Les immortels de Rolling Stone : Elvis par Bono - U2 France
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Les immortels de Rolling Stone : Elvis par Bono

vendredi 26 mars 2004 / par Corine/Dead

Source : Rollingstone

De Tupelo, Mississippi, de Memphis, Tennessee, débarqua ce jeune, requin chasseur de filles, portant lunettes... un blanc à mi-chemin entre le dandy et le camionneur qui risquait gros en se conduisant comme un noir et en s’habillant comme un homo. On n’était pas à New York, encore moins à la Nouvelle Orléans ; on était à Memphis dans les années cinquante. C’était l’ère du punk-rock, celle de la révolte. Elvis bouleversa tout... côté musique, sexe et même politique. Avec Elvis vous aviez la totale : tout dans une voix élastique et un corps. Dès lors qu’il changeait de forme, le monde en faisait autant : il était cette espèce d’icône des années cinquante qui représentait ce que les années soixante étaient capable de produire et soudain plus rien. Dans les années soixante dix, il transforma la célébrité en un sport sanglant, mais étonnamment, plus il était terre à terre et plus ses fans le vénéraient. Ses tous derniers concerts étaient encore plus immenses que son cran, vous versiez toutes les larmes de votre corps alors que le messie vous jettait dans ses chansons son coeur épuisé, transformant un casino en véritable temple sacré.

Aavec Elvis, vous aviez l’original du rock & roll : la grandeur... les sommets du gospel. La boue... la boue Delta, le blues. La libération sexuelle. La controverses. Transformant la vision du monde des gens. Tout était là, en Elvis.

A l’âge de huit, j’en avais à peine conscience alors que je vis le concert de son retour à la scène en 1968... ce qui fut probablement une bonne chose pour moi. Je n’avais pas encore ces facultés de la critique qui vous font séparer et ranger tous les Elvis en catégorie ou assortiments au travers de ses contradictions. Tout ce que j’attendais de la guitare, de la basse ou bien encore de la batterie était là : un show man troublé par la distance qui le séparait de son public ; un être humain qui avait fait un prisme au moyen de l’objectif grand angle de la célébrité ; une sexualité qui ne s’accordait qu’avec une soif de l’enseignement de Dieu.

Mais c’était surtout son déhanchement unique lorsqu’il dansait qui était le plus difficile à expliquer... des hanches qui balançaient de l’Europe à l’Afrique, qui le rendait tout américain je suppose.
Pour un Irlandais, la voix aurait pu expliquer l’absence de séduction des Etats-Unis, mais la danse elle exprimait l’énergie de ce nouveau monde qui allait submerger et dévaster le reste du monde avec ces nouvelles idées sur les races, les religions, les modes, l’amour et la paix. Telles étaient les idées encore plus immenses que l’homme qui allait briser la glace pour leur donner vie, des idées qui confondraient plus tard l’homme qui avait adopté la moue de la lèvre supérieure Anglo-Saxon à jamais. Il était "Elvis the Pelvis," une main posée sur le terminal Blues et l’autre sur celui du gospel, ce qui est l’essence même du rock & roll, un éclair aveuglant qui court le long de votre colonne vertébrale, une thérapie à base d’électrochocs pour toute une génération qui s’apprêtait à refuser l’inertie, autant féminine que masculine, noire que blanche.

J’ai tout récemment rencontré Coretta Scott King, John Lewis et quelques uns des autres leaders des mouvements des droits civils américains et ils m’ont rappelé cette espèce d’apartheid culturel contre lequel luttait le rock & roll. Je pense que le colline qu’ils avaient grimpé aurait été encore plus abrupte sans les chemins raciaux que la musique noire avait tracé à l’intérieur même de la culture pop blanche. Les Beatles, les Rolling Stones, Creedence Clearwater Revival ont tous été adoubés blues grâce à Elvis. Il faisait déjà ce que réclament les droits de l’homme : démolir les barrières. Vous n’envisagez pas Elvis en matière de politique, mais changer la vision du monde des gens c’est de la politique.

Dans les années 80, U2 se rendit dans les studios Sun à Memphis... l’antre du big bang du rock & roll. Nous y avons bossé avec l’ingénieur musical d’Elvis, Cowboy Jack Clement. Il a réouvert le studio afin que nous puissions y enregistrer quelques titres dans ces mêmes quatre murs où Elvis avait enregistré "Mystery Train." Il dénicha le vieux micro dans lequel Elvis hurlait ses notes... Vous pouvez entendre ces refrains sur ces disques des studios Sun, et pour moi ils sont uniques... en toute honnêteté sans mesquinerie de ma part. Le King ignorait alors qu’(il était déjà le King. C’est une musique hantée, chassée et étrange. Elvis ne sait pas où le train l’emmène et c’est pourquoi nous voulons être du voyage.

Jerry Schilling, le seul maffieux de Memphis à ne pas l’avoir vendu m’a rapporté cette histoire alors qu’il utilisait les courts de squash de Graceland. Il y avait une petite pièce, et lorsque qu’Elvis était furax il quittait son immense demeure pour se rendre dans ce minuscule gymnase où trônait un piano. Personne alentour, son choix se portait inévitablement sur un gospel, il se perdait et se retrouvait dans ces bons vieux chants spirituels. Il était le plus heureux des hommes dès lors qu’il retrouvait son chemin en chantant vers la sécurité spirituelle. Mais il n’y restait pas suffisamment longtemps. L’auto errance l’attendait une fois de retour à la maison, cette maison même où Elvis avait été vu tirant sur ses écrans de télé, une Bible à portée de main ouverte au livre de Paul, sa grande ode à l’amour aux Corinthiens (chapitre 13). A l’évidence, Elvis ne croyait pas que la grâce de Dieux était suffisamment surprenante.

Certains expliquent que c’est l’armée, d’autres que c’est Hollywood ou Las Vegas qui avait brisé son esprit. Sûrement que l’univers du rock & roll n’appréciait pas de voir ce qu’on lui rapportait que son Roi (King) faisait. Je pense que c’est plutôt son mariage, ou sa mère... ou bien encore une fracture remontant encore plus loin, comme celle de la perte de son jumeau, Jesse, à sa naissance. Peut-être que c’était tout simplement le gros derrière de la célébrité assise sur lui.

Je pense que la période Vegas est à souligner. Je la trouve immensément riche en émotion. A ce point qu’Elvis n’était à l’évidence plus maître de sa propre existence et il y a cet incroyable pathos. Cette énorme voix d’opéra des dernières années... c’est celle qui me fait le plus mal.

Qu’est-ce qui fait que nous voulons crucifier nos idoles sur la croix qu’ils se sont eux-mêmes élevé, et que s’ils ne le font pas nous exigeons notre argent en retour ?
Mais vous savez, Elvis a dévoré l’Amérique avant qu’elle ne le dévore !

Bono, chanteur leader de U2 pour Rolling Stone Magazine.

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