U2 par Davis Guggenheim & Stephen Mooallem (Part. I) - U2 France

U2 par Davis Guggenheim & Stephen Mooallem (Part. I)

dimanche 27 novembre 2011 / par Corine/Dead / Tags:

’Nous avions tous les signes d’une belle réussite. Pourtant, nous avions tous le sentiment qu’il y avait quelque chose de plus important pour nous que ce que nous venions d’accomplir.’—The Edge

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Photo : Anton Corbijn

Depuis son éclosion à Dublin à la fin des années 1970, la formation rock irlandaise U2 a sorti douze albums studio, la majorité d’entre eux sont géniaux et une poignée est encore plus au-delà du génie ; c’est-à-dire plus affûtée, profonde, intense, aventureuse et dévorante. Near the top of that list is 1991’s Achtung Baby, un disque sombre né au cours de sessions tendues dans les studios Hansa à Berlin à la fin de l’année 1990, aussi important pour ses titres sales, expérimentaux et indélébiles que sont —“The Fly,” “One,” “Mysterious Ways”— que pour sa rupture extrême et obstinée avec le passé qu’il allait représenter.

A cette époque, les membres de U2, Bono, The Edge, Adam Clayton et Larry Mullen Jr. partaient pour les studios Hansa avec les producteurs Brian Eno et Daniel Lanois pour commencer à travailler à ce qui allait devenir Achtung Baby, ils étaient alors déjà le plus grand groupe au monde. Mais alors que le travail sur l’album progressait à Berlin et plus tard à Dublin, la romance sur grand écran et la gravité de précédents disques tels The Unforgettable Fire (1984) et The Joshua Tree (1987) laissaient la place à un mélange de dance de Manchester et d’influences électroniques teutonnes balancé avec un mélange d’ironie, d’extase et d’esprit hautement moderne. Pour la tournée de soutien de cet album, le spectacle précédemment brut à l’excès du groupe était supplanté par la scène élaborée à la Blade Runner et les écrans vidéos gigantesques du Zoo TV, avec ses interludes zapping entre deux chansons d’émissions de télévision, de clips confessionnaux de son public, de liaisons satellite au fin fond de l’espace au cours du déroulement du spectacle et de fioritures théâtrales. Puis, il y avait Bono, accoutré avec les pantalons de Jim Morrison, la veste d’Elvis et, bien évidemment les lunettes noires de Lou Reed aux verres en forme d’oeil d’insecte, le remix de la rock star. C’était au début comme du jamais vu ni entendu tout au moins un fait exprès dans un même lieu de la part d’un groupe de rock et, en même temps un peu trop comme tout ce que tout le monde voyait partout à cette époque où la carte du monde se redessinait, une révolution des médias était en marche et la culture elle-même se trouvait au beau milieu d’un glissement tectonique.

Le nouveau film rockumentaire From The Sky Down, de Davis Guggenheimqui traite de la lutte de U2 en quête d’une nouvelle orientation musicale et de sa bataille pour ne pas se séparer au cours de la création d’Achtung Baby, plonge dans la genèse de ce opus au travers d’un voyage de retour aux sources à Hansa effectué par le groupe en début d’année. Ce mois-ci, U2 sort également une édition spéciale 20e anniversaire d’Achtung Baby qui comprend à la fois l’album original, celui de 1993 Zooropa, ainsi qu’a wagon de faces B, de prises non retenues et de versions alternatives de ses chansons.

Je me suis entretenu avec Guggenheim, The Edge et Bono au début du mois de septembre à Toronto, quelques heures avant la projection de From The Sky Down qui donnait le coup d’envoi au Festival International du film de Toronto

STEPHEN MOOALLEM Je sais que pour l’heure nous sommes en mode "réfléchi", mais je ne veux pas trop que nous insistions sur la nostalgie parce que je pense qu’en de nombreuses façons ce disque dont nous parlons, Achtung Baby, est en réalité à l’opposé de la nostalgie.

BONO Voilà un excellent point. comment être nostalgique envers quelque chose qui ne veut résolument pas l’être ?

MOOALLEM Et pourtant aujourd’hui, nous revenons dessus...

DAVIS GUGGENHEIM Bien, allons-y. U2 a toujours été un groupe qui regarde vers l’avant et qui se réinvente, un groupe qui, je pense, a toujours été allergique à la simple notion du retour en arrière. Alors pourquoi choisir ce retour en arrière aujourd’hui ?

THE EDGE Eh bien, je ne sais pas... Ça me semblait être une très bonne idée à l’époque. Je ne suis toujours pas convaincu que c’était la chose à faire.

BONO Je pense que le terme allergique est le meilleur qualificatif dans ce cas. Régulièrement, je m’énerve lorsque j’entends l’une de nos chansons diffusée à la radio. Je ne trouve pas que ce soit une expérience plaisante. Il y a tout de même quelques exceptions, mais lorsque nous avons dû élaborer nos deux volumes de greatest-hits il y a quelques années, il fallait littéralement me maintenir physiquement pour me faire écouter le best of des années 1980... Bien évidemment, je trouve que ces chansons bien meilleures en live et Edge pensait qu’il était important pour moi de les réécouter au moins une fois, mais je ne l’avais pas vraiment fait depuis leur création... J’ai l’impression d’avoir une voix de fille. Chanter est une exagération, je crie comme une fille sur ces chansons. Puisque nous en parlons, j’aime les filles mais je ne veux pas crier comme l’une d’elle... Aussi, je trouve immensément difficile de revenir en arrière sur notre travail. Je n’ai pas le temps pour ça.

MOOALLEM Alors pourquoi maintenant ?

BONO La raison pour laquelle nous le faisons aujourd’hui est que l’on nous a expliqués qu’il fallait lutter pour travailler. Si on croit au travail, alors il faut se battre pour sa place et je ne veux pas seulement dire dans sa création mais aussi dans son application. Il faut être attentif à où l’on accroche ses photos et de quelle manière... Nous ne vivons plus dans des temps naïfs. Chacun sait qu’il existe dans les listes dans le monde des médias et que l’on peut se classer tout en haut ou tout en bas de celles-ci. Nous savions qu’Achtung Baby possédait quelque chose d’unique et de même pour la période qui l’entourait, aussi nous nous sommes dit : "Bon, peut-être que c’est l’occasion de rappeler en fait l’univers de cet album que nous avons fait, ce qui pouvait ou non être intéressant à ce stade." Puis, le film a surgi, et faire un film pour moi c’est particulièrement crucifiant, parce que je trouve très difficile de lâcher du lest. Je ne veux pas dire que nous en tant que groupe ou que j’exerce un contrôle sur la plupart des choses, mais lorsqu’il s’agit de notre musique, nous exerçons ce contrôle, aussi ça allait être impossible pour nous de lâcher du lest à moins de trouver quelqu’un pour qui nous avions le plus grand respect pour tourner ce film... Et nous n’avons pas pu trouver Wim Wenders, alors, voilànous avons Davis.

GUGGENHEIM Je suis toujours Wim Wenders. [Rires] En tant que fan de musique, pourtant, la nostalgie est l’un des sentiments le plus merveilleux. On entend une chanson et l’on se souvient de la première fois où on l’a entendue, où on était et ce que l’on ressentait. Mais lorsqu’il s’agit de considérer votre propre oeuvre, pourquoi faut-il éviter la nostalgie ?

THE EDGE Selon moi, regarder en arrière c’est un peu comme être au bout d’une corde tendue et regarder en bas. Ça n’aide pas dans l’instant présent à faire face ce qu’il faut gérer pour aller de l’avant.

BONO Timidité...

THE EDGE Ouais, ça installe une sorte de gêne, et la gêne est l’ennemi. On ne peut se libérer en pensant à l’oeuvre accomplie par le passé.

BONO Cependant, je pense que Achtung Baby a été, pour un groupe comme le notre, une sorte de carte pour sortir de prison. Nous nous trouvions à l’époque emprisonnés dans notre propre création.

GUGGENHEIM Entre parenthèses, merci de ne pas l’avoir dit pendant que nous tournions ce film.

THE EDGE Il dit ça maintenant...

BONO Et la raison qui a probablement déclenché notre accord pour ce projet est que dans l’immédiat nous sommes dans cette même prison. A la fin des années 1980, nous étions numéro un dans les hit-parades pop. Nous étions partout, on ne pouvait pas nous échapper et les choses allaient devenir désagréables à la fois pour notre groupe et pour notre public. Nous étions en prison et où aller à partir de là ? Et, une fois encore, nous nous trouvons au même endroit actuellement, aussi comprendre comment nous sommes parvenus à forcer la serrure... C’est probablement le bon moment d’y penser.

(à suivre)

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