Entretien avec le super-producteur Steve Lillywhite (Part II) - U2 France
Accueil / Collaborateurs / Entretien avec le super-producteur Steve Lillywhite (Part II)

Entretien avec le super-producteur Steve Lillywhite (Part II)

jeudi 1er avril 2010 / par Corine/Dead / Tags:

Avez-vous le sentiment que cette industrie a encore cette vision à long terme ? Les responsables des labels pensent-ils jamais : “Okay, ce groupe ne vend que 20.000 exemplaires de son album cette année, mais cet album va continuer à se vendre à 20.000 exemplaires par an au cours des 20 prochaines années et le prochain pourrait bien se vendre à 100.000... ?”

Steve Lillywhite Bien, c’est le problème. C’est un bizness et s’ils pouvaient structure votre modèle de bizness pour que cela arrive, ils le feraient. Mais le modèle principale des labels est basé sur la vente de millions de disques par an et parfois, les gens ne sont pas prêts à vendre leur grand album. The Joshua Tree était le 5e album de U2. Ils ont progressé jusqu’à en arriver là. Mais c’est également beaucoup moins cher de faire des disques aujourd’hui. Si vous êtes audacieux, que vous vous lancez et que vous avez une grande idée, les gens achèteront. Pour l’heure nous avons des outils géniaux pour faire de l’excellente musique. Parfois, les gens ont peur de ces outils. Ils pensent que ce sont ces outils qui les gèrent. Il vous appartient de dominer vos outils et cela ne dépend que de vous.

Ainsi, vous êtes adepte de cette nouvelle technologie, comme ProTools ?

Steve Lillywhite Oh absolument. C’est fantastique. Ce qui me demandait cinq heures à greffer ne me prend plus que cinq minutes, si je le fais bien. C’est comme ça que j’aime l’utiliser. je n’aime pas l’utiliser de la façon dont tout le monde le fait. C’est un outil génial en tant qu’enregistreur de bande. J’aime beaucoup de choses que cela peut faire et comme je l’ai dit, je l’utilise.

Dans les années 1970, vous travailliez comme ingénieur pour de grands groupes de rock et puis un jour vous avez découvert Ultravox et êtes devenu leur producteur... et vous avez continué à travailler avec de nombreux artistes post-punk ou new-wave. Comment décririez-vous cette époque, était-ce une transition musicale vers quelque chose de nouveau ?

Steve Lillywhite Selon moi, en tant sur producteur, c’était une situation inextricable. On ne vous fait travailler que si vous avez un tube, mais comment avoir un tube si l’on ne vous fait pas travailler ? Et tout à coup, cette vague du punk rock a déboulé. Tous les soirs, il était présent dans les boites qui étaient pleines de groupes qui ne pouvaient pas jouer. Alors quoi de mieux qu’un producteur qui ne pouvait pas produire ? [Rires.] Ultravox s’appelait Tiger Lily lorsque je les ai rencontré, et à l’époque dans le studio pour lequel je travaillais, j’avais le droit de bosser à mes propres projets durant les week-ends. Aussi, j’ai fait leurs démos. Et à partir de ces démos, ils ont décroché un contrat chez Island Records, et c’était la première fois que je bossais avec Island. Les gars ont dit : “Nous voulons que Steve Lillywhite travaille sur notre album.” Et Island a légitimement répondu : “Qui est ce gamin ? Il n’a jamais rien fait. Vous avez besoin de quelqu’un d’autre pour vous aider.” Et ils ont rétorqué : “Bon, vous savez, on aime beaucoup Brian Eno.” Et c’est ainsi que j’ai rencontré Brian pour la première fois. Nous avons coproduit. J’étais présent tout le temps alors que Brian avait tendance à aller et venir. Il est génial pour voir les choses dans leur ensemble, mais il n’est pas toujours présent.
Ultravox ! n’a pas pas fait un album tube. Mais j’ai eu beaucoup de chance car j’étais toujours dehors sur la scène. Il faut y être pour la gagner, aussi horrible que soit cette expression, et j’étais dans les parages tout le temps. Mon colocataire connaissait ce gars, Johnny Thunders des New York Dolls, qui avaient déménagé à Londres avec son groupe The Heartbreakers. The Heartbreakers implosaient à l’époque et Johnny allait faire un album en solo. Aussi, gonflé à bloc, je lui ai dit : “je ferai ton album solo. je peux faire en sorte que le son en soit bien meilleur que celui de ce maudit album des Heartbreakers.” Il m’a dit okay et je suis entré en studio et ai monté son album intitulé So Alone, pour lequel, c’est plutôt drôle, de nombreuses personnes me disent aujourd’hui : “Steve, c’est le meilleur album que tu aies produit à ce jour”, ce que je trouve un peu déprimant vraiment parce que c’était le second album que je faisais. [Rires.]
A partir de là, et c’est une très longue histoire, le manager de Siouxsie & The Banshees de passage dans le studio, aima ce qu’il entendit et me demanda de faire le montage du premier single de Siouxsie, “Hong Kong Garden.” (NDLT : wow, la belle époque, mon préféré de Siouxsie étant Hyena !). Ca y était j’avais mon tube ! En septembre 1978, “Hong Kong Garden” figurait dans le Top 10 en Angleterre et je me suis dit : “J’adore ça et je ne veux jamais y renoncer.” Peut-être que tout cela était à la fois inconscient et conscient mais j’ai commencé à comprendre que le punk rock était une attitude géniale mais une forme d’art limitée. je gravitais vers le côté artiste du punk. Je n’aimais pas The UK Subs et tout ces machins qui braillaient. Je n’ai jamais aimé les cris. J’adore els mélodies — ce qui renvoie à ma capacité de juge pour American Idol. [Rires.] C’est vrai. J’adore la mélodie. Aussi, je choisissais toujours l’art ce que m’amena à des groupes tels que XTC et les Psychedelic Furs. Tout ceci, c’était bien avant U2.
Le 3e album solo de Peter Gabriel : c’était le première fois que je travaillais avec quelqu’un de plus âgé que moi, à la fois physiquement et musicalement parlant. Peter Gabriel était de cette époque dont nous ne parlions pas : le pré-punk. Ce truc que nous détestions tous alors. Nous nous rebellions contre Supertramp, The Eagles et toute cette sorte de truc complaisant. Aujourd’hui, j’adore ça, mais lorsque l’on est jeune, l’on est bien plus obstiné qu’en vieillissant. Lorsque le manager de Peter Gabriel m’appela, je crus à une blague. Je pensais que quelqu’un me faisait marcher, mais lorsque je rencontrai Peter, je compris pourquoi il voulait quelqu’un de jeune et frais, et nous avons passé de super moments ensemble à bosser en 1980.
Mais Peter n’est pas le travailleur le plus rapide au monde. Il est encore plus lent aujourd’hui. Comme nous faisons des pauses durant son album, je travaillais à un album des Psychedelic Furs ou à autre chose. C’est alors que je reçus l’appel de U2 et ils me payèrent l’avion pour que je vienne les voir en concert je crois sur la côte irlandaise à Cork. C’est un M. Paul McGuinness qui vint me chercher à l’aéroport et bien entendu quand on pense à l’Irlande et à un nom comme McGuinness, j’étais convaincu que j’allais rencontrer un homme sur un tracteur avec de la paille dans les cheveux. Mais au lieu de cela, je me trouvais en compagnie de ce merveilleux gentleman au langage châtié, qui me conduisit durant 40 minutes jusqu’à ce concert en me faisant écouter les pires démos imaginables. Il était en mode "vente" au taquet mais je me disais : “C’est terrible.” Ces enregistrements étaient tellement mauvais. Dieu bénisse Paul McGuinness. Sion boulot n’est pas de critiquer mais de vendre et c’est le meilleur manager avec lequel j’ai travaillé pour cette même raison. Si Bono lui dit : “Je veux un citron”, Paul McGuinness lui répondra : “de quelle taille ?” Et ce sera un citron bigrement grand.
Peu importe, nous nous sommes donc rendus à ce concert et si j’avais basé mon avis sur les démos que j’avais entendues dans sa bagnole, je n’aurais jamais fait ce disque. Mais j’ai vu le groupe en live et là j’ai compris. J’ai vu quelque chose là. J’ai vu la passion dans ce chanteur leader. Une fois encore, cela peut justifier ma capacité à découvrir des talents très tôt, parce que je qu’ai j’ai vu en Bono n’était pas différent de ce qu’il a aujourd’hui. Il était simplement un diamant à l’état brut et je peux encore trouver ces diamants pour American Idol. [Rires.] Peu importe, cela nous mène à aujourd’hui.

Avec “Hong Kong Garden” débarqué aussi tôt dans votre carrière, combien du son vous est propre et combien provient des Banshees vous disant ce qu’ils voulaient ? Et cette dynamique a-t-elle changé au cours du temps ?

Steve Lillywhite Lorsque l’on me demande : “Qu’est-ce qu’un producteur de disques ?” Je réponds très souvent que cela tient beaucoup d’un réalisateur de cinéma, mais pas aussi autoritaire parce qsue je suis accompli en collaboration. J’aime parler à mes artistes. J’aime trouver ce qu’ils veulent et les aider à comprendre leur vision. Je leur dis : “Je veux que ce soit fait comme ceci”, et ils me disent : “Nous voulons que ce soit comme cela”. Nous nous cognons la tête, nous parlons pendant des heures des diverses façons d’y arriver, de ce qui soutient le contenu texte et à la fin de la journée nous parvenons à un compromis. Nous trouvons un moyen de faire en sorte que cela fonctionne. Comme je le dis toujours, ils construisent le vaisseau mais mon boulot c’est de tenir la barre. J’aime être en mesure de choisir un bon vaisseau, mais tant qu’il y a quelque chose là avec quoi l’on puisse travailler, je peux apporter le meilleur. C’est ce que je fais. En général, ma personnalité est très bonne pour faire éclore les talents. J’ai beaucoup d’empathie pour mes artistes. Parlez donc avec n’importe quelle personne ayant travaillé avec moi et elle vous dira : “Oh ouais, Steve est génial. Il n’a pas d’égo.”

Pensez-vous avoir un son signature ?

Steve Lillywhite Avant oui, parce que je pensais savoir ce que je faisais et c’est toujours mauvais pour qui que ce soit. La complaisance est l’une des pires choses au monde. J’avais une signature "percus" au début des années 1980. Un gars m’a dit un jour : “Steve, tu sais que tu as assez dicté le son de la musique dans les années 1980, grâce à ton son "percus" qui a été batardisé et imité.” Je lui ai répondu : “C’est ridicule.” Il retraçait la lignée de ce que j’avais fait dans les années 1980 dans toute la musique rock des années 1980, ce qui est ridicule. Mais il est vrai que j’avais un son "percus". Je faisais toujours la même chose et je pensais que je savais ce que je faisais et lorsque ce petit morceau de complaisance s’installe c’est là que l’on fait une grosse erreur et que l’on apprend de ses erreurs.
Lorsque j’ai produit Field Day de Marshall Crenshaw, j’ai compris que je n’avais pas fait quelque chose de bien. Marshall a toujours défendu cet album et affirmé : “Oui, c’est ainsi que je voulais que le son soit.” Mais lorsque je l’écoute aujourd’hui et bien qu’il y ait quelques instants intéressants, ce gars est un chanteur et songwriter et peut-être que j’ai un peu trop appuyé dessus. J’ai compris que je ne pouvais toujours faire ce son. C’est comme Phil Spector. Aussi grand soit-il, l’on ne peut mettre un son Phil Spector sur tout et n’importe quoi. J’avais un son lorsque je travaillais avec Simple Minds, Big Country, U2 et puis j’ai fait ça sur Marshall Crenshaw et j’ai compris : “Uh oh.”
Ne rentrez pas dans des idées préconçues parce que lorsque l’on y entre ou que l’on applique une formule, c’est alors que l’on coule. Il faut intervenir comme si chaque disque était le premier, car en procédant ainsi, on se vide le cerveau. Tout ce truc resté dans le cerveau, qui est de l’esprit petit, mettez-le dans de petites boites… tout cela doit disparaitre. Débarrassez-vous de ces restants de cerveau. Laissez percer le bon restant de trucs de cerveau car vous pouvez accéder n’importe quand au mauvais, alors pourquoi ne pas rester ouvert aux possibilités ? L’on peut toujours le retirer et utiliser son expérience pour le remettre sur les rails si ça va de travers.

(à suivre)

Notez cet article (de 1 à 5)

Partagez cet article


Voir en ligne : avclub.com

Toutes les versions de cet article : [English] [français] [français] [français]


Nous Contacter

Le site de la communauté francophone U2. Depuis 1997 avec U2France accédez à l'actualité de U2, des tonnes de ressources, du contenu multimédia en tout genre et une communauté de fans via le forum. Vous trouverez toutes les actualités (news, revues, vintage, divers), les derniers ajouts de notre partie ressources, les discussion du moment sur le forum, ainsi que des extras tels que le son de U2 pour bien commencer la semaine, des albums photos et des fonds d'écran.

  • Adresse: Paris
  • Email: contact [@] u2france.com
  • Facebook: facebook.com/U2France
  • Twitter: twitter.com/u2france
  • Google+: https://plus.google.com/+u2france
  • Visiteurs sur le site : 32

Derniers posts

Instagram widget

go-top