Entretien avec le super-producteur Steve Lillywhite (Fin) - U2 France
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Entretien avec le super-producteur Steve Lillywhite (Fin)

vendredi 2 avril 2010 / par Corine/Dead / Tags:

Réagissiez-vous contre le son de tous les producteurs de renom de l’époque, ou y avait-il des choses qu’ils faisaient auxquelles vous prêtiez une étroite attention ?

Steve Lillywhite Bien, probablement que mon producteur préféré au monde est Trevor Horn. A certains instants de ses disques, je me dis : “Waow !” (NDLT : traduction polie ;-)) Ce morceau au milieu de “Owner Of A Lonely Heart” de Yes ou le tout premier disque de Frankie Goes To Hollywood… Bien que je sois ami avec Holly Johnson [le chanteur leader de Frankie], il m’a dit un jour : “Steve, tu sais Trevor Horn nous a dit d’écouter cet album que tu as fait pour les Simple Minds et de baser notre son dessus ?” J’aime Trevor. C’est un homme charmant.
Les disques qui m’ont vraiment laissé admiratif à l’époque étaient ceux des Sex Pistols. Ils possédaient ce son qui à l’époque battait tous les autres disques. On se rendait dans une boite, on entendait des tonnes de disques punk et puis déboulait “God Save the Queen” et tout le monde se disait : “Oh mon Dieu !” Pourquoi ce son était bien meilleur ? L’une des raisons est que la plupart de la musique punk était très rapide. Les Sex Pistols n’étaient pas rapides, aussi y avait-il plus de place pour que le son respire et il était bien plus ouvert. Ce son de guitare de Steve Jones… à l’évidence, c’était de la punk attitude, mais leurs chansons étaient beaucoup plus lentes aussi pouvaient-ils y piocher plus.

Votre œuvre a contribué à définir le son d’artistes tels que U2 et le The Dave Matthews Band, et puis ils ont continué à travailler en collaborant avec d’autres producteurs. Lorsque vous écoutiez leurs albums plus tard, avez-vous jamais pensé à ce que vous auriez pu faire dessus ?

Steve Lillywhite Oh jamais. La vie est bien trop courte. Pourquoi être passif face à quelque chose que l’on ne peut changer ? J’aime U2. Ce sont mes amis et je suis très influencé par le dévouement de Bono à son art. il retourne toutes les pierres, n’en oublie jamais. Il est toujours à essayer. C’est le plus grand super réalisateur que j’ai jamais rencontré. Ce n’est pas la personne la plus talentueuse avec la quelle j’ai travaillé mais c’est un grand chanteur, un grand crooner. Il doit se pousser au-delà des limites pour parvenir là où il est. A l’évidence, sa foi l’aide dans ce processus. Dave Matthews Band ? Ca a toujours été un peu pompeux. J’avais le sentiment que je ne finirai jamais l’album que j’étais sensé faire à l’époque, leur 4e. Je ne m’y attarde pas. Ca va.

Vous avez travaillé avec deux groupes — XTC et les Psychedelic Furs — qui sont passés de vous à Todd Rundgren.

Steve Lillywhite C’est drôle. Lorsque je bossais avec les Furs, leur phrase d’accroche était du genre “beau chaos” et je suppose qu’ils voulaient un peu atténuer le chaos. Ils ont bien réussi à partir de là. Ca fait des lustres que je ne leur ai pas parlé. Richard Butler a toujours été plus âgé que moi et aujourd’hui, mystérieusement, quand on lit quoi que ce soit sur lui, il est plus jeune. Comment est-ce possible ? [Rires.]

Aussi, alors que U2 passait de vous à Brian Eno, Talking Heads passaient de Brian Eno à vous... un peu comme si ces groupes avaient échangé leur producteur.

Steve Lillywhite D’une certaine façon, c’est plus satisfaisant pour moi de travailler avec un groupe à ses débuts que vers la fin de sa carrière. Pour Talking Heads, j’ai fait leur dernier album, Naked. Il n’a pas été un aussi gros succès commercial que certains de leurs autres, mais il y avait des bons trucs à en retenir. Peut-être qu’il était un peu long, mais je pense que “(Nothing But) Flowers” était une très belle chanson et elle montre le talent de Johnny Marr, que j’ai retrouvé à Paris et pour qui j’ai fait du montage guitare. David Byrne est un très grand artiste, qui change toujours et ne prête pas attention aux classements. Il suffit de regarder ce qu’il fait en matière d’art. Il est génial.

Puisque l’on parle des artistes avec qui vous avez collaboré dans la dernière partie de votre carrière, vous avez travaillé avec les Rolling Stones sur Dirty Work.

Steve Lillywhite Oui, j’ai produit le pire album de tous les temps des Rolling Stones. je veux dire, juste après le suivant. [Rires.] Mais, en gros, je ne pouvais pas refuser les Rolling Stones. Un homme un vrai ne pourrait jamais renoncer à la chance de bosser avec pareilles légendes. Mais cela ne signifie pas que je savais si ça allait être bon ou pas. Il vous faut avoir le vent en poupe pour faire un grand album et il n’y a jamais eu de grand vent en poupe avec les Stones à ce stade. Il y avait bien trop d’amertume. C’était la mauvaise fin de la prise de drogue. C’était le bazar, mais je devais le faire. J’ai bien plus appris d’eux qu’ils n’ont appris de moi, c’est tout ce que je peux dire pour ce qui est de cette expérience. Peut-être que “Harlem Shuffle” était okay. ca a été une sorte de tube. Ils n’ont pas fait de tournée ou de promo pour cet album. J’ai aimé bosser avec eux et c’était génial de traîner avec Keith Richards.

Vous arrive-t-il de penser que l’on vous donne trop crédit ou que l’on vous blâme trop pour les albums que vous avez produit ?

Steve Lillywhite Je ne sais pas. Je suis très responsable. Peut-être que l’on m’en veut pour certains, mais je fais de mon mieux dans tout ce que j’entreprends. Je m’implique vraiment. C’est pourquoi je suis le genre de personnes qui peut gérer une affaire et faire des disques. Je ne peux pas faire deux disques en même temps. Quoi que je fasse, je dois me concentrer sur ce que je fais et m’y consacrer entièrement parce que si je ne le fais pas, je ne suis pas bon. Je dois vraiment me pousser et faire de mon mieux à chaque fois, parce que je pars du postulat que je ne suis pas très bon et que je dois donner le meilleur. Sinon je ne suis pas en mesure de délivrer ce qui m’a été demandé. Ce qui une fois encore est ce que je ferais pour American Idol. Je me consacrerais entièrement à mon boulot.

N’avez-vous jamais envisagé d’écrire vos mémoires ?

Steve Lillywhite En fait, je m’y essaie, étant donné que les ventes de disques sont tellement mauvaises. J’ai bâti cette marque au cours des années, et aujourd’hui la question est comment rentabiliser cette marque ? Ca parait très mercenaire, mais j’ai une hypothèque, des divorces et des trucs comme ça. [Rires.] Aussi, je pense toujours à comment je peux faire de l’argent. Parce que les gens n’achètent plus les disques. Le public se dit : “Oh, je donne 200 dollars à ce groupe par an pour des places de concert.” Les plus grands artistes tirent leurs revenus de tournées, mais le seul argent que je fais n’est là que si les gens achètent l’album. Aussi, oui, il se peut qu’à un moment il y ait une Lillywhite Story.

Quels sont parmi les albums que vous avez produits, vos préférés ? Lesquels écoutez-vous simplement par plaisir ?

Steve Lillywhite J’ai un principe, je n’écoute jamais les albums que j’ai produit une fois finis et je vais vous dire exactement pourquoi. Parce qu’une fois finis, il n’y a plus rien que vous puissiez faire. Mais il vous reste vos opinions. Vous aimez ou vous n’aimez pas. Si vous aimez, il reste la possibilité d’être complaisant et si vous n’aimez pas la possibilité de l’incertitude. Et je pense que la complaisance et l’incertitude sont deux sentiments très négatifs. Je fais cette émission de radio sur Internet au cours de laquelle, à l’occasion, je passe certaines de mes chansons, et je n’aime pas faire cela. C’est ma théorie en général sur la réécoute. Je ne veux pas être complaisant, je ne veux pas être incertain.
Ceci étant dit, ma réponse pour ces cinq albums est la suivante :

- j’aime l’album des The La’s, ils n’en ont fait qu’un.

- Jaime The Crossing de Big Country. J’ai vraiment contribué à modeler le son de ce groupe. Ils ont fait des enregistrements avec Chris Thomas, qui a produit les Sex Pistols et l’un de mes super héros, mais ça n’a pas marché. Aussi, je me suis dit que j’allais faire ce que mon héros n’avait pas pu faire, et cela m’a vraiment fait me sentir bien.

- J’aime l’album de Jason Mraz que j’ai produit Mr. A-Z. Mais il me gêné également énormément car nous avons fait un montage de cette chanson “I’m Yours” et je me suis dit : “C’est un tube, quelle chanson fantastique.” Et le gars de A&R (NDLT : répertoire musical et artistes) m’a dit : “Oh non. Ne t’inquiètes pas, le single va être….” Et comme un imbécile je suis resté passif et j’ai dit okay. J’en ai retiré quelque chose. M.... ! Si j’avais insisté pour que nous montions cette chanson sur notre album, cet album aurait été phénoménal.

- Voilà, ça fait trois. Je suppose qu’il en faut un de U2. Soit Boy ou War. Non, disons October. Bono a dit avoir perdu ses textes, mais qui sait s’il aurait utilisé ces premiers textes. Quiconque peut s’en sortir avec une chanson dont le seul texte est “Rejoice” se doit d’être vraiment bon.

- Et j’ai vraiment apprécié travailler avec Phish l’an dernier, pour leur album Joy.

Puis-je en ajouter trois ?

Steve Lillywhite Je vous en prie !

Black Sea de XTC, Talk Talk Talk des Psychedelic Furs et Sparkle in the Rain des Simple Minds.

Steve Lillywhite Oh ouais, XTC, c’est un bon album. Simple Minds, c’était un album cocaïne. [Rires.] Hey, n’oubliez pas que c’étaient les années 1980. Tout le monde touchait à la drogue dans les années 1980. Je ne le fais plus. Mais je ferais mieux de ne parler de drogue… ça pourrait réduire mes chances pour American Idol.

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