sauver le monde est maintenant une corvée de tous les jours", plaisante-t-il. Il devait se rendre à Madrid, pour assister à un défilé au profit d’Edun, une marque de vêtements que lui et son épouse possèdent ; les vêtements sont faits en Afrique avec des textiles manufacturés dans les pays en voie de développement, un symbole de la conviction de Bono qui consiste à dire que les pays pauvres ont finalement autant besoin de commerce que d’aide. Il portait une paire de jeans Edun, une veste sport noire, et une chemise bleu nuit, déboutonnée pour laisser apparaitre une croix en bois autour de son cou.

Tandis que l’album était encore en chantier, Bono jonglait entre ses missions politiques, — parmi elles, le soulagement de la dette des pays pauvres, et l’acheminement de médicaments pour juguler le sida en Afrique —, et ses obligations envers U2, dont l’écriture des chansons a toujours été collective. Cela a laissé à The Edge plus de temps pour travailler les structures et les arrangements, en attendant les melodies et les paroles de Bono. "Il semble que je sois plus efficace à faible doses", dit Bono, "je n’ai pas besoin d’être là pour le gros-oeuvre de la mine".

Les autres membres du groupe affirment que les allées et venues de Bono de les dérangent pas. "Je n’échangerais pas ma place contre la sienne, même pour un milliard de dollars", dit Mullen. "Je fais de la musique, c’est pour cela que j’ai rejoint un groupe".

Alors que Bono allait rencontrer les chefs d’Etats du monde entier, The Edge empilait des stocks de parties de guitares agressives. "L’album a démarré sur un banco de Edge", dit Bono.

Au début de l’année, U2 se tourne vers Steve Lillywhite, qui a prduit les premiers albums du groupe. "Il comprend notre sens de l’improvisation, on est retournés dans notre parc de bébé", dit Bono. Alors que la fin de l’échéance de l’album approchait, U2 font appel à d’autres de leurs producteurs du passé, — Flood, Daniel Lanois, Nellee Hooper — et s’associent avec un jeune technicien clavier, Jacknife Lee.

Bien que celà ait pris longtemps pour travailler les structures des chansons, la plupart des titres furent enregistrés rapidement. Selon Bono, "la peinture est fraiche, même si on a mis du temps à la passer". Les vocaux de Sometimes You Can’t Make It on Your Own, une chanson avec laquelle Bono a bataillé pendant des années, furent enregistrées en une seule prise.

La conversation avec Bono débouche inévitablement sur des souvenirs personnels, les théories économiques, la musique, où en est U2 et où en est le monde. Plus en citations qu’en donnant le nom de leurs auteurs, Bono mentionne ses discussions avec, parmi d’autres : le premier ministre Ethiopien ; Wim Wenders ; Beyonce Knowles ; Johnny Cash ; et Steve Jobs, le chef executif d’Apple. U2 sortira son propre iPod ce mois ci.

L’alternative de U2 à l’ère du téléchargement, c’est d’offrir un collector aux fans qui veulent plus qu’un simple CD. Une édition spéciale de l’album avec un DVD bonus, un livret à couverture cartonnée, incluant des peintures de Mullen, des photos de Clayton, des bizarreries Internet dégottées par The Edge, et des paroles et de petites pensées manuscrites de Bono. L’une d’entre elle explique comment désamorcer une bombe atomique : ’Ne construisez pas de bombe !’

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