TIFF et U2 : l’union parfaite - U2 France

TIFF et U2 : l’union parfaite

mercredi 14 septembre 2011 / par Corine/Dead / Tags:
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Bono, le chanteur de la formation rock irlandaise U2, salue le public avant la projection de "The Ides of March" au festival international du film de Toronto, vendredi 9 septembre 2011. (Photo : AP, Nathan Denette)

par Rick Groen

La semaine dernière, lorsque les lumières ont baissé au Roy Thomson Hall, le public de la soirée de gala pour l’inauguration du Festival international du film de Toronto a pu découvrir un documentaire. Une première pour ce festival qui n’avait jusque là jamais proposé ce genre de long métrage en ouverture. Malgré tout pas de quoi, pas de quoi leur faire craindre pour leurs bijoux, pas l’un de ces traités sur la folie humaine qui plombe le moral. Non, mais pas n’importe quel documentaire non plus – un rockumentaire. Pas avec n’importe quel groupe de rock non plus, entendons-nous bien – From the Sky Down met sous le feu des projecteurs, ce que Cameron Bailey du TIFF qualifie dans une phrase interminable de "le plus grand groupe de rock au monde du moment". Bref, U2.

Alors allons-y, les questions qui sont posent sont évidentes ! Pourquoi rompre la tradition en lançant les festivités avec un documentaire ? Pourquoi ce documentaire en particulier ? En réponse à la 1re interrogation, Bailey joue la corde de la tradition elle-même comme motif : "Il y a toujours eu une forte part de documentaire dans les composantes de notre festival et nous sommes en pays au riche passé en matière de documentaires." C’est vrai, en partie, cependant, avec des noms stellaires tels que ceux de Beryl Fox et Donald Brittain et le National Film Board (NFB) s’effaçant progressivement à chaque décennie, ce "riche passé" est trop souvent cité comme une banalité suffisante. Aussi permettez-moi d’être plus précis pour ce qui est de la seconde interrogation.

Cette année, Nick Broomfield débarque avec son documentaire sur Sarah PalinYou Betcha ! Mais en aucun cas, ce film aurait pu prétendre à cette place de choix, pas plus que la majeure partie de l’œuvre de Broomfield, ni de celui de Michael Moore qui lui a valu sa réputation, Roger & Me, sans la forme originale du documentaire ingénieux fait par le NFB en 1974 par Michael Rubbo – son Waiting for Fidel qui a inventé le stalkumentary (NDLT : mot à mot le documentaire + stalk qui veut dire harceler). Il est plaisant de se rappeler que notre riche passé pénètre jusqu’à notre présent.

Bien entendu, le goût pour la "réalité" filmée est en vogue de nos jours, ou tout au moins, au niveau populaire, un goût pour la version soft de "télé réalité" s’accompagnant inévitablement de chants et de danses par des célébrités de divers domaines. Ce qui nous amène tout naturellement à la seconde question : pourquoi ce documentaire consacré à U2 ? Certainement que le groupe a l’habitude de la caméra – ces gars ont déjà par le passé paradé sur le grand écran, dans des longs métrages tels que U2 : Rattle and Hum et U2 3D. Même Davis Guggenheim, le réalisateur de From the Sky Down, a déjà eu l’occasion de flirter avec le groupe, mettant en scène The Edge dans son étude sur les guitaristes de rock, It Might Get Loud.

Naturellement, dans ses explications, Bailey use d’un stratagème pour rééquilibrer les choses, rappelant que Guggenheim a été oscarisé pour un autre documentaire An Inconvenient Truth, et pour "sa façon de gérer des personnes occupant le devant de la scène et percer leur personnalité derrière le masque du personnage public." À ce titre, ce film montre les membres du groupe revisitant la période de l’année 1991 alors que confinés dans un studio de Berlin, ils luttaient pour se renouveler créativement et pour finalement émerger avec Achtung Baby. Pour toutes ces raisons, de conclure alors Bailey au sujet de sa sélection d’inauguration : "Nous nous sommes dit que c’était ce qui nous convenait le mieux."

En fait, cette concordance est bien meilleure que ce qu’il aurait pu comprendre. Puisque U2 et TIFF sont tous deux devenus des "personnalités sur le devant de la scène" à leur propre façon, suivons donc la direction de Guggenheim et grattons un petit peu "vernis à la surface". Voyons voir, ces deux-là ont en commun bien plus que l’on ne pourrait le croire, à commencer par ce curieux morceau digne qu’un quizz. Ils partagent le même anniversaire : septembre 1976, flirtant avec divers noms avant de s’établir sous celui auquel ils répondent aujourd’hui. Tous deux ont commencé petit pour grandir et devenir énormes – U2 pour aboutir à son statut de colosse actuel ; TIFF en devenant un festival à la réputation internationale qui, bien que n’ayant pas le prestige du vénérable festival de Cannes, dame le pion à la vieille dame en termes de chiffres purs et bruts – 336 films comptés pour cette édition d’automne.

Pour abriter leur taille, tous deux ont bâti leurs propres quartiers – le groupe avec son immense scène pour jouer dans des stades encore plus vastes aujourd’hui ; et le festival avec son flambant neuf Lightbox. Non pas pour suggérer que la quantité aurait entièrement éclipsé la qualité. Chacun possédant véritablement un côté artistique important. Peu n’admettrait pas que le catalogue de U2 contient des hymnes rock durables. De même, choisissez 10 films figurant sur le programme du TIFF, comparez-les au 10 proposés au tarif habituel d’un multiplex ou de n’importe quel vendredi, et le relatif mérite esthétique sera manifestement évident. À Toronto, tous les mois de septembre, le cinéma profite d’une brève résurrection.

Qui plus est, en developpant leur côté artistique, les rockeurs tout comme les programmeurs sont parvenus à englober des influences internationales tout en s’accrochant à leurs racines – U2 tire sa fierté de son appartenance à un groupe irlandais ; TIFF souffre pour que flotte et soit préservé le drapeau de Cancon. Dans un cas comme dans l’autre, la relation avec l’Amérique semble, comme dans la plupart des cas de dépendance mutuelle, être une relation amour/haine. Ils ont besoin des Ricains et par une heureuse surprise, les Ricains en sont venus à avoir besoin d’eux. Cela implique de grosses sommes d’argent.

Puisque l’on aborde l’aspect lucratif de la chose, il ne fait aucun doute que U2 et TIFF partagent les mêmes instincts commerciaux avisés. Ils savent comment amasser des liquidités pour leur pomme, et ont incité la critique en raison de leur zèle – le groupe en choisissant d’abriter ses gains dans des paradis fiscaux ; le festival en s’enorgueillissant d’attirer plus de sponsors d’entreprise que les tableaux d’affichage d’une douzaine. Pourtant, ils sont tout aussi habiles à soulever des fonds pour les causes qu’ils embrassent – dans le cas de Bono et de U2, des causes sociales et politiques ; dans celui du festival, la cause du cinéma, un an avant avec cette Lightbox, lieu de repos inestimable (et sous apprécié) des films d’art et des rétrospectives d’auteurs.

À présent, à notre époque, comme dans n’importe quelle autre, le commerce et la célébrité font bon ménage avec des pouvoirs couplés, un fait compris de facto par le groupe et tout autant par le festival. Bono est un magicien lorsqu’il s’agit d’utiliser sa célébrité, souvent en collaboration avec les media, pour rendre publics ses préoccupations sociales. Par exemple, il a assuré le rôle de "rédacteur invité" pour plusieurs quotidiens (dont celui-ci) pour attirer encore plus l’attention du public sur les problèmes de famine et d’annulation de la dette de l’Afrique. Dans le cas présent, le contrat est limpide : il gère la promotion de son message social et le quotidien en échange profite de sa présence, les deux parties sont gagnantes.

Avec Hollywood impatiente de contribuer, le TIFF déploie ses célébrités de manière aussi talentueuse, les exposant trottinantes sur les tapis rouges et dans des salles d’interviews pour les media participant. Là encore, il s’agit d’un marché gagnant-gagnant : George Clooney assure la promo de son film, la presse bénéficie de sa présence, les deux parties sont satisfaites.

Comme le dépeint le film de Guggenheim, U2 a travaillé dur tout au long de ces années, parfois ouvertement et discutablement, pour dessiner un nouveau territoire créatif. Le TIFF, bien, pas tant que ça. Son ascension a été une montée en arc douce, avec l’inévitable sacrifice de l’intimité d’une machine bien huilée. La lutte ici n’est pas tant créative que politique – pour conserver sa réputation démocratique de "festival de people" dans une atmosphère d’entreprise grandissante. Les chamailleries, lorsqu’elles interviennent, sont internes et jamais publiques.

Revenons-en donc à l’ouverture de jeudi dernier lorsqu’il a accroché son wagon à celui d’une rock star ou de quatre. Il s’agissait là d’une première mais pas vraiment d’une nouveauté. Des réalisateurs, et certains d’entre eux étaient très bons, ont accroché ce wagon depuis l’aube du rock ’n’ roll – D.A. Pennebaker avec Don’t Look Back, Michael Wadleigh avec Woodstock, Martin Scorsese avec The Last Waltz et Jonathan Demme avec Stop Making Sense.

Le festival a toutes les bonnes raisons d’emboîter le pas. From the Sky Down est peut-être un grand film, ou pas, mais l’art en lui-même passe au second plan à l’occasion de ce gala. Ce qui importe c’est que les gars de U2 soient sur l’écran du TIFF et peut-être aussi dans le public du TIFF. Ce qui compte c’est que ça colle – et plutôt que cela soit proche de la perfection.

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