’Une puanteur abominable...’ - U2 France

’Une puanteur abominable...’

mercredi 29 décembre 2010 / par Corine/Dead / Tags:
JPEG - 39.6 ko

26 septembre 2010 - San Sébastian. Concert

C’était censé être un matin comme les autres où l’on se contente de se lever, de préparer ses affaires et de se rendre à l’aéroport... mais au lieu de cela Dec m’a appelé vers les 10 heures du mat. pour me demander si je pouvais venir immédiatement, ainsi il pourrait ensuite bosser une heure environ. Nous travaillons toujours à une segeue-intro pour City of Blinding Lights (NDLT : comprendre un fondu, une séquence qui s’éteint pour enchaîner sur l’intro de City), car nous n’avons jamais pu la terminer avant qu’on le rappelle en studio d’enregistrement. Je rassemblais mes affaires et sautais dans un taxi. J’indiquais au chauffeur le nom de notre village de destination et il démarrait. Ca fait environ 40 minutes par la route et alors que nous approchions, le chauffeur me demanda d’être plus précis. Je lui assurais que ça allait venir et alors que nous parvenions à l’entrée, je lui indiquais “ici, a droit, la…” et sa voiture s’arrêta. Alors que je m’apprêtais à le payer, le chauffeur se tourna vers moi et me dit : “mais c’est la residence de Bono !” (NDLT : pas de traduction pour ces deux citations que j’ai voulu laisser en l’état et qui sont de l’ami Willie ;-)) J’essayais de paraître français, nonchalant, payais et partais.

Comme promis Dec et moi-même avions une heure pour bosser avant de partir pour l’aéroport et je me fis emmener. L’Air 360 décolla de Nice pour Biarritz, suivi par 30 minutes de route de là jusqu’à la frontière espagnole et San Sébastian. Apparemment, il est tombé des cordes ici hier, et l’on pouvait encore sentir l’humidité dans l’air. L’équipe a désormais eu sa dose de chargements et de déchargements (et effectivement des spectacles) dans des conditions torrentielles et malgré cela le morale de la tournée reste exceptionnellement au beau fixe, j’ai pu ressentir beaucoup de fatigue latente dans l’air. Heureusement, les choses vont s’arranger dès que l’on ira vers le sud.

Alors que la soirée se déroulait, il devint extrêmement clair qu’il y avait autre chose que de la lassitude dans l’air. Quelque chose d’horrifiant se mijotait, un relent croissant de ce qui s’avéra être ce vieux mélange de chou pourri et d’eaux usées. Cet assaut massif atteignit son point d’orgue juste au moment du spectacle et monta jusqu’à notre poste de mixage, un vent de mort soufflait directement sur nos visages. Je ne pouvais pas savoir d’où cela venais mais je me disais qu’il devait probablement y avoir une station d’épuration tout près du stade. Ou peut-être même à l’intérieur du stade. C’était absolument insupportable au point qu’en je tombais sur une paire de boules Qui-ès que j’enfonçais aussitôt dans mes narines. J’espérais que ça ne sentirait pas aussi mauvais depuis la scène, bien qu’il semblât que cela ne ralentisse en rien l’enthousiasme du public.

En dehors de cette odeur pestilentielle, il y eut quelques autres surprises durant le show. Dans la plupart des pays européens, nous sous-titrons dans la langue du pays lorsque Bono parle au public. C’est une tâche qui incombe à deux traducteurs : l’un écoute et traduit oralement à son collègue qui tape le texte aussi vite que possible. Une tâche plus ou moins réussie au cours de cette tournée, mais au moins c’est le geste qui compte. Les traducteurs de ce soir (d’après ce que j’ai pu comprendre) étaient Anglais et j’ai conscience qu’il y a beaucoup de pression à faire ce genre de choses en même temps que se déroule le spectacle dans des circonstances aussi inhabituelles, mais à un certain stade, il semble bien qu’ils aient sombré dans le vortex abyssinal de la confusion linguistique. Au début de MLK, le pauvre gars tapait en fait des sous titres en anglais, essentiellement des fragments de ce que disait Bono. J’ai failli lui envoyer un chat rembourré à la face mais heureusement il s’est rendu compte qu’il n’avait pas utilisé le bonne connexion.

Je dirais que le plus surprenant de la soirée a été une bagarre déclenchée par des Belges face à la scène. Ils sont tous bons camarades et semble-t-il pour la plupart liés par le sang ou le mariage, mais quelque chose se tramait se soir-là. Nous sommes une dizaine entassée dans le poste de mixage, aussi est-ce suffisamment près et l’on pouvait clairement voir que quelque chose n’allait pas. Après environ 4 ou 5 chansons, un énorme grabuge se déclencha qui impliquait des écouteurs volant dans les airs suivis par des contacts physiques, des chemises tirées et des coups de poings ont plu. Je n’ai jamais vraiment su ce dont il s’agissait car tout était en flamand, mais j’ai cru comprendre que cela avait à voir avec le non fonctionnement d’un système intercom. Tout ce que je peux dire c’est que c’était totalement hilarant car pendant une minute nous étions au centre du nerf tranquille d’un spectacle de rock et avant même que l’on puisse savoir pourquoi, l’on se retrouvait dans une bagarre de bar. Bon, après tout nous avons survécu et mon point fort préféré a été le moment où nous avons projeté les images de Berlin durant One. Je dois dire que j’en étais totalement enchanté. Dans le contexte de la chanson, c’est étonnamment émouvant que de voir ces mêmes quatre gars, il y a si longtemps, hors d’un désert créatif, tentant de ‘tout rêver à nouveau pour créer’. “One life, with each other”.

Ca fait un moment que j’ai déserté l’entourage du groupe, aussi je fais les prochains trajets à bord de l’un des bus de notre troupe. San Sébastian - Séville, c’est une sacrée trotte - peut-être une quatorzaine d’heures – aussi je peux comprendre que choisir de s’y rendre par la route plutôt que par les airs puisse paraître un peu lunatique. Mais il faut savoir que nos bus sont super, avec une cuisine, une salle de bains, deux salons, et une partie séparée qui abrite des couchettes. Je voyage avec des techniciens que je connais, pour certains, depuis une éternité, aussi est-ce sympa de pouvoir trainer ensemble et de rattraper le temps perdu.

Nous sommes d’ailleurs partis dès qu’ils ont eu fini de décharger, de prendre leur douche et de monter à bord du bus vers les 2 heures du mat. Quelques verres, snacks et histoires de guerre et finalement vers les 3 heures, je les abandonnais. L’on m’avait prévenu que la couchette invité était directement au centre et que par conséquent ça pouvait être quelque peu bruyant, mais ça n’était pas si mal et je savais qu’au pire je pouvais toujours retirer mes boules Quiès des narines pour les enfoncer dans mes oreilles. En vérité, j’ai toujours trouvé que dormir dans le bus de tournée avait quelque chose de réconfortant. Ca ne saurait plus ressembler au bercement, à l’obscurité, au confort avec le battement de cœur produit par les moteurs. Je commençais à sommeiller lorsqu’un gros bruit se fit entendre, suivi par un lourd silence et une odeur de diesel, alors que je sentais graduellement le véhicule s’immobiliser. Ca n’augurait rien de bon, mais je savais également que quoi qu’il soit arrivé, je n’aurais pas été en mesure d’aider et que quelqu’un allait forcément s’en occuper. D’une manière ou d’une autre, ça ne me tint pas éveillé.

Notez cet article (de 1 à 5)

Partagez cet article


Voir en ligne : U2.com

Toutes les versions de cet article : [English] [français]


Nous Contacter

Le site de la communauté francophone U2. Depuis 1997 avec U2France accédez à l'actualité de U2, des tonnes de ressources, du contenu multimédia en tout genre et une communauté de fans via le forum. Vous trouverez toutes les actualités (news, revues, vintage, divers), les derniers ajouts de notre partie ressources, les discussion du moment sur le forum, ainsi que des extras tels que le son de U2 pour bien commencer la semaine, des albums photos et des fonds d'écran.

  • Adresse: Paris
  • Email: contact [@] u2france.com
  • Facebook: facebook.com/U2France
  • Twitter: twitter.com/u2france
  • Google+: https://plus.google.com/+u2france
  • Visiteurs sur le site : 54

Derniers posts

Instagram widget

go-top