U2 : ‘C’est le boulot de l’art que de diviser’ (Part I) - U2 France
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U2 : ‘C’est le boulot de l’art que de diviser’ (Part I)

samedi 29 novembre 2014 / par Corine/Dead / Tags:

Trente ans après être devenu le plus grand groupe au monde, Bono & co polarisent toujours autant l’opinion. En pause sur la Côte d’Azur, ils ont parlé de l’Irlande de leur jeunesse, le cadeau de leur album par Apple – et pourquoi Bono travaille avec des personnes qu’il exécrait autrefois.

par Dorian Lynskey

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Larry Mullen, Adam Clayton, Bono et the Edge : ‘L’interaction est la même comme elle l’a toujours été.’

Un chaud après-midi sur la Côte d’Azur, dans le village de Villefranche-sur-Mer. Les yachts flottent paresseusement dans la baie, les dineurs traînent au frais, entretenant une tête de bois derrière les verres miroir de Ray-Bans, il joue les guides touristiques. Il veut me montrer la chapelle Saint-Pierre-des-Pêcheurs, une minuscule chapelle du 12e siècle aux fresques murales des années 1950, œuvre de Jean Cocteau.

À l’intérieur de la chapelle, il rencontre un groupe de choristes américains aux cheveux grisonnants. Spontanément, il les invite à chanter Amazing Grace avec lui, après un moment de confusion. Après coup, un homme interroge : “Êtes-vous un musicien très connu ? Devrions-nous savoir qui vous êtes ?”

“Euh”, répond Bono avec hésitation, “Je suis Bono.”

L’homme rit et lui dit qu’il a entendu parler de lui. Une femme s’avance et dit à Bono combien elle a aimé son musical sur le thème des chantiers navals. Non pas, qu’il en ait la moindre connaissance, il la regarde interloqué. Elle s’explique plus avant. “Oh”, fait-il, “je crois que vous pensez à Sting.”

Bono ne semble pas s’en émouvoir outre mesure. Je le soupçonne d’être imperturbable et, de toute façon, la raison pour laquelle il passe quatre mois de l’année dans les parages est que : “le génie particulier des Français est de vous ignorer. Alors, en fait, c’est marrant.”

J’avais rencontré Bono alors qu’il était au beau milieu d’une tournée et se déplaçait à un autre rythme, toujours chronométré, conservant une partie de la présence irrésistible et centrale du leader, même hors scène. Là, il est détendu, enjoué, affalé. Installé dans un restaurant près du quai virtuellement vide, il fait durer son déjeuner plus de trois heures, avec une “bière de secours”, plusieurs verres de vin, une assiette de fromage et une seule cigarette. À l’occasion, un fan s’approche poliment de lui pour lui demander un selfie. “Peux-tu me rendre grand, élancé et intelligent ?”, demande-t-il à l’un d’entre eux.

Bono est l’une de ces rares personnalités (pensez à George Clooney, Jack Nicholson, Jay Z) qui visiblement apprécient la célébrité. Nous en sommes venus à considérer la célébrité comme une condition dangereuse, pas naturelle au terrible coût. Les groupes perdent leur point d’ancrage et s’éloignent. Les stars de sentent assiégées et se blindent. Mais, en fait, je pense que Bono trouve la célébrité libératrice et il a suffisamment de confiance en lui-même (ses convictions religieuses y contribuent) pour demeurer nerveux et apparent. Une raison pour laquelle nombre de personnes trouvent gênant qu’il ne pâtisse pas de ses succès.

Peut-être que ces mêmes personnes n’apprécieraient pas non plus Bono en personne, mais je n’en suis pas sûr. C’est un raconteur infatigable au gros rire de fond de gorge, qui aime les anecdotes, les blagues, les digressions, les imitations (la sienne de Paul McCartney est quelque chose !), accrocheur et, parfois, désinvolte ainsi que les aphorismes. Il possède cet intellect assoiffé et impatient de l’autodidacte. Il semble tout trouver, que ce soit la naissance du cubisme, la maternité du Pape François ou le congé de maternité en Allemagne, tout autant stimulant. “J’ai vécu de nombreuses vies”, affirme-t-il. Ce qui n’a rien de surprenant lorsqu’il demande à son assistant de choisir son plat à sa place. Il n’est pas très bon lorsqu’il s’agit de réduire ses choix.

Pour sa première nuit passée sur la Côte d’Azur, en 1986, Bono a écrit les paroles du tube colossal de la formation rock irlandaise U2, With Or Without You. Depuis les années 1990, ça a été le terrain de jeu du groupe. “C’est ici que nous sommes retombés amoureux de la musique”, explique-t-il, en avalant poisson et légumes en rapides bouchées. “Ça avait plus à voir avec une activité pour vivre plutôt qu’un travail. Je sais que cela semble décadent.”

C’est ici qu’il a passé des vacances avec Steve Jobs, bu avec l’ancien ministre du gouvernement chilien Salvador Allende et dormi sur la plage avec Michael Hutchence – avant “l’arrivée des téléphones avec caméra”, confie-t-il tristement. Il aimait ramener à la maison des personnages hauts en couleurs, pas toujours du goût de son épouse, Ali. Un soir, il s’agissait d’un magicien. “Il était quatre heures du mat. et je lui dis : ‘Attends un peu de voir ce que ce gars peut faire !’”, se souvient-il. “Et là, elle me répond [menaçante] : ‘Peut-il te faire disparaître ?’”

Il existe, il convient de le souligner, de nombreuses personnes qui aimeraient bien voir ça. Bono polarise l’opinion comme nulle autre rock star et peut-être même célébrité. U2 demeure suffisamment populaire pour que sa tournée de 2009-11 à 360° soit celle qui ait rapporté la plus grosse recette de l’histoire de cette industrie, pourtant les critiques sont toujours plus bruyantes et vénéneuses que jamais. Bono dit qu’il s’y est fait, il y a trente ans de cela.

“Déjà, nous gênions les gens, la division était là, et l’on entendait des ‘je ne les supporte pas, je veux les tuer’”, précise-t-il en agitant sa fourchette. “C’est le boulot de l’art que de diviser.”

Et pourtant, le plus ou moins dernier mois a été une tornade. Un mois à peine après que U2 ait achevé son treizième opus en studio, Son gs of Innocence, Apple le distribuait gratuitement sur le cloud d’un demi-milliard de comptes iTunes. Cela séduisait U2 qui y voyait là un geste audacieux dans l’esprit de l’étoile montante de Bono marchant dans le public pour le concert du Live Aid, ou la dangereusement hors de prix tournée Zoo TV de 1992. Ses paris tendent à payer. Ce cadeau quelque part intrusif a causé tellement de grondements sur les réseaux de midia sociaux qu’Apple a dû sortir un outil permettant aux consommateurs mécontents de supprimer l’album. Mais Twitter n’est pas le monde. Au dernier décompte (NDLT : nous sommes au début du mois d’octobre lorsque ce papier est écrit) 81 millions de personnes ont accédé à l’album et il a été téléchargé dans son intégralité par 26 millions.

Ses différentes réponses à cette fureur sont révélatrices. Bono déclare avec emphase : “Nous avons été payés. Et il s’agit d’une entreprise [Apple] qui se bat pour que les musiciens soient payés.” Et il est optimiste pour ce qui est de la qualité du songwriting. “Ces chansons, on peut leur coller dans la tête et les enterrer avec, elles seront toujours là.”

Le guitariste, tel un moine, the Edge est typiquement impartial : “J’avais vraiment des doutes avant que nous le fassions, et après aussi mais, c’est ce qu’il fallait faire. C’est une opportunité qui ne se présente qu’une seule fois dans une vie. Je ne pense pas que quelqu’un voudra le refaire.”

Le batteur franc Larry Mullen s’en “fout royalement” et le bassiste dissolu Adam Clayton se demande à quoi rime toute cette agitation : “Ce projet n’était pas censé susciter la controverse. Dans le monde actuel, il y a tellement de bavardages que pour les traverser, j’ai bien peur qu’il ne faille être soi-même extrêmement bruyant.”

L’échelle de cette sortie était en total désaccord avec ce qui est la plus intime set au niveau des textes de la carrière de U2, qui explorent avec candeur la jeunesse trouble dans le Dublin des années 1970 du chanteur aujourd’hui âgé de 54 ans. Je demande à Bono si ce coup n’a pas desservi l’album ? “Non, non, non, c’est là qu’est la dualité !”, s’époumone-t-il. “L’intimité au travers de systèmes qui s’adressent à un large public, c’est ce que nous faisons. C’est l’essence même du rock’n’roll ! Il ne s’agit pas d’une lecture de poésie. Je n’ai pas abandonné le navire du reste de ma vie pour cela. J’ai abandonné le navire parce que j’ai entendu Joey Ramone chanter à propos de son voisinage à un volume assourdissant. C’est ça le truc.”

U2 est devenu le plus grand groupe au monde dans les années 1980 alors que son statut était à la fois mesurable et enviable. Il envisageait la grandeur comme une aspiration, à maîtriser et finalement apprécier. Mais les groupes ne parlent plus ainsi de nos jours. Arcade Fire ou les Black Keys se méfient du succès alors que les sorties d’albums des Rolling Stones ou d’AC/DC ne sont pour la plupart qu’une excuse pour tourner avec leurs tubes. Seul U2 désire ardemment les deux et la pertinence. Il est fièrement, et peut-être à contre-courant de la mode, le seul.

La question à laquelle Son gs of Innocence tente de répondre est pourquoi Bono voulait tout cela. Il explique clairement la nécessité impérieuse de U2 pour cet adolescent séparé brutalement de sa mère Iris emportée par un anévrisme cérébral alors qu’il n’avait que quatorze ans. “Si quelqu’un réalisait un jour une analyse des chanteurs et auteurs de rock’n’roll, on serait choqué d’apprendre combien ont perdu leur mère. À l’âge où on découvre les filles, la femme qui vous a mis au monde disparaît d’une manière extrêmement dramatique. Mais ce qui est encore plus intéressant, c’est cette rage qui suit le deuil. Où la mettre ? La musique est entrée dans ma vie comme une émancipation et le punk rock m’a donné un endroit pour chialer. Et c’est de l’alchimie. Cela transforme littéralement votre merde en disques d’or.”

Depuis Bono, a toujours les mêmes potes de groupe, la plupart de ses amis et des membres de sa troupe et jusqu’à l’an dernier, le même manager, Paul McGuinness. U2 a même partagé ses résidences pour les sessions d’enregistrement de cet album à Londres et Malibu. Bono aime la romance d’amis appartenant à un groupe au point qu’il est toujours remonté contre les Beatles et les Clash qui se sont séparés. “C’est un gars qui accorde la plus grande valeur à l’amitié… probablement par dessus n’importe quoi d’autre”, de confier Edge.

(à suivre)

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