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Paul McGuinness, 35 ans à guider ’Le plus grand groupe au monde’ (Part II)

lundi 20 janvier 2014 / par Corine/Dead / Tags:
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Paul McGuinness et The Edge en 2010 à l’Olimpico Stadium de Turin, Italie, lors de l’ouverture de la partie européenne de la tournée U2360 de U2. Photo : Eoin McLoughlin

par Ray Waddell

Ce ne sont pas tous les groupes qui mettent une telle priorité sur la tournée et certainement que les tourneurs n’étaient pas aussi hautement estimés par l’industrie musicale en général à cette époque.

Paul McGuinness : Ça a été fascinant au cours de la dernière décennie ou plus de voir le changement de statut et de regard sur cette industrie et les personnes du domaine des concerts. Je me souviens qu’au début des années 1980, les labels tendaient à se comporter de manière très patriarcale et hautaine envers les pros du concert qu’ils considéraient un peu comme des forains. Cela a changé pour les artistes, pour les exécutants et pour les journalistes.

Lorsque j’ai commencé à bosser aux États-Unis pour la toute première fois, ça correspondait à la période au cours de laquelle U2 enregistrait son premier album. Je me suis rendu à New York et ai essayé de décrocher un rendez-vous avec Frank Barsalona mais mon père est mort en Irlande. J’ai appelé le bureau de Frank et ai dit : “je ne vais pas pouvoir honorer ce rendez-vous que vous alliez me donner car mon père est décédé et je reviendrai la semaine prochaine.” Il accepté de voir ce gars dont le père venait de mourir et nous sommes devenus très proches après cela. C’était un grand soliloqueur et j’étais très heureux de l’écouter assis dans son bureau.

Nous avons parlé tous deux de Frank Barsalona l’an dernier lors d’un diner en son souvenir et voir tous ces promoteurs avec lesquels vous avez travaillé à vos débuts, ça a dû être génial pour vous.

Paul McGuinness : C’est vrai, c’était genial de voir toutes ces vieilles fripouilles dans la meme pièce [il rit].

C’étaient des vieilles fripouilles mais vous aviez besoin d’eux pour croire en vos artistes et dans le modèle de cette industrie à l’époque, s’ils croyaient en eux, bossaient bien pour les faire passer des clubs à la chaîne des salles.

Paul McGuinness : Absolument et je continue de travailler avec un grand nombre de ces gars ou les entreprises qui leur ont succédés qu’ils ont rejoint. Le gros changement de notre industrie, je suppose, est intervenu lorsque nous avons cessé de bosser avec les agents. Nous avons réussi à bien bosser avec Premier et Wasted Talent tout au long des années 1980 et 1990 jusqu’en 1997, avec la tournée PopMart. C’était le première tournée que nous faisions Michael Cohl et Arthur Fogel, qui s’appelaient TNA à l’époque. Ça a été un gros changement mais c’était nécessaire en raison des coûts excessifs des productions en stades impossibles à financer par le groupe.

Il y avait toujours du danger – on ne savait jamais quand un concert allait tomber à l’eau, être annulé ou autre. Le groupe supportait intégralement le risque. La tournée Zoo TV [en 1992] est celle que nous avons financée nous-mêmes et c’était effrayant. Sous-traiter les grosses tournées aujourd’hui est absolument normal et tout le monde sait comment ça marche, mais à l’époque ça a été très difficile d’expliquer à Frank que nous ne voulions plus travailler avec Premier et il m’a fallu avoir la même conversation avec Ian Flooks.

Je suis heureux de dire que Ian et moi-même sommes toujours amis, bien qu’il ne soit plus dans cette industrie. Frank et Barbara ne sont plus avec nous mais je sais que cela a été très douloureux pour eux.

Pour PopMart en 1997 il y avait une situation de mises pour les droits de promotion et cela a donné d’étranges associations chez certains des partenaires en lisse.

Paul McGuinness : Oui, en gros nous avons traité ça un peu comme une transaction de société. Nous avons invité les enchérisseurs pour la tournée, avons mis en place certains paramètres. Je me souviens d’un document très formel du nom de ITB (invitation à miser) et nous avons envoyé ça aux parties intéressées et certaines d’entre elles ont formé des consortiums. Au final avec le groupe, nous avons choisi Michael et Arthur, et nous avons toujours bossé avec Arthur [aujourd’hui président de la partie international des tournées Live Nation Entertainment] depuis.

À peu près à l’époque de Zoo TV vous avez pris la decision d’investir beaucoup d’argent dans la production. À quoi correspondait cette philosophie ? S’agissait-il de donner de la valeur aux fans, à l’art ou était-ce une simple motivation commerciale ?

Paul McGuinness : La vidéo se développait d’une manière incomparable par rapport aux années 1980. Philips possédait PolyGram, alors propriétaire d’Island Records. Philips avait développé une technologie vidéo novatrice et naïvement je me suis dit que ce serait une sorte de sponsorship naturel et qu’ils paieraient quelque chose pour avoir cette technologie à disposition. C’était la parfaite intégration verticale pour Philips, pour le matériel informatique, et PolyGram, pour le logiciel.

À l’époque, j’ai essayé d’intéresser Alain Levy, à la tête de PolyGram, et il l’a été. Il a su saisir l’opportunité mais il ne parvenait pas à la faire accepter à Philips à Eindhoven [aux Pays-Bas], où se trouvait le siège. Il nous a fallu acheter nous-mêmes de nombreux équipements de chez Philips, ce qui était extrêmement agaçant — inexplicable, réellement.

Des années plus tard, Jan Timmer, qui était à la tête de Philips, a assisté à un concert de U2 aux Pays-Bas et il a vu toute cette technologie fabriquée par Philips, et Bono lui a dit : “Jan, comment se fait-il que vous n’ayez rien pu faire pour ces écrans et ces télévisions ?” Et Jan lui a répondu ce truc très bizarre : “Bono, permettez-moi de m’expliquer. Parfois dans de grandes entreprises telle que Philips, même le patron ne peut avoir ce qu’il veut”, c’était pathétique de dire ça.

À propos du rachat d’Island par PolyGram, l’on rapporte que le groupe a récupéré trente millions de dollars en actions lorsque la transaction s’est faite pour trois cents millions de dollars. Ça semble avoir été une tournure des événements fortuite pour U2.

Paul McGuinness : Nous n’avons jamais confirmé ces chiffres mais nous étions en partie investisseurs d’Island lorsque l’accord a eu lieu avec PolyGram. C’est arrivé parce qu’à un moment Island éprouvait quelques difficultés à nous payer après le succès de "The Unforgettable Fire". Aussi, plutôt que d’être payés, nous avons opté pour des parts d’Island, et l’année d’après [1987] The Joshua Tree a bien évidemment fait une énorme différence dans cet environnement. Island était encore indépendant à l’époque de The Joshua Tree, et il s’est classé No. 1 dans le monde entier avec une licence différente dans chaque pays. Aussi lorsque PolyGram a acheté Island, nous avions largement mérité de participer à ce succès.

"The Joshua Tree" a tout changé pour U2. À l’époque, vous semblait-il être un disque unique qui pourrait catapulter le groupe à un tout autre niveau ?

Paul McGuinness : Ouais, il a eu deux titres qui se sont classés No. 1 des singles aux États-Unis, “With or Without You” et “Still Haven’t Found What I’m Looking For”. Je me souviens avoir joué ce disque au début de l’année 1987 à un groupe de licenciés d’Island, que j’étais parvenu à rassembler à Cannes pour le MIDEM – en fait, au Carlton, où aura lieu le petit déjeuner pour la remise du prix [Billboard Industry Icon. J’avais loué une modeste suite et je jouais ce disque pour les personnes qui devaient le vendre au monde entier.

Ils l’entendaient pour la première fois et leurs yeux brillaient. Je les entendais penser : “Oh, ouais, on va décrocher une prime. On va bien marcher avec ça.”

Lorsque l’on joue de la musique à ceux qui doivent la vendre et la promouvoir sur les ondes radio, il faut la vendre en magasins, la réaction est très viscérale et je me souviens que c’est ce que j’ai éprouvé ce jour-là dans cette pièce. C’était très excitant et je savais alors – en fait, probablement que je le savais déjà – que ça allait cartonner.

Je suppose que vous avez assisté à quelques unes des sessions d’enregistrement et que vous aviez écouté des morceaux. Vous avez dû sentir que quelque chose d’unique se produisait.

Paul McGuinness : Absolument. C’était un disque génial et ses producteurs Brian Eno et Danny Lanois, c’était la première que nous faisions ce qui allait par la suite devenir une procédure presque standard. Steve Lillywhite viendrait pour finir l’album et prendre des décisions pas toujours bien accueillies par Brian et Danny. Mais Steve avait joué un role clef pour de si nombreux disques de U2 qu’il ne faudrait jamais l’oublier.

Lorsque "The Joshua Tree" a cartonné comme il l’a fait, comment avez-vous procédé pour poursuivre le développement de U2 ?

Paul McGuinness : En commençant avec deux singles tubes, la une de Time magazine, un classement No. 1 dans le monde entier – nous avons plutôt bien tourné dans le monde entier. C’est alors que nous avons décidé de tenter de réaliser un film qui ferait connaître le groupe à encore plus de monde. C’était “Rattle and Hum” [en 1988] avec [pour producteur] Jimmy Iovine. En fait, ce n’était pas la première fois que nous travaillions avec Jimmy, puisqu’il avait mixé les cassettes pour "Under a Blood Red Sky". Jimmy avait été déçu de ne pas avoir décrochée la production de "The Unforgettable Fire", aussi avons-nous décidé de lui confier la réalisation d’un film, avec le sentiment que c’est cela qui allait permettre au groupe d’être reconnu dans le monde entier. Nous avions retenu à titre d’exemple Elvis, les Beatles, etc. qui avaient accompli de grandes choses grâce à ces films ou quelques unes dans le cas d’Elvis.

Le film et l’album qui l’accompagnait en quelque sorte pris le contrôle de la tournée. Nous avons fait le film avec notre propre argent et avons réussi à le vendre à Paramount, qui voulait le distribuer très largement. Il est sorti sur presque mille deux cents écrans aux États-Unis, ce qui a l’époque était énorme. Notre plan était de promouvoir le film en décrochant un classement en pole position pour l’album avant, ce qui a été le cas, et ensuite le film cartonnerait, c’est en tout cas ce que nous pensions.

Malheureusement, ça n’a pas marché comme nous l’espérions, et en gros, le film ne parlait qu’aux fans de U2, qui l’adoraient, mais il n’a pas permis d’élargir le public ni d’attirer plus de monde dans les salles. Le week-end d’ouverture a été bizarre. La soirée de vendredi a cartonné, celle du samedi a été des plus modestes et celle du dimanche affreuse. Je me souviens avoir conduit dans LA avec les dirigeants de Paramount, Barry London et Sid Ganis, avec qui nous avions bossé [sur ce projet]. Le vendredi soir, tout le monde était excité, le samedi nous commencions à nous inquiéter et le dimanche nous savions que c’était fini et que le public du film serait extrêmement limité.

Paul McGuinness, 35 ans à guider ’Le plus grand groupe au monde’ (Fin)

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